Le ministre délégué auprès du Premier ministre en charge des affaires générales et économiques du gouvernement a donné le coup d'envoi, actualité brûlante des prix oblige, au cycle des rencontres mensuelles du gouvernement en mettant un terme aux folles rumeurs empoisonnant l'atmosphère sociale dans le pays. On pourrait aussi les appeler les «p'tits déjs» du gouvernement ou encore les «briefings du mardi», se tenant au siège de la primature, le deuxième de chaque mois, avec comme acteur au «banc des invités» un ministre et dont l'intérêt est d'inciter les responsables décideurs à se dévoiler sur un certains nombre de politiques publiques, loin de la langue de bois ou de demander toutes les clarifications utiles et éclairages nécessaires sur des stratégies sectorielles dont la conceptualisation de haute volée échappe souvent à grand monde et, surtout, à des franges importantes, pour ne pas dire les plus concernées de nos citoyens. Nizar Baraka, comme à son habitude, dans ses œuvres, en excellent orateur bilingue, communicateur de talent (vraisemblablement le plus doué de l'équipe actuelle de l'équipe d'Abbas El Fassi), fin politicien pour être reconnu comme l'idéologue et le penseur du parti vainqueur au scrutin du 7 septembre et majoritaire au gouvernement en plus de la conquête de la primature, n'a pas fait défaut à sa légendaire sérénité, son calme olympien, quelles que soient l'acuité ou l'urgence des situations de crise, d'une rigueur savante dans des démonstrations technocratiques, connaisseur d'un large pans de domaines touchant à l'économique, le financier, le bancaire, les marchés énergétique, les secteurs primaire et secondaire…bref, le nationaliste est une véritable «encyclopédie» opérationnelle dont l'apport à l'Exécutif ne peut qu'être à la fois précieux, sollicité et apprécié. Qui dit couches démunies, dit les pauvres en priorité que le ministre Istiqlalien range dans deux catégories de citoyens Marocains : la pauvreté absolue pour les revenus de moins de 20 DH par personne et par jour et la pauvreté relative recensée entre ce dernier seuil et 40 DH par personne et par jour. Sans oublier, bien entendu, qu'il faudra ajouter à cette liste les masses non négligeables des victimes de la précarité sociale en milieu urbain et rural dont il faudra bien s'en occuper en sus des efforts déjà déployés dans le cadre de l'INDH. Mise à niveau sociale L'affaire n'est pas si mince qu'il n'y paraît à la lecture des statistiques révélant une «décrue» des effectifs de citoyens vivant en-dessous du seuil de pauvreté qui totalisaient 5,5 millions de personnes en 1998 pour être comprimé à quelque 4 millions actuellement. Ce chiffre demeure énorme et dénote d'un déficit grave au plan de la mise à niveau sociale du Royaume qui devrait constituer une politique prioritaire des décideurs. Il est vrai que les temps sont durs pour les ménages, notamment ceux dont le pouvoir d'achat est en constante érosion, par la persistance de la spirale inflationniste conjoncturelle. Celle-ci fait de plus en plus de dégâts chez les consommateurs de plus en plus fortement heurtés par la problématique récurrente: «Mais que peut-on mettre aujourd'hui dans le couffin ?». Sauf que le pire serait déjà arrivé si le gouvernement marocain ne se disciplinait à poursuivre sa politique de subventions sectorielles et partielles à travers une Caisse de compensation qui s'alourdit à toute vitesse. En effet, cette dernière, dont les dotations budgétaires au titre de la Loi de Finances 2008 atteignent 20 milliards DH, a été fournie sur la base de deux hypothèses qui ont volé en éclats depuis : un baril à 75 dollars et un euro valant 1,40 dollar. Alors que la réalité de ces premières semaines de l'année a vu flamber les cours pétroliers sur le marché international franchissant, pour certaines journées, le cap «explosif» des 113 dollars le baril. Et ce moment où la facture pétrolière du Royaume est davantage grevée au paiement sur le marché des devises avec un euro surenchéri atteignant 1,57 dollar. Deux certitudes fermes ont été réitérées par le ministre Baraka. Primo, les produits subventionnés ne connaîtront aucune augmentation et seront toujours soutenus par une caisse de compensation dont la suppression n'est pas à l'ordre du jour du gouvernement pendant l'actuelle législature 2007-2012. Deuxio, l'indexation des salaires sur les prix n'est pas la voie à suivre en «benchmarkant» avec les autres expériences tentées ailleurs : «l'indexation a un impact négatif en provoquant des situations inflationnistes qui se répètent dans un cercle vicieux n'arrivant pas à freiner l'escalade alternée entre les prix et les salaires conduisant à des situations où le système n'est plus du tout maîtrisé». Réforme du Pouvoir d'achat Un nouveau pacte social Nizar Baraka a décliné, la volonté ferme du gouvernement d'instaurer un nouveau pacte social en quatre temps, quatre mouvements, et autant en mesures et en réformes décisives. Au chapitre du soutien des prix, les pouvoirs publics ont décidé leur double politique de compensation des produits subventionnés (produits pétroliers, farine nationale, blé tendre et sucre) et « libres » comme le blé dur (aïe le couscous), les huiles alimentaires, le lait et produits dérivés, le beurre, légumes et fruits frais, poissons, viandes et autres). Un exemple : l'Etat règle une subvention de 68 DH pour le gaz butane vendu sur le marché à 40 DH au moment où son coût réel s'élève à 108 DH malgré un surenchérissement de 80% de ces produits sur le marché mondial. Quant aux produits pétroliers, en général, l'emballement a vite fait d'atteindre les 110% pour des cours mondiaux hors d'atteinte des pouvoirs d'achat locaux. Même scénario à la hausse vertigineuse du blé tendre franchissant le cap des 80%, du sucre les 17,5% tandis que les huiles plafonnent de semaine en semaine. Ainsi, plus de 16 milliards DH ont renforcé le budget de la Caisse de compensation qui a bondi de 3,9 MMDH en 2002 à 20 MMDH en 2008, soit 4 milliards DH de plus qu'en 2007. Pour les produits non règlementées, le soutien des prix s'effectue à hauteur de 70% pour les huiles alimentaires, 62% pour le blé dur et dérivés, 13% pour le beurre et 3% pour les produits laitiers. Des mesures urgentes accompagnent la mise en œuvre de ce dispositif, notamment le renforcement et la coordination des opérations de contrôle des prix sur l'ensemble du territoire national et la création d'un Observatoire des prix. L'Amélioration des revenus, second pilier d'un contrat social rénové, devra se concrétiser à travers l'aboutissement du dialogue social tripartite (Gouvernement, patronat et syndicat) pour les revalorisations salariales et indemnitaires, l'élargissment du bénéfice de la couverture sanitaire et médicale aux autres catégories non incluses dans l'AMO, à savoir, le RAMED pour les indigents, INAYA pour les travailleurs indépendants, les étudiants, les agriculteurs et autres. La création d'emplois est une constante incontournable en privilégiant une politique proactive multipliant les opportunités d'embauchage et en développant une stratégie de croissance économique endogène en renforçant les acteurs et les entreprises marocaines. Plus de 300 000 demandeurs viennent chaque année sur le marché du travail. Enfin, la lutte contre la pauvreté vise la poursuite des projets dans le cadre du chantier de Règne, le ciblage des bénéficiaires les plus démunis et la mise en œuvre du programme du Millenium Challenge contracté, à hauteur de près de 700 millions de dollars, entre les deux gouvernements américain et marocain.