Depuis le déclenchement de la guerre impliquant l'Iran au début de l'année 2026, les marchés mondiaux des engrais connaissent une nouvelle phase de turbulence. Après les chocs provoqués par la pandémie puis par la guerre en Ukraine, le secteur agricole fait face à une nouvelle flambée des coûts, alimentée par les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l'énergie. Au cœur des inquiétudes figure le stratégique détroit d'Ormuz, passage maritime par lequel transite une part importante du commerce mondial d'hydrocarbures mais aussi de matières premières indispensables à l'industrie des engrais. Les menaces sur la navigation et la multiplication des incidents en mer ont perturbé le transport maritime dans la région, provoquant une hausse rapide des coûts logistiques et une nervosité accrue sur les marchés. Première conséquence : la flambée des prix des engrais azotés. L'urée, l'un des fertilisants les plus utilisés au monde, a enregistré une progression rapide depuis le début du conflit. Sur plusieurs marchés internationaux, la tonne est passée de moins de 480 dollars à plus de 550 dollars depuis l'escalade militaire. Dans certaines transactions ponctuelles, les prix ont même approché les 700 dollars la tonne, signe de la tension qui règne sur l'offre. Peur sur l'ammoniac Cette flambée s'explique en grande partie par l'importance stratégique du Moyen-Orient dans la chaîne de production des engrais. La région est un fournisseur majeur d'ammoniac, d'urée et de soufre, un sous-produit du raffinage pétrolier essentiel pour la fabrication des engrais phosphatés. Toute perturbation dans cette zone se répercute immédiatement sur l'ensemble du marché mondial. La hausse des prix de l'énergie accentue également la pression. Les engrais azotés sont produits à partir de gaz naturel, ce qui rend leur coût particulièrement sensible aux fluctuations énergétiques. Or, la guerre a provoqué un nouveau choc sur les marchés du pétrole et du gaz, renchérissant mécaniquement les coûts de production pour les industriels du secteur. Dans ce contexte, les agriculteurs se retrouvent en première ligne. Dans plusieurs régions du monde, certains producteurs envisagent de réduire l'utilisation d'engrais ou d'adapter leurs cultures pour limiter leurs dépenses. Une telle stratégie pourrait toutefois peser sur les rendements agricoles lors des prochaines campagnes. Durée Pour les analystes, le principal risque réside dans la durée du conflit. Si les tensions devaient se prolonger autour du Golfe et maintenir la pression sur les routes maritimes, les prix des engrais pourraient rester élevés pendant plusieurs mois. Une situation qui pourrait, à terme, se répercuter sur les prix alimentaires et raviver les craintes autour de la sécurité alimentaire mondiale. Dans ce contexte incertain, certains pays producteurs pourraient néanmoins tirer leur épingle du jeu. Les grands exportateurs d'engrais et de matières premières agricoles, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, pourraient voir leur rôle stratégique se renforcer dans l'équilibre du marché mondial des intrants agricoles. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO