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Charlatanisme : La chute d'un faiseur de miracles
Publié dans La Gazette du Maroc le 18 - 04 - 2008

Le guérisseur miracle de Skhirat a perdu sa superbe. Après deux années de gloire, la cote de Mekki Torbi, est en chute libre. Au même moment à Skhirat, c'est un autre gourou qui récupère sa clientèle. Fait nouveau au Maroc, les charlatans et autres docteurs miracles, commencent à venir de l'étranger. Le plus énigmatique d'entre eux reste sans aucun doute, Mohamed Hachimi, un docteur es-charlatanisme qui se rend régulièrement au Maroc.
Dès l'entrée dans le centre de la petite ville de Skhirat, le spectacle qui s'offre à première vue, est désolant. Le remue-ménage et les bouchons provoqués par les limousines et autres taxis qui prenaient le chemin de la demeure de Chérif Mekki, ont laissé place aux camions, Pick-up et charrettes. Depuis quelques mois, les clients du guérisseur miracle de Skhirat se font de plus en plus rares. Evalués au début de son apparition à quelque 8 000 personnes par jour, aujourd'hui ils ne sont que quelques dizaines qui croient toujours à sa baraka. À la gare de Skhirat, les trains qui font un arrêt obligatoire dans cette station, ne débarquent plus les centaines de clients à destination de la ferme de Mekki Torbi à 20 km de Skhirat comme avant. Les grands taxis et les rabatteurs, qui avaient au début du success-story de Mekki, élu domicile devant la gare de Skhirat, ont déserté les lieux vers d'autres créneaux plus porteurs. Après avoir été accusé d'avoir causé la mort d'une jeune fille de 18 ans, Fatima Rachidi, venue à son domicile de Skhirat, en quête de guérison, au mois de janvier 2007, le guérisseur a souffert d'une désaffection des patients. A l'époque, il avait même été contraint par les autorités locales, à quitter le domicile de son frère au centre de Skhirat et à se cantonner dans sa ferme située dans la commune rurale de Sabbah, à une vingtaine de kilomètres du centre de Skhirat.
Epoque révolue
Là encore, l'homme ne va pas rester les bras croisés, un autre épisode de son succès va commencer. La commune de Sabbah était devenue, en l'espace de quelques semaines, la mecque de milliers de demandeurs de soins miracles.
Il faut dire que Mekki a une sacrée stratégie de communication. Pour les journalistes qui voulaient couvrir le lieu, ils devaient impérativement être accrédités par son frère Hafid, qui faisait office d'attaché de presse. Hafid ne cachait pas son penchant pour la presse étrangère et les grandes agences photos, qui avaient participé à sa propagande sans le savoir. Mekki avait une liste noire des journaux interdits d'accès. Ses sbires, une cinquantaine de gros bras, avaient tabassé à plusieurs reprises des photographes et des journalistes indésirables, dont une équipe de 2M. Bref, pour s'aventurer à Skhirate, il fallait être escorté. Dans la bourse des valeurs symboliques, l'action de chérif Mekki est en chute libre depuis quelques mois. Les personnes qui détenaient un portefeuille actions de son entreprise de miracles, comme les chauffeurs de taxis, les gardiens, les marchands et même quelques responsables locaux, ont tous eu le même réflexe de « vendre ». L'entreprise Mekki est en faillite annoncée. Au même moment, la côte d'un ancien guérisseur miracle de Skhirat, qui a été longtemps délaissé pour Mekki, commence à monter. Il faut dire que c'est une aubaine pour ses proches et ses voisins. Comme quoi, la nature et les gogos n'aiment pas le vide. Dès qu'une icône tombe, une autre prend le relais. L'inconscient collectif cherche toujours à maintenir la croyance au salut par le miracle. À quelques kilomètres de la ferme de Mekki Torbi à Sabbah, où il prodigue ses soins à base de touchers douteux, Ba Abdelkader, l'autre guérisseur de Skhirat prend le relais. Un homme croisé sur le chemin répond fièrement : «c'est mon cousin, il habite à quelques centaines de mètres de cette piste». Lorsqu'on lui a posé la question sur Mekki… Il nous a répondu : «personne ne vient plus chez lui, les gens ont découvert que c'est un charlatan !». Comme Mekki Torbi, le fkih Abdelkader ne travaille pas le vendredi et le dimanche. Par contre, les autres jours, il reçoit quotidiennement à partir de 10 heures du matin des centaines de clients qui affluent de tout le Maroc. Même si l'activité économique des visiteurs de Ba Abdelkader est minime par rapport à ce que générait Mekki il y a quelques mois, un petit commerce de pain de sucre s'est installé devant sa demeure. Sa méthode est simple. Il pratique la thérapie par des psalmodies et exorcise parfois des femmes hystériques qui se disent possédées par les démons. Au marché de la grande illusion, tout le monde trouve son compte en fin de compte.
