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L'affaire Bouarfa/Hanouichi “Addaâwa wal Jihad”, l'autre terrorisme
Publié dans La Gazette du Maroc le 09 - 02 - 2004

L'extraordinaire coup de filet qui a permis l'arrestation de Bouarfa et Hanouichi n'en finit pas de dévoiler les faces cachées d'un gang déterminé à s'attaquer aux symboles de l'Etat.
Le groupe armé de Mohcine Bouarfa et de Tawfik Hanouichi a poursuivi le travail entamé par le chef spirituel et leader Abdelwahab Rabae. C'est aujourd'hui une chose certaine d'autant plus que le fameux chef condamné à mort en septembre 2003 avait décidé de poursuivre les actes terroristes sous une nouvelle bannière qu'il a nommé : Addaâwa wal Jihad. C'est un groupe dissident qui est né au lendemain des attentats du 16 mai et dont les thèses sont contradictoires avec celles des salafistes jihadistes qui, eux, préconisaient des attaques contre des civils pour déstabiliser le pays. Les nouveaux terroristes se nomment Moujahidoune et leurs cibles étaient des symboles de l'Etat et des intérêts juifs au Maroc. Nous ne sommes plus devant une énième ramification de la salafiya jihadiya mais bel et bien en face d'une branche terroriste armée qui a rompu avec l'héritage salafiste pour revendiquer une nouvelle approche de la lutte armée contre des symboles forts de l'Etat. Ce n'est pas non plus une formation qui obéit à des théories basées sur des réflexions pseudo-théologiques de celles qui avaient sévi dans plusieurs villes du pays sous la coupe de prédicateurs comme Fizazi, Hadouchi et autres illuminés de l'islam radical. Ce n'est pas là non plus un groupe armé qui serait la continuité des actions d'Assirat Al Mostakim ou d'Attakfir wal Hijra. Non, il s'agit tout simplement d'un groupe armé, décidé à mener une lutte sanguinaire contre les forces de l'ordre et d'autres symboles de la tolérance et de l'ouverture de ce pays.
Les nouveaux Moujahidoune sont nés
Appelés les “Moujahidoune”, les disciples de Abdelwahab Rabae arrêté et condamné à mort en septembre 2003, encadrés ensuite par ses complices directs, Mohcine Bouarfa et Tawfik Hanouichi, dont la cavale s'est terminée dans le sang le lundi 26 janvier 2004, préparaient des attentats contre des représentants de l'Etat et des édifices publics. Déjouées par les services de police, ces attaques criminelles devaient être la suite logique des attentats de Casablanca selon un projet commun des terroristes, mais la branche qui a fait dissidence à Meknès, sous la houlette de Abdelwahad Rabae, s'était très vite démarquée des autres cellules après le 16 mai en ciblant non pas la société, mais les intérêts de l'Etat et les représentants de l'ordre. Aucune attaque contre des civils ce qui devait dans la logique du chef présumé de la nouvelle mouvance lui assurer d'un côté, la sympathie des populations comptant sur leurs pseudogriefs contre les forces de l'ordre et d'un autre côté se positionner vis-à-vis des autres factions criminelles comme le détenteur du véritable message du jihad pour “le bien de la oumma musulmane !”. Cette idée a dans les faits été appliquée à la lettre depuis plusieurs mois par les membres du groupe dissident de Rabae et on la retrouve également dans les cellules dormantes qui avaient décidé d'agir à Rabat et à Salé. L'après-16 mai a donc poussé les activistes de la Salafiya à revoir leurs thèses et leurs méthodes terroristes et le plus bel exemple avait été donné par Rabae lui-même. En juillet 2003, soit deux mois après les attentats de Casablanca, il avait mis fin aux jours de la première victime d'une longue série perpétrée par son gang, le secrétaire-greffier de justice Mohamed Imahda, avant de le découper en morceaux qu'il a éparpillés à Nador. C'est à la suite de ce premier crime, accompli avec la complicité de Bouarfa, Hanouichi et de Slimani, que le nouvel Emir de Addaâwa wal Jihad, allait lancer son mot d'ordre lors d'une séance plénière regroupant à Meknès toutes les nouvelles recrues du groupuscule. Durant la fameuse réunion, Rabae avait décrit à ses disciples comment Mohamed Imahda avait été assassiné et expliqué pourquoi il fallait frapper des agents de l'autorité. A partir de là, commence à Meknès le cauchemar des policiers agressés et tués, des hauts responsables attaqués et des projets de grande envergure contre l'autorité centrale. C'est aussi à cette même période que Rabae a mis à exécution sa volonté de faire savoir à tous les autres groupes terroristes que sa lutte à lui n'avait rien d'aléatoire, mais qu'elle était planifiée selon des cibles précises et des choix étudiés avec beaucoup de soin.
