Phénomène nouveau au Maroc, l'avenir de la presse gratuite est partagé entre l'impérative rentabilité et des ambitions d'égaler les prestations informatives des titres traditionnels payants. En évoluant de la forme classique de PGA (Presse gratuite d'annonces) vers la PGI (Presse gratuite d'information), il est évident que les ambitions de présence et d'impact de cette presse à fort tirage et entièrement financée par les annonceurs s'affirment par les acteurs qui ont initié les premiers titres distribués sur le marché, notamment Aufait, Al Assada Almassaia, Madinati, Plurielle et, plus récemment, le dernier arrivé, Zoom Hebdo. Les «gratuits» sont accessibles au plus grand nombre car c'est une presse à grand tirage dont le financement est indépendant des recettes des lecteurs. Elle est entièrement sponsorisée par des insertions publicitaires et dispose d'un réseau de distribution hors des points de vente traditionnels réservés aux journaux payants. Elle représente un facteur incitatif encourageant la lecture grand public, toutes catégories de pouvoirs d'achat confondues, comme ces automobilistes qui s'arrêtent aux points de distribution «push» pour s'en procurer tandis que diverses tranches d'âge du lectorat se précipitent aux endroits indiqués pour être servis. Une proximité … physique ! Au point de vue Infos, il faut reconnaître que ces titres présentent une bonne production d'actualité et diversifiée dans leur rubriquage. Mais quelques remarques. D'abord, fait unique dans les annales au Maroc et ailleurs, c'est la première fois qu'un groupe de presse payant, en l'occurrence le groupe Maroc Soir, lance un gratuit, Al Massaia qui, en fin de compte, se contente, de fournir surtout un sommaire détaillé des infos que le lecteur est invité à approfondir sur les titres payants du groupe Al Maghribia et Assabahia. Mais dans tous les cas, il faut bien convenir que les «gratuits» ne pourront jamais se substituer en totalité aux titres classiques dont l'importance et l'intérêt des informations mises sur le marché varient selon les coûts investis dans la recherche de la matière publiable. Deuxième remarque: la PG vient répondre partiellement à un besoin d'information exprimé par certaines franges de la population qui ne sont pas inscrites dans le lectorat payant. En outre, la PG satisfait les pouvoirs d'achat les plus affectés par le coût de la vie. Si en Europe, les cœurs de cibles se situent dans la tranche d'âge des 15-35 ans dont 25% d'étudiants et 49% de femmes, chez nous les adultes sont largement preneurs. La culture du «fabor» domine encore nombre de nos comportements sociétaux. Troisième remarque : la PG, bien que disponible et facile à se procurer, a un impact limité pour sa légèreté, rapidité, brièveté des infos sans commentaires, analyses ou investigation en raison des coûts nécessités. Tant que la presse payante développe ses sources et approfondit son portefeuille d'infos à valeur ajoutée, elle est loin d'être menacée par les «gratuits». En fait, ces derniers constituent une presse de proximité… surtout «physique» dans la distribution, et séduisante par son «coût zéro» mais ces avantages ne garantissent pas un véritable lectorat prenant ses sources d'informations dans ces publications.