L'avenir d'une illusion
Selon Mohamed Nouhi, responsable du Centre marocain des droits de l'Homme à Skhirat-Temara et militant du PSU : « le plus surprenant est que personne ne parle de Mekki Torbi, qui avait défrayé la chronique. Pourquoi les médias n'en parlent plus aujourd'hui ? ». Le plus surprenant, est que Mekki Torbi a commencé à perdre de sa magie juste après les élections du 7 septembre dernier. Comme s'il était programmé pour jouer un rôle principal dans une pièce dont personne ne connaît le scénario. Aujourd'hui à Skhirat, les langues commencent à se délier et les rares personnes qui osaient auparavant critiquer Mekki, se comptent aujourd'hui par centaines. Certains parlent de Mekki avant sa métamorphose, en guérisseur miracle. Selon un jeune de Skhirat qui travaille dans un palace du coin :
«Mekki Torbi était connu des habitants de Skhirat, avant son auto proclamation en guérisseur miracle, comme un personnage étrange. Il ne parlait avec personne et souffrait même de crise d'épilepsie. L'homme était un bon vivant et était loin d'être un bon musulman ». Son penchant pour le sexe faible, l'a rattrapé. L'homme avait fini par épouser une jeune femme qui était une de ses clientes. Sa clientèle, lors de son apogée, était essentiellement constituée de femmes. Selon une source bien informée, lors de son succès, le soir, lorsque le petit peuple s'éclipsait, un ballet incessant de voitures luxueuses commençait à défiler devant sa ferme. Des femmes de la haute société venaient à la ferme de Mekki, qui les recevait en privé. La baraka de Mekki avait même dépassé les frontières. Mekki Torbi est devenu même une sorte d'icône. Selon la même source, dès l'apparition de Mekki à Skhirat, avant qu'il ne déménage à la ferme, les différents services de la Région avaient fait leurs rapports et rapports parallèles à leur hiérarchie et même à l'administration centrale à Rabat et Témara. La brigade de la Gendarmerie royale de Skhirat, avait posté à l'entrée de la ferme de Mekki une sentinelle fixe. Néanmoins Mekki et ses proches n'avaient pas cessé d'avoir des démêlés avec la justice. La mort de trois personnes chez lui et la mort d'un jeune garçon percuté par le 4x4 de son fils, avaient fait réagir les acteurs associatifs de Skhirat à l'époque, qui avaient dénoncé une volonté des autorités d'étouffer l'affaire.
Un commerce juteux
À la belle époque, à proximité de la ferme du Chérif, le business des bouteilles d'eau minérales et de pains de sucre se portait à merveille. Il y avait même eu une pénurie de cette denrée dans toute la région. Les vendeurs de pains de sucre et de bouteilles d'eau minérale, nécessaires lors de la visite, avaient élu domicile à proximité de sa ferme. Ils sont tous du clan du chérif. Douze dirhams le pain de sucre, contre dix dans le commerce et cinq dirhams la bouteille d'eau. La station Mekki se faisait livrer par camion entier, une seule marque d'eau minérale. Quand on connaît le nombre de visiteurs qui passaient quotidiennement devant Mekki (de 4 000 à 8000) on devine le reste. Selon un habitant de Skhirat, les pains de sucre étaient devenus une sorte de monnaie qui s'échangeait dans le même circuit. La ville de Skhirat a vécu avec Mekki Torbi une véritable lancée économique. Le bâtiment, les cafés, les commerces et une nouvelle activité touristique, avait vu le jour. Le séjour chez l'habitant pour des milliers de visiteurs qui venaient de régions lointaines. Actuellement, pour mesurer l'ampleur de la désaffection des clients de Mekki, à la station de grand taxi de Témara, la destination Skhirat n'est pas desservie. Les chauffeurs de taxis blancs ont du mal à caser six personnes dans leurs vieilles Mercedes à destination de Skhirat, surtout le week-end. Ils se contentent de faire le trajet entre Temara et Ain Atik. Avant, les grands taxis déposaient les clients près de la ferme de Mekki à la commune de Sabbah.
