Si aujourd'hui l'Espagne découvre le nom d'un autre Marocain dénommé Amer Azizi au centre des attaques de Madrid, il faut rappeler que la même personne en relation avec Abou Dahdah était derrière les attentats de Casablanca le 16 mars 2003. Amer Azizi qui s'est déplacé en Europe comme il voulait était aussi l'un des plus grands recruteurs de la cellule pour les camps afghans et indonésiens. Il était très proche des frères Benyaïch, d'Abdellatif Mourafik, de Driss Chebli et de Saïd Cheddadi. Son nom figurait aussi sur des documents trouvés lors d'une première perquisition dans le domicile de Jamal Zougam. La question qui se pose aujourd'hui et qui balaie du coup les thèses sur les combattants du GICM et autres Abdelkrim Mejjati, est de savoir si Amer Azizi n'est pas en fait la tête pensante, le cerveau du 11 mars madrilène, étant donné qu'il est l'une des rares personnes faisant partie de l'ancienne cellule espagnole démantelée par le juge Baltasar Garzon, qui sont toujours en fuite. Le numéro 22 sur la liste établie par la justice espagnole dans l'enquête sur les attaques de New York et du rôle joué par la cellule espagnole d'Al Qaïda, dirigée alors par Imad Eddine Barakat Yarkas, alias Abou Dahdah, correspond au nom d'Ousama Darra, alias “Abou Thabet”, un ex -combattant de Bosnie, déjà arrêté en Espagne. Le 23 est celui d'Amer Azizi, alias “Othman Al Andaloussi”, grand recruteur en Espagne d'Al Qaïda, toujours en fuite. Celui qui le suit est le numéro de Luis Jose Galan Gonzalez, alias “Youssef Galán”. Citoyen espagnol converti à l'Islam et ancien combattant des camps de Paso, en Indonésie. Il a été arrêté en Espagne au même moment qu'Abou Dahdah, en 2001. Le hasard des listes l'a situé très proche de ses amis les plus appréciés par lui. L'homme de l'ancienne génération Son profil est celui des derniers venus dans la cellule espagnole dirigée par Imad Barakat Yarkas, dit Abou Dahdah. On ne retrouve pas sa trace dans les documents de ladite cellule avant l'année 2000. Mais très vite, il prend de la place et monte en grade jusqu'à occuper en un rien de temps le poste de grand recruteur qui sera en relation avec d'autres cellules en Europe et en Asie. Il a fait le voyage en Afghanistan, et a été des guerres de religion du moins celles d'avant la chute des Talibans. Selon nos sources, Amer Azizi a commencé par fréquenter la mosquée M-30 de Madrid pour assister à des prêches de l'imam Mounir Mahmud Ali Mesri. C'est cette même mosquée que fréquentaient des dizaines d'autres membres de la cellule de Barakat Yarkas. C'est là qu'ils se sont rencontrés pour certains et c'est toujours dans son enceinte que des plans ont vu le jour et des voyages se sont organisés. Mais très vite, Amer Azizi a montré un visage plus tenace, moins conciliant, plus agressif à l'égard de l'imam. Il s'est donc radicalisé et a pris ses distances avec l'imam qu'il ne pouvait plus supporter. A la même période, il effectue un long séjour au Pakistan et en Afghanistan où il fera ses armes dans des camps d'entraînements. C'est aussi à cette période que l'on remarque ses facultés de dénicher de futurs jihadistes. Il rentre en Espagne et devient le recruteur attitré de la cellule. On dira de lui qu'il avait un flair hors pair et surtout qu'il visait juste et ne se trompait jamais d'homme. Ce n'est qu'à partir d'octobre 2000 que le nom de Amer Azizi a été mentionné lors des conversations téléphoniques tenues par Imad Eddine Barakat Yarkas, chef de la cellule espagnole d'Al Qaïda. Il fut cité notamment le 25-10-2000 lorsque Abou Dahdah reçut un coup de fil d'un certain Hassan (qui sera identifié plus tard comme étant le Marocain Lahcen Ikassiren, aujourd'hui détenu à Guantanamo), qui lui expliquait qu'il venait d'arriver en Turquie avant de poursuivre sa route vers l'Afghanistan, et qu'il avait un problème avec son passeport. Celui-ci avait été oublié dans la maison de Amer Azizi. C'est là que Hassan demandait à Abou Dahdah de le lui récupérer. Lors de cette conversation a été cité un autre Marocain, Saïd Cheddadi, détenu en Espagne et membre de la cellule de Madrid. Peu de jours après cette conversation, le 