Le nouveau départ
Ce qu'il faut savoir c'est que Hanouichi a toujours été un des volontaires de la mort. Il aurait dû se faire exploser dans des actes qui devaient être la réplique sanglante des attaques de Casablanca. Il devait être un des kamikazes réservistes post- 16 mai, mais la nouvelle orientation de son chef spirituel et son mentor lui a ouvert d'autres voies vers le jihad. Désormais, les forces de police ont procédé à un nettoyage systématique qui a touché presque tous les coins et recoins du pays. Les terroristes se savaient cernés, surveillés, pistés de très près. Des attaques comme celles de Casablanca ne pouvaient être préparées en toute discrétion : les temps avaient changé et la police avait quadrillé l'essentiel des zones de turbulences et de danger. Que fallait-il faire pour continuer la lutte armée contre le pays ? Rabae, toujours lui avait ouvert la voie en éparpillant les réseaux qui voulaient bien suivre son chemin. Au départ de toute cette action, ils n'étaient pas plus que cinq fidèles d'entre les fidèles : Hanouichi, le disciple direct, Bouarfa, l'homme de main, Slimani et Mohamed Lemseyeh. Très vite le groupe de la mort a choisi de couper les liens avec tous les autres groupuscules dits salafistes qu'ils soient takfiristes ou des adeptes d'Assirat Al Mostakim. Meknès sera la capitale de leurs actions, mais l'axe Berkane/ Nador se révèlera très vite comme une piste presque impossible à suivre en cas de traque et de poursuite par la police. Le groupe fraîchement formé tentera de trouver des brèches dans des zones comme El Hajeb et Sidi Kacem. Il faut signaler que tout le périmètre entre Fès et Meknès a été étudié et assimilé pour les manœuvres criminelles. Surtout les petits patelins où ils pouvaient passer inaperçus comme Aïn Taoujtate, Lahnichat, Aïn Chkef et ses grottes, Oued Bourkayz, Zerhoun, Mhaya et d'autres petits villages essaimés entre les deux grandes agglomérations. Aucune action du groupe Rabae avant ou après sa condamnation n'aura lieu en dehors de cet axe. On ne verra rien qui sera perpétré à Rabat, Tanger ou Casablanca excepté l'assassinat de Rebibo qui jusque-là n'a pas encore été mis sur le compte du duo Hanouichi/ Bouarfa. Autre point important dans la constitution de cette nouvelle formule du terrorisme islamiste : le choix délibéré de ne faire participer dans les attaques aucun membre de ladite salafiya ou d'un quelconque autre groupe “jihadiste”. Une volonté certaine de trancher avec un modus operendi qui n'a jamais été du goût de Rabae. Sans oublier que tous les nouveaux membres embrigadés et endoctrinés n'obéissaient pas nécessairement à un lavage de cerveau comme cela était le cas pour les ténors de la salafiya
qui avaient le poids du savoir pour embobiner l'auditoire. Rabae et ses amis comptaient sur les griefs des jeunes et des pauvres contre la société et les forces de l'ordre. Ils profitaient de leur ignorance, utilisaient leurs frustrations pour les remonter contre leur pays. Le groupe n'avait qu'un seul coordinateur avec les autres membres. Il s'agit de Younes Cherkaoui qui devait faire passer les messages et faire aboutir les plans. La philosophie d'Addaâwa wal Jihad est très simple : pour lutter contre les symboles de l'Etat, il faut avoir les moyens pour y arriver. D'abord la recherche des armes, ce qui sera depuis le départ de cette nouvelle vague de crimes le souci premier de cette mouvance. Ce qui explique le vol d'armes dans la caserne de Guercif, les attaques contre des agents de la police ou de hauts responsables de la Sûreté nationale pour les tuer et s'emparer de leurs armes. Ce qui explique aussi le nombre important d'explosifs et les armes à feu trouvés par les services de la police nationale lors du grand coup de Meknès et de Fès le lundi 26 janvier.
C'est à la suite de ce premier crime, accompli avec la complicité de Bouarfa, Hanouichi et de Slimani, que le nouvel Emir de Addaâwa wal Jihad, allait lancer son mot d'ordre lors d'une séance plénière regroupant à Meknès toutes les nouvelles recrues du groupuscule.
Crimes retenus officiellement contre Bouarfa et Hanouichi
Mohcine Bouarfa et Taoufik Hanouichi ont toujours opéré ensemble. Les griefs retenus officiellement contre eux comportent 7 assassinats entre juillet 2003 et janvier 2004, et des attaques et vols à l'arme blanche. Bouarfa est né le 1/11/1976 à Meknès, célibataire, courtier de profession, demeurant rue 38, n° 27, Hay Atlas, titulaire de la CIN N° D654536. Hanouichi est né le 04/06/1976 à Sidi Kacem, demeurant au N° 7, rue 5, Hay Atlas 3, titulaire de la CIN N°D709704.
Les assassinats :
Assassinat vers la fin du mois de juillet 2003 à Nador de Mohamed Imahda, secrétaire-greffier. Assassinat à Meknès le 29/08/2003 de l'auxiliaire de l'autorité Mohamed Kejjou. Assassinat le 01/09/2003 à Mejjat de Aziz Doutchih.
Assassinat le 13/09/2003 à Meknès du Marocain de confession juive Elie Afriat.
Assassinat le 27/09/2003 à Meknès de l'auxiliaire d'autorité (mokaddem) Thami Lakhlifi.
Assassinat à Meknès le 24/12/2003 de Layachi Sdiqui, chef de la DAG à la préfecture de Meknès-Ismaïlia.
Assassinat à Meknès le 24/01/2004 du gendarme Ali Hassi ayant exercé à la brigade territoriale d'Aïn Jemâa.
Autres crimes : agression et vols :
Agression à l'arme blanche le 31/07/2003 à Meknès de l'officier de police Rachid Essafi en fonction au SRPJ de Meknès.
Agression à l'arme blanche à Meknès en octobre 2003 d'un couple qui était à bord d'une voiture de marque Golf.
Vol commis vers la fin de décembre 2003 au collège Jaber Ibn Hayane à Meknès.
Vol commis vers la fin de décembre 2003 au centre de formation professionnelle sis au quartier Sefita à Meknès.


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