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Derb Moulay Chérif… et des larmes de cire
Publié dans La Gazette du Maroc le 12 - 04 - 2004

C'est la moisson marocaine des films sur les “années noires” ou de “plomb” ou ce que vous voulez. D'une bobine à l'autre, d'un mélodrame à l'eau de rose à l'autre, c'est la sensiblerie pleurnicharde qui dicte ses intentions au public marocain. “Derb Moulay Chérif” qui sort cette semaine sur les écrans du pays est une variation sur le thème du “je vais te faire pleurer et tu penseras que mon film est bon”. Soit.
Imaginez une histoire réelle qui, par l'effet bobine, devient incroyable. Dans le sens de pas crédible. Cela pourrait s'appeler la magie du cinéma, le revers de l'imagerie… l'accidenté de l'intention. Pourtant La “Chambre noire”, le livre, est tout ce qu'il y a de plus vrai. C'est le récit quelque peu romancé de la vie d'un jeune homme rêveur broyé vivant par la roue du destin. Oui, la chronique, ma foi, très sensible, sur la carapace d'un jeune corps jeté par-delà le soleil vers les limbes de l'oubli. Pourtant la transition du mot à l'image (bien que le scénario se réclame d'une adaptation libre du livre “La chambre noire”) nous met face à une historiette cruellement rendue insipide. Sauf que face au destin d'une jeunesse rêveuse, idyllique, idéalisante, le spectateur est très vite sommé de vibrer. On ne lui laisse pas le choix, on ne le prépare pas à pénétrer le sort des personnages, on lui dit clairement et sans fioritures : “il faut pleurer et te tordre les boyaux, ce sont les années noires ”. La belle jambe que cela nous fait. Et c'est là le problème de ce film, le dernier de son réalisateur Hassan Benjelloune qui a troqué sa soutane de chroniqueur social “très féministe” contre une nouvelle casquette pseudo politicienne. Et soit dit en passant, la transition dans ce cas de figure s'opère plutôt bien. Sans aimer le cinéma que fait Benjelloune, je le trouve plus vif cette fois, plus à même de devenir correct. C'est que cela promet. Lui, au moins, il change, il progresse, il apprend, et n'a pas trop la grosse tête. Il ira même jusqu'à dire qu'il essaie. Cette humilité le rachète.
Sensiblerie quand tu nous ligotes
Pour beaucoup de cinéphiles, la comparaison vaut l'analyse. C'est un choix. De facilité, mais cela reste un choix. Et les choix, on les respecte, même quand on les récuse. En bloc. Pour beaucoup, “Derb Moulay Chérif” de Hassan Benjelloune est mieux que “Jawhara” de Saâd Chraïbi, donc c'est un bon film. Oui et non. Affirmatif si le comparant est un bon produit qui se tient. Mais quand on prend “Jawhara”, qui traite des mêmes années “noires” et s'affuble du même souci d'historicité bancale, pour point où placer la barre, tous les films marocains sont des chefs-d'œuvre. Non, juger le film de Hassan Benjelloune à l'aune d'un cuisant nanar comme Jawhara est la suprême insulte à faire au réalisateur de “Yarit”. On s'abstient alors de tels sacrilèges ! et on continue. L'affirmatif s'effilochant, on aborde le négatif. Et le film de Benjelloune dépasse des scores donnés comme records. Ceci dit, “Derb Moulay Chérif” aurait pu être un film correct à défaut d'être un excellent film. Il y avait de tout pour réussir une belle percée dans l'histoire presque moribonde du cinéma local. Mais il y a des destinées fatales, comme dirait l'autre ! Pour céder aux superstitions ambiantes, on ira même jusqu'à dire que cela était écrit. Mais avant d'aller plus loin et de dire pourquoi un tel bousillage, posons quelques questions auxquelles nous n'attendons pas de réponses. Pourquoi traiter de problématiques aussi essentielles en leur collant un faisage aussi systématique ? Sans douter un instant de la fibre patriotique de l'un et de l'autre, comment peut-on aborder l'histoire sanglante de son pays comme on traite un minable fait divers de pacotille sur la perte d'un denier noir sur l'asphalte gris ? Enfin, quel intérêt de nous montrer la douleur ou ce qui s'en approche, (son double, son envers claudiquant) quand ce qui est donné à voir ne nous touche pas et nous paraît, comble du bizarre, factice ?