Baraka ou charlatanisme
Mekki Torbi avait bien préparé sa stratégie marketing. Crâne rasé, il suivait à la lettre le vieil adage qui disait que le silence est une sagesse. Il racontait être capable d'affronter les mauvais esprits qu'il chassait des corps de ses patients. Il affirmait parler plusieurs langues de Djins. Sa baraka, il ne l'a héritée de personne. C'est un don de dieu qu'il a eu, il y a longtemps et qu'il a décidé de mettre au service des malades. «Je ne veux pas mourir sans venir en aide à mon prochain » racontait-il à l'époque.
Selon ses dires, il a les pleins pouvoirs sur une armée de Djins. Au début, c'était avec sa main droite qu'il touchait les patients. Devant leur grand nombre, il se contentera plus tard de leur envoyer sa baraka à distance, pour faire passer le maximum de visiteurs. La plupart des gens qui venaient voir Mekki, étaient souvent affectés de maladies graves ou chroniques, voire même incurables. Ils affirmaient que leur situation s'est améliorée après sa visite.
Pour les médecins et autres spécialistes en psychologie et anthropologie, il n'est pas exclu qu'un malade souffrant d'une maladie psychosomatique soit guéri dans ce genre de cas.
Hachimi, l'autre charlatan venu d'ailleurs
La majorité des gens croient que les Djins peuvent posséder un être humain. Quand un guérisseur leur parle le même langage, loin de celui de la psychiatrie, les gens y croient et jouent le jeu inconsciemment, avance un psychiatre de Rabat. Finalement la région de Skhirat ne finira jamais avec les Charlatans et autres sorciers. Dans les années soixante-dix, un sorcier dénommé Rouane, dépossédait ses victimes de leurs biens en utilisant une méthode nommée « Khankatera », une pratique de sorcellerie assez répandue au Maroc. Nouvelle icône des adeptes de la médecine miracle : Mohamed Hachimi a même sa propre télévision satéllitaire Al Hakika TV. Lors de ses visites au Maroc en 2007 à Rabat et Agadir, des centaines de malades avaient afflué devant un grand hôtel de Rabat et Agadir pour le voir. Il avait lui-même pris le soin de faire la propagande de sa visite sur sa chaîne de télévision, Al Hakika. Ce docteur miracle se présente comme étant capable de guérir des maladies incurables, dont les cas les plus désespérés de cancer et d'hépatite C. Sa « Rokya Ajiba » potion magique, est faite à base de plantes et de lecture du Coran sur le malade ou sur le produit qu'il lui administre. Selon un employé d'un palace de Rabat, où il avait séjourné: « Hachimi assurait gratuitement les premières consultations pour lancer son produit. Puis, le prix de la visite et des médicaments a été fixé à 5000 dirhams. Sur sa chaîne « Al Hakika » (la vérité), il faisait passer à longueur de journée le témoignage d'anciens cancéreux miraculés. Pourtant, de plus en plus de voix au Maroc dénoncent le charlatanisme de Hachimi. Le dernier cas est la mort d'un de ses patients à Meknès. La famille du défunt Ayad El Attar a découvert qu'il avait facturé à la victime une potion à base de miel, d'huile, d'eau et de safran à 4.000 DH. Le plus grave, c'est qu'il demande aussi à ses malades d'arrêter leur traitement médical. La potion magique de Hachimi est envoyée à tous les malades, elle soigne toutes les maladies. Derrière lui et sa chaîne, se cache une multinationale du charlatanisme qui sévit en toute illégalité dans le monde arabe. Sa dernière visite au Maroc date du mois de janvier dernier. A Casablanca, encore une fois, des milliers de personnes avaient afflué vers le palace où il résidait. Selon une source bien informée, les autorités publiques ont décidé de bloquer le compte par où transitent les virements de ses victimes. Plusieurs plaintes ont été formulées par les familles des personnes décédées, pour leur avoir fait arrêter leur traitement initial.
Magie et charlatanisme
Pacte avec le diable
Au mois de janvier 2007, une voiture de la brigade de lutte contre la criminalité avait arrêté par hasard, dans la périphérie de la ville de Settat, un charlatan qui avait enchaîné une femme au bord d'un oued à la tombée de la nuit. Selon les constatations de la police, l'homme qui était inspecteur de l'Enseignement primaire à Sebt Gzoula, s'adonnait à ses heures perdues à la sorcellerie et au charlatanisme. Sa méthode consistait à enchaîner ses victimes et réciter le coran. Le plus surprenant, c'est qu'il changeait le nom de Dieu par celui de satan. Par cette méthode, il affirmait à ses victimes qu'il avait fait un pacte avec le diable et qu'il avait autorité pour exorciser les gens possédés par les démons. L'enseignant a été poursuivi pour charlatanisme et sorcellerie. Il promettait à des femmes dupes de les rendre heureuses en les exorcisant grâce à son rituel blasphématoire et satanique. Selon les spécialistes de la magie et de la sorcellerie au Maroc, les gens qui s'adonnent à ce genre de pratiques, sont réputés pour avoir fait un pacte avec satan. Une pratique satanique qui leur permettrait de mettre Satan à leur service par un drôle de pacte ! Lors de la lecture des versets du Coran, ils remplacent les mots d'Al Jalala et les attributs divins, par des termes d'inspiration satanique, obscène ou ordurière. La pratique de la sorcellerie est pourtant sanctionnée par la loi qui la considère comme une sorte d'escroquerie.
