À suivre l'adage, on risque bien de se demander si le Maroc est bien toujours le Maroc ! Les habitudes alimentaires changent et avec elles les comportement sociaux. Tous les sociologues savent cela. Chez « Acima Liberté », petit supermarché de quartier à mi-chemin entre deux importants marchés traditionnels, on fidélise une clientèle « classe moyenne plutôt âgée » qui a pris ses habitudes depuis 2003, date d‘ouverture du magasin. Rayon laitages, la guerre fait rage entre Centrale laitière et COPAG, à coup de produits « bio », « non-sucrés », « 0% » et autres « jus de fruits au lait ». Cinq références en 1990, quinze en 2002, plus de trente aujourd'hui. « Les gens achètent tout de suite pour goûter ce qu'ils voient à la télévision, après c'est à nous de les fidéliser, par la PLV, les animations-produits et surtout une belle présentation respectant les règles d'hygiène ». Pour le responsable du magasin, c'est la principale révolution consumériste qu'il constate: « maintenant les gens sont exigeants sur tout ce qui touche à la fraîcheur, à l'hygiène et à la propreté générale ». Confirmant ses propos, il signale la part de plus en plus grande des fruits et légumes frais pré-emballés et « contrôlés sanitairement ». Les salades nettoyées et coupées sous vide se vendent très bien depuis un an environ. Quant au frais traditionnel : «nous sommes moins cher que le souk d'à côté» précise ce même responsable, rajoutant à mi-voix « et dans des conditions d'hygiène autrement plus évidentes». Autre révolution, pas tout à fait alimentaire, mais pas la moindre pour ce qu'elle laisse deviner de transformations sociales : les lessives «spécial machine». Les deux grands lessiviers mondiaux se partagent le marché assez équitablement avec « une proportion de plus en plus grande pour les lessives machines par rapport aux lessives mains ». Là aussi, finie la suprématie du « Tide» (au point que le mot est devenu un terme générique) ; plus de vingt marques sont aujourd'hui sur les rayonnages. Information inattendue dont on ne parle que tout bas : les alcools -tous confondus- tiennent la première place au hit-parade des ventes du supermarché. Loin devant l'épicerie et la DHP (Droguerie, Hygiène, Parfumerie). La vodka et le whisky (premier prix à 39 DH) partent bien… et les bières bien sûr ! La consommation alimentaire va bien, donc. Les commerces de bouche au Maroc, ne désemplissent pas à toute heure du jour ou de la nuit. Pourtant, les chiffres sont tenaces. En cours d'analyse, « l'enquête nationale 2004 de la consommation » diligentée par la direction de la Statistique du ministère des Finances, semble confirmer les chiffres de 1999. Encore 27.9 % des enfants de moins de deux ans présentent « des retards de croissance » dûs à la malnutrition : (33.1 % en milieu rural contre 17.7 % en milieu urbain). Le constat s'aggrave encore pour les enfants de moins de onze ans : 36.7 % au niveau national (46.2 % à la campagne contre 23.7 % à la ville). Il semble que tous les Marocains ne soient pas montés dans le train de la consommation mondialisée.