L'histoire du ballet muet
C'est là que le plafond de l'inconscient bouillonne pour un coup, puis, renâcle et retombe en catalepsie. C'est que dans cette chambre noire, il y a essentiellement du vide beaucoup trop de vide. (comme l'histoire très intéressante de cette amoureuse dont le frère est le geôlier de son amant bradée sur l'autel du lieu commun, comme ses souvenirs d'enfance à Essaouira qui sont suspendus comme orphelins de leur propre charnière ou encore ses passages au bar que le réalisateur affectionne et qui sont la définition même du cliché arbitraire…). Du vide, donc et la vacuité pourrait tambouriner aux quatre coins des murs de la prison, elle fera, au mieux, l'effet d'un cri sourd devant un aveugle en goguette. La “Chambre noire” ou “Derb Moulay Chérif” devient au fil des imageries collées les unes aux autres dans une absente velléité de montage, comme un ballet muet improvisé sur une estrade pour un public frappé de cécité. L'effet ? un mélodrame qui savait d'emblée que la sensibilité du public était sociologiquement cernée. La suite est simple : fait défiler les images et les larmes finiront par courir vers la paroi la plus fine de cet inconscient social qui se claquemure. C'est un effet placebo en guise de médication soporifique. Bref, de l'apathie quand il faut faire tomber
les murs, du vacarme quand le silence suffit, des coups quand un simple regard aurait porté nos voix. “La chambre noire” s'est trompée d'effet voulu. Curieusement quand le réalisateur tablait sur les larmes, c'est le sourire qu'il arrache, quand c'est mon sarcasme qu'il appelle, c'est l'angoisse et le malaise inconfortable qui fait signe. La faute à qui dans cette transmutation des valeurs ? Certainement, la mienne… Car je n'ai pas compris pourquoi le cauchemar n'est pas apparentable pour moi à un signe, de l'histoire ou du vécu propre. Pas plus que je n'ai saisi pourquoi entre sourire et malaise, c'est une boule de nausée qui m'a serré la gorge. Une réaction épidermique qui a fait éclater le film en mille morceaux. J'ai beau tenter de recoller l'émiettement des sensations, rien n'y fait. L'amère déduction est que la bonne volonté à elle seule ne suffira jamais. Et que pour faire du cinéma il faut être un artiste, un véritable, vivre en artiste, regarder en artiste, vibrer en artiste, manger et faire le reste en artiste. En place de quoi, nous avons eu en substance une fiction qui abuse son public puisqu'elle mise sur la douleur de zyeuter la réalité en face. Encore faut-il que la réalité soit la réalité. Et sur ce terrain de jeu, ni vous ni moi, ni tous les cinéastes du monde ne peuvent avoir cette grosse méprise (qui est de fait prétentieuse) de toucher une quelconque réalité sans y perdre son âme. Où retrouver la rédemption. C'est à Benjelloune de nous dire s'il a touché à l'une ou à l'autre grâce. Pour ma part, c'est cette passivité dans les tripes qui me glace les sangs. Car cette chambre noire que je n'ai pas vue (à moins que je ne sois aveugle) n'a ni tenté d'esthétiser l'injustice ni rendre plus attrayant le fossé de la perdition politique et sociale. Ni “Ila Al Amam” ni le “23 mars” n'ont gagné dans cette course de bobines.L'hommage(le film le revendique, malgré des atours rebelles) est plutôt un insoutenable manque de recul et de nuance. Et les jeunes hommes dont les vies ont été brisées ? Dans cette chambre, ils sont ridicules, plats, sans reliefs, on les oublie quand les lumières s'allument et que le public applaudit. C'est comme ça.


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