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PHILOSOPHES A LA PAGE : « L'enfer, c'est les autres»
Publié dans La Gazette du Maroc le 25 - 04 - 2008

Les gens se bousculent aujourd'hui à l'entrée des magasins, des cinémas, des cafés, des clubs de sport… Il fut un temps, pas si lointain, où l'on se bousculait pour assister à des conférences de philosophie. Il est vrai que le maître de cérémonie n'était pas n'importe qui : Jean-Paul Sartre.
Phénomène rare dans l'histoire intellectuelle : une pensée philosophique technique et austère a trouvé pourtant une très large audience auprès du public, allant jusqu'à susciter un véritable phénomène de mode : il s'agit du mouvement existentialiste fondé par le philosophe Jean-Paul Sartre. Avant de parler de la thèse en elle-même, évoquons le contexte, il est exceptionnel ; ceci nous permettra de savourer une époque pendant laquelle fête et pensée allaient de pair. Nous sommes au lendemain de la seconde guerre mondiale, en 1945. Une soif de liberté et une rage de vivre animent les gens de cette période. Cette ardeur ne se traduit pas encore par la consommation, voire la surconsommation qui caractérise nos sociétés d'aujourd'hui. Non, ce dont les gens ont envie, c'est de parler, d'échanger, de transformer la société, de se cultiver, de lire, de devenir plus intelligent, c'est la fête de l'esprit ! Sartre fonde alors la revue Les Temps modernes (avec sa compagne Simone de Beauvoir…) et pose le principe de la responsabilité de l'intellectuel dans son temps. Cette revue constituera un formidable moyen de diffusion des idées sartriennes ; le succès est rapide et foudroyant. On s'arrache la revue, on la commente, les débats d'idées fusent de partout. Les gens se bousculent pour assister aux conférences de Sartre, des femmes tombent en syncope…
Notre philosophe habite le quartier de Saint-Germain-des-prés, à Paris. Très vite, le lieu devient Le quartier de l'existentialisme, le soir, hommes et femmes échangent et parlent philosophie dans les caves et cafés enfumés de Saint-Germain, au son de la musique jazz qui commence alors à envahir l'Europe. On parle de l'être en soi et de l'être pour soi, de la liberté, de la substance et de l'existence en écoutant Charlie Parker et en invitant sa compagne à danser ! Savourons ces moments où le débat d'idées était une fête joyeuse, où l'on cherchait non pas à avoir raison contre l'autre, mais à avoir raison avec l'autre… Cette liberté qui caractérise l'époque est d'ailleurs au centre de la philosophie de Jean-Paul Sartre qui ne cessera de réfléchir sur ce concept. Que dit l'existentialisme ? D'abord, toute littérature est une littérature engagée selon notre auteur : l'écrivain est forcément «dans le coup», il est dans son époque, il la vit, il la transpire par ses écrits, parler de neutralité n'a aucun sens quand on est écrivain, il faut mouiller sa chemise… «L'écrivain est dans le coup quoiqu'il fasse, il est marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite. L'écrivain est en situation dans son époque». Ensuite, pour en venir à la thèse proprement dite ; Sartre avait donné une conférence de présentation qui s'intitulait : «L'existentialisme est un humanisme», le titre est assez révélateur de la vision sartrienne des choses. La dimension existentielle de l'humain, c'est cela qui passe en premier. L'existence, ce n'est pas la vie ; cette dernière se résume à un phénomène biologique et à des fonctions vitales comme respirer, manger, dormir.
L'existentialisme est un humanisme
L'existence, c'est le senti, les souffrances, les joies, les représentations que chacun se fait. Au milieu de tout cela, il y a la liberté, pivot de la philosophie de Sartre. L'existentialisme prône en effet la liberté totale, mais aussi la responsabilité totale des actes de l'homme. Nous avons trop tendance aujourd'hui à ne voir qu'un aspect de la liberté, croyant qu'être libre c'est simplement vouloir faire ce que l'on veut, or la liberté est aussi une responsabilité, les deux vont ensemble. Si chacun est libre, chacun est aussi responsable de soi, et nul ne peut l'être à sa place : «Le jardinier peut décider de ce qui convient aux carottes, mais nul ne peut choisir le bien des autres à leur place». Cette liberté totale en a effrayé plus d'un ; beaucoup ont reproché à Sartre d'encourager ainsi l'anarchisme, c'était détourner ses idées, jamais notre philosophe n'a clamé le désordre, il a simplement mis chacun devant ses responsabilités. Philosophie du choix volontaire et personnel, l'existentialisme est aux antipodes d'un déterminisme qui dirait grosso modo que les dés sont jetés d'avance, que les choses sont écrites déjà, et qu'il faut se résigner à accepter tout ce qui nous tombe sur la tête. Chacun de nous serait ainsi le jouet des circonstances et serait ballotté au gré des événements comme une feuille est balayée par le vent… Contre cela, il y a la volonté humaine. C'est au fond d'optimisme qu'il s'agit : «On peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous». Avis aux déprimés… Face à cette liberté humaine, il y a les autres qui peuvent parfois constituer une aliénation à ma liberté, c'est en ce sens qu'il faut comprendre la formule «L'enfer, c'est les autres». Formule forte, mais qui traduit bien cette tâche énorme et difficile qu'est la liberté de chacun. Ultime paradoxe de la philosophie de Sartre : chacun est libre de tout choisir… sauf la liberté, celle-ci n'est pas négociable, elle ne se choisit pas, elle est un fait dont nous ne pouvons nous détourner : «En fait, nous sommes une liberté qui choisit mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté». Sartre ne s'est pas contenté d'écrire ; être engagé c'est agir et donc faire des choix ; l'un des plus marquants est le refus par Sartre du prix Nobel de Littérature qui lui a été décerné en 1964, signifiant par là son refus des institutions en place. Sa philosophie n'est pas un simple effet de mode, il a vécu en philosophe, c'est-à-dire non pas reclus au fond d'une bibliothèque, mais présent partout où sa voix pouvait servir celle des autres. Pacifiste jusqu'au bout, il était de tous les combats, notamment ceux contre la colonisation, ou plutôt les diverses colonisations françaises… «Il suffit qu'un seul homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche l'humanité entière». Aujourd'hui la littérature engagée, celle qui dérange, se fait rare. Les caves de Saint Germain des prés se sont transformées en boutiques de luxe, les débats d'idées en discussions de cafés ; on ne lit plus que pour se divertir, passer le temps… Quel est l'intellectuel qui puisse porter sa voix au-delà des frontières, avec un réel souci d'efficacité ? Sartre est mort, qui veut le remplacer ?


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