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PARITION : «Zoli» de Colum McCann Le temps des tziganes
Publié dans La Gazette du Maroc le 31 - 07 - 2007

L'auteur du «Chant du Coyote» et des «Saisons de la nuit», publie un livre poignant sur les Tziganes, à travers le portrait d'une grande chanteuse qui répond au nom de Zoli. Poétesse prolifique et troubadour épique, cette femme est élevée au rang d'une divinité sous la plume inspirée d'un écrivain de grand calibre.
Son dernier roman «Danseur» retraçait la vie du danseur Rudolf Nureev. Avant d'écrire ce livre, l'écrivain irlandais, qui vit aux USA, ne savait rien du monde des ballets, de la danse classique et de l'opéra. Ce portrait aura été un voyage initiatique pour découvrir ce monde. «Au lieu d'écrire sur ce que je connais, je préfère travailler sur ce que je ne connais pas. Je me documente, je cherche et je finis par apprendre en écrivant», confesse Colum McCann, invité cette semaine de Metropolis sur Arte. Comme pour les «Saisons de la nuit», l'auteur se devait de plonger dans un univers inconnu, étranger à la sphère de sa vie. Plusieurs mois avec les Tziganes, plusieurs séjours en Tchéquie, Slovaquie et en Pologne, pour mettre la main sur Zoli, personnage merveilleux, épique, mythologique presque. Et Zoli a cette grâce naturelle des chantres qui évoluent à nos côtés en drapant nos univers, souvent ternes, de tant de lumière. Ses poèmes racontent l'amour, la solitude, les départs et les retrouvailles, la patience de ceux qui restent.
Les Rom, peuple grandiose
Dans un des passages de ce livre manifeste, on sent Colum McCann, en retrait, ne prenant jamais sur lui d'expliquer une nation, une identité qu'il vient à peine de découvrir. Il reste à l'écart, observe, raconte ses sentiments, mais ne se fait jamais le porte-voix des malheurs et douleurs des Rom : «En repensant à cet après-midi-là, je retrouve le goût de ce à quoi nous avions cru : la révolution, l'égalité, la poésie. Assis autour de la table, nous avons laissé les heures s'écouler. Zoli gardait la tête légèrement inclinée, sans jamais toucher à son verre. Elle débita à toute allure quelques couplets des vieux chants. C'était du slovaque, avec une ferveur rêche, indomptée : elle n'avait pas l'habitude de “réciter”. Ces choses-là, elle les chantait. Certains vers étaient répétés plusieurs fois, à des moments choisis, ce qui créait un style particulier, déclamatoire, empreint finalement de tristesse. C'étaient d'amers récits de trahison, aux couplets récurrents, comme des feuilles d'automne qui forment des couchent les unes sur les autres. Une fois terminé, elle a croisé les doigts en regardant droit devant elle» (Page 79). Très vite, nous sommes mis dans le bain, dans cette Tchécoslovaquie de1930. Un lac gelé, un bataillon fasciste qui rassemble une communauté tzigane. La glace qui finit par craquer alors que les roulottes s'enfoncent dans l'eau. Seuls en réchappent Zoli, six ans, et son grand-père, Stanislaus.
Et tout le récit est une épopée de la vie et du parcours de cette jeune Zoli qui deviendra une figure tutélaire de la culture tzigane. Par plusieurs degrés, ce magnifique roman ressemble au film d'Emir Kusturica, «Le temps des Gitans». Mais, avec, chez Colum McCann, cette distanciation, ce recul, ce regard du dehors, à la fois discret et modeste de celui qui ne sera jamais Rom, mais qui peut raconter une histoire de Rom.
L'Europe face à l'oubli
Alors pour lire l'histoire de Zoli, il faut voyager, avoir le souffle long, une haleine de montagnard et de grimpeur. Il faut sillonner les plaines de Bohême jusqu'à la France, en passant par l'Autriche et l'Italie. Il faut traverser plus de 80 ans, des années trente à nos jours, pour lire une magnifique histoire d'amour, de trahison et d'exil, tout sur fond de l'esquisse du portrait d'une femme hors du temps. Zoli marche, grandit, vit et les bouleversements politiques dans l'Europe du XXe siècle font écho à son parcours jalonné de rets, de privations, d'amours, de perditions et de tant de patience et de sagesse. Sur ce chemin, Zoli trouve les mots pour donner forme à son univers. C'est le poète communiste Martin Stránsk qui va la remarquer et tenter d'en faire une icône du parti. Mais c'est sa rencontre avec Stephen Swann, Anglais exilé, traducteur déraciné, qui va sceller son destin. Zoli est un oiseau rare et libre. Personne ne peut la posséder. Aucun amour autre que sa poésie ne peut l'habiter. Swann devra le savoir. Et la femme devient alors, malgré elle, dans le récit de McCann le symbole de la liberté d'un peuple qui ne sera jamais assujetti. Et là, il y a les souvenirs, la mémoire qui fait son travail à la fois de sape et de déstructuration du vécu, comme dans ce passage du roman : «Il y a des choses qu'on peut voir et entendre - encore aujourd'hui, longtemps après : les fosses qu'on creusait, la terre qui tremblait, les oiseaux qui ne volent plus au-dessus de Belsen, ce qui est arrivé à nos frères de Tchéquie, soeurs de Pologne, cousins de Hongrie, quand nous autres Slovaques avons survécu, bien qu'ils nous aient frappés, torturés, jetés en prison. Ils nous ont volé notre musique, nous ont bouclés en camp de travail, Hodonin et lety et Petic, les couvre-feux impossibles, les couvre-feux à l'intérieur des couvre-feux, et les crachats dans la rue. On parlera des écussons cousus sur les manches, du Z qui nous coupait le bras en deux, des brassars rouge et blanc - des chiens bien gras autour des camps, des morts aux poils brunis par le Zyklon B, des pantoufles tissées avec nos cheveux, des fanions de peau d'homme sur les fils barbelés. On peut savoir tout ça et plus. Ce qui est arrivé à un seul d'entre nous, est arrivé à tous les autres, mais rien n'est plus présent dans ma mémoire que ce jour où Grand-Père, Stanislaus, a été arrêté dans les ruelles grises de Bratislava par un grand soldat blond». Du fait, Zoli est un livre sur la mémoire d'un peuple. Une communauté livrée à elle-même et toujours persécutée parce qu'elle échappe aux moules des systèmes politiques d'une Europe aseptisée.
Colum McCann fait le ménage en restituant à Zoli sa force, sa particularité de femme porteuse de la parole d'un peuple et d'une identité que l'on veut annihiler. Un hommage aux individualités, à la poésie, aux sources de l'enracinement humain.
Zoli, Colum MacCann Belfond, 328 pages,
300 dhs


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