13-11-2000, Abou Dahdah s'est effectivement déplacé en Turquie pour remettre à Hassan les documents qu'il avait demandés. On ne sait toujours pas ce qu'était le nom de code du passeport, mais il n'en demeure pas moins que la marchandise a atteint sa destination. Un parcours riche et une confiance à toutes épreuves En Afghanistan, c'est l'armée américaine qui a découvert des registres portant le nom de Amer Azizi. On se rend alors compte que c'était lui qui avait cautionné plusieurs combattants promus à l'apprentissage avant de devenir des hommes du jihad. Il les a envoyés dans des camps en Afghanistan après une forte sélection où il a dû sillonner plusieurs pays. C'est là que la figure de Amer Azizi se révèle celle d'un personnage important qui connaissait un certain Abou Abderrahman, que les conversations téléphoniques d'Abou Dahdah ont cité, faisant allusion à un “avion” et à l'“aviation”. Une énigme dans un dossier à rebondissements où jusqu'à cet instant le visage d'Abou Abderrahman demeure celui d'un spectre, invisible, inidentifiable, lointain, inconnu. A la fin du mois de mai 2001 et durant juin 2001 Abou Abderrahman se trouvait à Madrid, trois mois avant les attentats du 11 septembre, logé par Abou Dahdah. C'est à cette période que les deux hommes ont rencontré régulièrement Amer Azizi. Mais la chose la plus curieuse qui vient ici jeter de l'ombre sur cette relation, ou alors plus de lumière, c'est la disparition d'Abou Abderahman qui entraînera plus tard dans sa fuite aussi Amer Azizi, toujours introuvable et recherché depuis au moins novembre 2001. C'est un autre événement qui nous révèle de façon flagrante les liens tissés par Amer Azizi au sein de la cellule. Il a célébré le baptême de son fils dans la maison de Moustapha Maymouni, un autre Marocain avec lequel il était très lié qui, lui, donnait en cette même journée une fête pour le baptême de son fils. Lors de ce double baptême, on retrouve le visage d'Abou Dahdah et celui d'Abou Abderrahman. A ce niveau de son ascension sociale comme figure de proue du réseau madrilène, Amer Azizi apparaît comme un grand ami de Driss Chebli, cet autre Marocain, coordonnateur des réunions de Tarragone en juillet 2001 pour les préparatifs du 11 septembre 2001, et de Mohamed Belfatmi, qui faisait partie du groupe des kamikazes qui ont mené les attaques contre le World Trade Center. Sur un autre volet, c'est une autre piste marocaine qui confirme la place tenue par Amer Azizi sur l'échiquier de la cellule espagnole et européenne. Il nous faudra aller chercher du côté de Malek Al Andaloussi dont le nom apparaît à plusieurs reprises dans des camps d'entraînements en Afghanistan. On le signalait comme l'un des moujahidines de référence. Une valeur sûre, un homme de grande maîtrise. C'est la même personne qui a appelé le 31 juillet 2001 Abou Dahdah, s'identifiant sous le pseudonyme qaïdiste de Malek Al Maghribi et se présentant au chef de la cellule espagnole comme étant l'ami intime de Othman. Les liens avec Abou Moussaab Al Zarkaoui Durant cet appel, Malek Al Andaloussi qui n'est autre que Abdellatif Mourafik, a informé Abou Dahdah qu'il avait essayé à maintes reprises depuis deux semaines de contacter Othman au numéro 629805986, et qu'il ne répondait pas. Le chef de la cellule lui a alors donné le nouveau numéro de téléphone de Othman qui s'avère être celui de Amer Azizi : 659869731 en lui conseillant d'appeler le lendemain à midi tapante. Un autre point de taille qu'il ne faut pas passer sous silence , est le lien avec Abou Moussaab Al Zarkaoui. En effet Abdellatif Mourafik, alias Malek Al Maghribi avait des contacts avérés avec Abou Moussaab Al Zarkaoui. Le Marocain qui a été arrêté en 2003 en Turquie avait rencontré à plusieurs reprises le chef jordanien sur le sol turc. Le même Mourafik était de la réunion qui donna naissance au fameux GICM en présence d'El Guerbouzi et de Saâd Houssaïni. Mourafik, extradé au Maroc, en sait plus long qu'aucun autre sur les ramifications des groupes franchisés par le Jordanien. Dans le sillage des rapports entre Marocains et le leader Jordanien, il faut signaler l'existence d'un