Hicham Arazi, ancien N°22 mondial est, aujourd'hui, capitaine de la sélection marocaine en Coupe Davis. Dans cet entretien, le quart de finaliste de l'Open d'Australie et de Roland Garros aborde la dynamique de l'équipe nationale en Coupe Davis, où le Maroc rêve toujours de retrouver les sommets, le niveau actuel des jeunes tennismen marocains et les défis qu'ils rencontrent pour percer à l'échelle mondiale, ainsi que ses souvenirs inoubliables avec des joueurs devenus légendes. Malgré l'élimination face à la Colombie (1-3) en Coupe Davis, quel bilan tirez-vous de cette confrontation ? Au-delà du score, je retiens beaucoup de positif. Nous avons affronté une équipe mieux classée. Nos joueurs sont jeunes, certains ont 17 ou 18 ans. Ils ont montré du caractère, notamment Reda Bennani qui a remporté un match important. L'équipe a rallumé une flamme, celle du tennis marocain en Coupe Davis. Le public était au rendez-vous, l'ambiance était magnifique. C'est encourageant pour la suite. Comment évaluez-vous le niveau actuel de vos jeunes joueurs ? Ils progressent vite. Yassine Dlimi a gagné plusieurs centaines de places en un an. Karim Bennani, encore junior, montre un potentiel très intéressant. Reda Bennani montre déjà beaucoup de maturité. Il leur manque encore de l'expérience, surtout dans les moments clés, mais l'état d'esprit est irréprochable. Ils aiment jouer pour le Maroc, et ça change tout. Certains incidents ont circulé sur les réseaux sociaux après la rencontre face à la Colombie. Que s'est-il réellement passé ? Il faut remettre les choses dans leur contexte. La Coupe Davis est une compétition à part. L'ambiance est plus intense qu'en tournoi individuel. Après la balle de match décisive, le joueur colombien a célébré sa victoire en se tournant vers le public marocain. Cela a créé une tension. Mais il n'y a rien eu de grave. J'ai immédiatement échangé avec leur capitaine, qui a reconnu que le geste aurait pu être évité. Nous nous sommes serré la main, nous avons félicité leurs joueurs. Dans les vestiaires, tout était apaisé. Les deux équipes se sont respectées. Quel rôle joue la Fédération Royale Marocaine de Tennis dans cette nouvelle dynamique ? La Fédération est très investie. Elle accompagne les jeunes dans leurs déplacements, participe au financement, met à disposition un staff complet – préparateur physique, kiné, encadrement technique. À notre époque, nous n'avions pas ces moyens. Aujourd'hui, les jeunes sont soutenus et structurés. C'est essentiel dans un sport individuel aussi coûteux que le tennis. Que faut-il à cette génération pour atteindre le niveau qui était le vôtre ? De la constance et du vécu. Avec Younes El Aynaoui et Karim Alami, nous nous poussions mutuellement. Cette émulation est importante. Les jeunes doivent continuer à travailler, à croire en eux, à accepter les défaites comme des étapes d'apprentissage. Quels souvenirs de votre carrière nourrissent, aujourd'hui, votre discours auprès des jeunes ? Il y en a beaucoup. Je repense souvent à l'Open d'Australie quand Younes El Aynaoui avait disputé ce quart de finale historique face à Andy Roddick. J'avais perdu plus tôt dans le tournoi, mais j'étais resté pour le soutenir jusqu'au bout. On était dévastés après la défaite, mais humainement, c'était un moment très fort. Je me souviens aussi de ma victoire contre Roger Federer à Roland-Garros. À l'époque, il était déjà dans le Top 10 mondial. Battre un joueur de cette dimension reste gravé. Ce qui m'a marqué chez lui, au-delà du talent, c'est son élégance et son respect envers tous, des juniors aux qualifiés. Il y a également cette anecdote avec Rafael Nadal. Je l'ai rencontré très jeune, à 16 ans, lors d'un tournoi. On m'avait dit : « Ce garçon va devenir immense ». L'histoire l'a confirmé. Younes l'avait battu à l'US Open.