Commission spéciale : marche arrière Le projet de décret-loi prévoyant la création d'une commission administrative transitoire pour piloter provisoirement le secteur a été retiré de l'ordre du jour du Conseil de gouvernement, a annoncé Mohamed Bensaid, lors de la conférence de presse tenue au ministère jeudi 19 février 2026. Le texte, porté initialement par le chef du gouvernement, proposait en effet une structure composée d'un magistrat, de deux experts désignés par l'Exécutif et de deux personnalités nommées par le Conseil national des droits de l'Homme et le Conseil économique, social et environnemental. Un texte "polémique" qui n'a pas fait l'unanimité. Professionnels et organisations y ont vu une remise en cause du principe d'autorégulation incarné par le Conseil national de la presse (CNP). L'introduction de membres extérieurs non élus a été perçue comme une atteinte à l'indépendance du secteur. Réforme du CNP : retour au Parlement Face à la polémique, le gouvernement a reculé. Selon le ministre, aucune structure exceptionnelle n'est nécessaire pour assurer la continuité administrative du CNP, notamment pour la délivrance des cartes de presse et la gestion des dossiers en cours. Le responsable a indiqué que les cartes de presse 2025 et les avantages associés restent valables. Ce retrait, selon Bensaid, serait également une manière pour éviter toute interprétation politique de la mise en place d'une structure exceptionnelle. Autre chantier majeur : la loi 09.26 relative à la réorganisation du Conseil National de la Presse. Certains articles ayant été jugés non conformes par la Cour constitutionnelle, le texte doit être amendé avant de reprendre le circuit législatif. Objectif: adoption définitive au printemps et installation d'une nouvelle instance en été. Une réforme qui se fera dans un cadre institutionnel d'une manière consensuelle, comme l'explique le ministre. Subventions : fin du paiement direct des salaires Un autre dossier sensible. Depuis la crise du Covid-19, l'Etat a soutenu massivement les entreprises de presse, allant jusqu'à prendre en charge directement les salaires des journalistes. Une mesure d'urgence prolongée au fil des années pour aider les entreprises à se redresser, explique Bensaid. « Mais l'Etat ne peut pas continuer à verser directement les salaires des journalistes », déclare-t-il. Le ministre affirme cependant que le soutien sera maintenu, mais il revient à un mécanisme plus classique de subvention. Un arrêté conjoint entre le ministère de la Communication et celui des Finances acte ce retour à une formule inspirée de l'ancien modèle, avec une enveloppe renforcée. Pour rappel, le budget alloué au secteur est de l'ordre de 262 millions de dirhams (contre 65 millions aupravant). Le retard dans la mise en œuvre du nouveau dispositif ? Il s'expliquerait, selon le ministre, par l'absence de dossiers déposés par certaines petites et moyennes entreprises contrairement aux grands groupes qui ont finalisé leurs démarches. La presse, « service semi-public » Pour Mohamed Mehdi Bensaid, la presse ne peut être considérée comme une activité économique ordinaire. Il la qualifie de « service semi-public » et rappelle le rôle stratégique du journaliste dans l'équilibre démocratique. Autre nouveauté : l'activation d'un dispositif lié aux droits moral et patrimonial des journalistes. Dalal Mhamdi Alaoui, présidente du Bureau marocain du droit d'auteur (BMDA), a annoncé, lors de ce point de presse, la mobilisation d'une enveloppe d'environ 30 millions de dirhams au titre des deux dernières années. Les journalistes sont appelés à s'inscrire au BMDA pour percevoir les redevances issues de la réutilisation de leurs contenus. Les entreprises titulaires des droits d'auteur bénéficieront, elles, de 30 % des montants concernés. Ces sommes ne constituent pas un salaire, insiste le ministre, mais un droit destiné à renforcer la reconnaissance professionnelle et la situation sociale des journalistes. Seuls les contenus à réelle valeur ajoutée – répondant à des critères d'originalité, de créativité et de diffusion significative – sont concernés. Les simples brèves d'actualité ne sont pas visées.