3questions à Abdeghani Moundib (*)
«Le charlatanisme a de beaux jours devant lui»
La Gazette du Maroc : Le phénomène du guérisseur miracle de Skhirat a été médiatisé à outrance au début. Pourquoi actuellement personne ne parle plus de lui ?
Abdeghani Moundib : Tout d'abord et avant de répondre à votre question, je voudrais préciser ici que le rôle principal de la sociologie se limite à essayer de donner plus d'intelligibilité aux recompositions de sens qui affectent les sociétés actuelles. Le phénomène du guérisseur miracle de Skhirat, s'inscrit dans le cadre d'une certaine représentation enchantée de la maladie et de la médicalisation. La majorité des Marocains considère que toutes les maladies sans exception aucune, et quelle que soit l'étiologie qu'on leur donne, sont d'origine divine. Au Maroc, les maladies sont très rarement perçues comme des faits biologiques purs : c'est-à-dire comme des disfonctionnements physiologiques. La maladie et le risque de la mort qui lui est corrélée, sont une épreuve divine à laquelle Dieu soumet le malade et son entourage. Par conséquent, tous les itinéraires thérapeutiques et toutes les stratégies médicales sont perçus essentiellement comme de simples moyens, pour invoquer la clémence divine. Ces moyens, qui restent, quels que soient leurs degrés de performance, un simple recours qui ne peut changer en aucun cas le destin, c'est-à-dire qu'il ne se fait pas contre Dieu ou indépendamment de lui. C'est cette vision du monde qui explique le recours de ces milliers de marocains à la Baraka de Mekki de Skhirat, qui est à leurs yeux, sans aucun doute un saint vivant, pour venir à bout de leurs maladies ( incurables ou chroniques dans la plupart des cas) et pour apaiser les douleurs engendrées par celles-ci. C'est pour cela, que même si les patients du «Chérif Mekki» sont déçus à cause de son incapacité à faire face à leurs maladies, ils continueront à croire à l'existence de personnes fétiches capables de dispenser des soins à leurs demandeurs, grâce à leur Baraka bienfaisante. Il suffit donc qu'une autre personne prétende guérir les maladies incurables et chroniques, pour que le phénomène réapparaisse à nouveau.
La thérapie surnaturelle au Maroc est toujours ancrée dans la conscience collective. Pourtant la religion et la science sont claires à ce sujet. Pourquoi toutes les couches sociales croient à ce genre de guérisseur miracle ?
Bien que la thérapie surnaturelle est encore d'usage au Maroc surtout dans les milieux pauvres et analphabètes, et cela malgré les contestations des oulémas qui voient dans cette thérapie une pratique illicite et hérétique qu'il faudrait interdire, cela ne signifie pas pour autant que les marocains, même les plus simples d'esprits entre eux, mettent en doute les performances de la médecine biomédicale ou refusent d'y recourir. Il ne faut surtout pas oublier dans ce contexte, que les soins biomédicaux, générateurs de frais très lourds, restent de loin peu accessibles pour toutes les couches sociales. C'est ce qui explique que beaucoup de malades nécessiteux se tournent facilement vers ce que j'appelle « la médecine spirituelle » jugée très accessible financièrement.
Les femmes représentent la majorité des clients potentiels de ce genre de médecine miracle. Cela a-t-il une signification sociologique ?
Il est vrai que l'idée que le monde est peuplé d'esprits surnaturels susceptibles d'agresser les humains et de toutes sortes de gens capables eux aussi de provoquer le malheur d'autrui, est beaucoup plus ancrée chez les femmes que les hommes. L'explication de cette réalité, comme toute explication sociologique, ne peut trouver sens, que dans les conditions et les rapports sociaux : c'est-à-dire la situation de la majorité des femmes au Maroc, surtout dans les milieux démunis et analphabètes. Le spectre de l'abandon du mari et de la répudiation, constitue une obsession qui les hante au quotidien.
(*)Professeur de Sociologie et d'Anthropologie à l'université Mohammed V.
Propos recueilli par M.E.H


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