Ces 23 et 24 février, la capitale américaine accueille un nouveau round de négociations sur le Sahara marocain. Il s'agit du troisième en l'espace d'un mois. Un rythme pour le moins soutenu qui traduit une implication directe et assumée de l'administration américaine dans un dossier figé depuis près d'un demi-siècle. Après des consultations discrètes tenues début février à Madrid, sous l'égide des États-Unis et en présence de l'envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU, Staffan de Mistura, Washington passe désormais à la vitesse supérieure. Cette fois, les discussions se tiennent sur le sol américain, avec autour de la table le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le front séparatiste du polisario. Le processus est piloté par Massad Boulos, conseiller spécial du président américain Donald Trump pour l'Afrique et le Moyen-Orient. Et le message est clair : les négociations ne sont pas appelées à se prolonger indéfiniment. Une médiation qui ne veut plus s'enliser À Washington, le ton a changé. Les États-Unis ne se contentent plus d'accompagner le processus onusien, ils entendent lui imprimer un tempo politique. L'objectif affiché est d'aboutir rapidement à une solution « réaliste et durable », conformément à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, et sur une seule et unique base: le plan d'autonomie proposé par Rabat, et dont une version développée en 40 pages est désormais sur la table. Cette accélération diplomatique traduit une volonté américaine d'éviter un enlisement supplémentaire d'un conflit qui dure depuis près de cinquante ans. La multiplication des rencontres – Madrid, Washington, et d'autres échanges préparatoires restés confidentiels – montre que la Maison-Blanche considère désormais ce dossier comme prioritaire dans sa stratégie régionale. Un soutien constant à la souveraineté du Maroc Tout en se positionnant comme facilitateur, Washington réaffirme son soutien ferme à la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Une position constante depuis la reconnaissance américaine de 2020, et que l'administration démocrate n'avait pas remise en question, avant le retour de Donald Trump aux affaires. Au centre des discussions figure donc la version actualisée du plan d'autonomie marocain. Ce projet prévoit une large autonomie administrative des provinces du Sud, notamment en matière de santé, d'éducation et de fiscalité, tout en maintenant les compétences régaliennes sous l'autorité de l'État central. À Rabat, le Roi Mohammed VI avait annoncé l'élaboration d'une version enrichie de cette initiative, précédée de consultations avec les partis politiques nationaux. L'objectif : consolider une proposition crédible, réaliste et conforme aux paramètres onusiens. Des lignes de fracture persistantes Si Washington accélère, les divergences restent profondes. L'Algérie et le polisario continuent de rejeter toute solution qui ne s'inscrirait pas dans leur lecture du principe d'autodétermination. De son côté, le Maroc considère le plan d'autonomie comme l'unique base sérieuse et réaliste de règlement. Mais la nouveauté tient moins dans les positions des parties que dans la posture américaine. En fixant un calendrier resserré et en laissant entendre qu'un accord pourrait être recherché avant l'été (certaines parties évoquent le mois d'Avril), les États-Unis entendent créer une dynamique politique susceptible de briser des décennies de blocage. Ce nouveau round à Washington pourrait marquer un tournant. Rarement, depuis des années, le dossier du Sahara marocain n'aura connu une telle intensité diplomatique. Washington ne semble en effet plus disposé à laisser ce conflit s'inscrire dans l'inertie. L'Amérique veut aller vite. Et elle le fait savoir.