ensemble de preuves et de témoignages qui permettent de retracer la relation entre le Marocain Azizi et le Jordanien Al Zarkaoui. De là à faire le lien entre le 11 mars et les attaques menées par les cellules du Jordanien en Irak, entre les menaces envers l'Espagne et la guerre contre les soldats espagnols stationnés à Bagdad, il faut des preuves que nous n'avons pas. Ou pas encore. Espagne, Indonésie, Afghanistan Il faut signaler aussi que dans le domicile de Amer Azizi lors des perquisitions menées par la police espagnole en 2001, on avait a mis la main sur les mêmes documents trouvés chez d'autres membres de la cellule espagnole, ce qui signifie que tous ses membres avaient mis en place une série de plans qu'ils faisaient circuler entre eux. C'est là aussi qu'on a trouvé la fameuse pétition mise en place par l'un des membres les plus actifs de la cellule espagnole, Parlindungan Siregar, un Indonésien qui s'occupait, chez lui en Indonésie, de répartir les nouveaux moujahidines, recrutés en Europe, par la cellule d'Abou Dahdah, à travers la figure espagnole de Youssef Galan Gonzales. Cette pétition visait à récolter des fonds pour l'achat d'armes et de munitions pour les camps d'entraînements d'Indonésie. Abou Dahdah, Youssef Galan et Amer Azizi ont été les principaux organisateurs de la collecte d'argent demandée par la pétition. Ils ont photocopié le document en effaçant toute référence aux adresses des camps des moujahidines. Il s'avère dans ce chapitre que Imad Eddine Barakat Yarkas s'est lui-même déplacé en Indonésie en faisant un don symbolique de 500 000 pesetas qui a été suivi d'autres sommes pour les camps indonésiens. Sur un autre niveau, Il faut tenir en compte que lorsque les troupes américaines sont entrées dans les campements des moujahidines en Afghanistan, elles ont retrouvé des listes contenant les noms de nouveaux volontaires récemment arrivés dans ces camps. C'est sur plusieurs listes que figurait le nom de Othman Al Andaloussi, dit aussi Othman de l'Espagne, présenté comme un recruteur de longue date que les volontaires donnaient comme caution à leur arrivée dans les camps pour intégrer les troupes armées. Dernière trace connue Lors des perquisitions qui ont eu lieu à l'adresse de Amer Azizi, la police espagnole a découvert une lettre personnelle envoyée par Mohamed Mourafik, frère de Abdellatif Mourafik, depuis Casablanca, datée du 22 octobre 2001 et expédiée au domicile de Amer Azizi. Ce qui prouve que Mourafik séjournait dans le giron de Amer Azizi et qu'il utilisait son adresse comme poste restante en Espagne. Cette lettre évoquait des affaires familiales que Mohamed cherchait à transmettre à son frère Abdellatif des nouvelles banales sur la vie de tous les jours. Il lui a aussi envoyé plusieurs numéros de téléphones mobiles marocains, appartenant aux membres de sa famille. D'autres preuves ont été trouvées qui impliquent la figure de Amer Azizi, notamment dans le domicile de Jamal Zougam lors de perquisitions faites en 2001. Il y avait entre autres le numéro de téléphone 659869731 qui correspond à celui d'un certain Amer. Il s'agissait en fait d'une carte de recharge utilisée par amer Azizi. C'est là aussi que l'on a trouvé le numéro de téléphone 669739797 qui est celui de Saïd Cheddadi. Dans un autre agenda apparaît le numéro 619602507 qui a été utilisé par Abderrahman Alarnaot au même titre que le numéro de Mohamed Maher Halak. C'est là aussi que l'on apprend la nature des rapports entre Salaheddine Benyaïch, Khaldoun Nejjar, Galan Gonzales, Oussama Darra et le frère Abdelaziz Benyaïch, tous des proches de Amer Azizi. Ceci dit, la dernière trace connue de Amer Azizi est une tentative de fuite hors de l'Espagne, en compagnie de Saïd Cheddadi et de Jassim Mahboule, le 11 novembre 2001, alors que commençaient les arrestations en Espagne. Les trois compères s'étaient dirigés vers l'agence de voyages Hobby Taurus à Madrid pour obtenir des billets d'avion vers l'Iran. Saïd Cheddadi se fera prendre quelques jours après, alors qu'on perd la piste de Azizi à cette époque. Depuis, du vide, bien que certaines sources parlent d'un autre retour, d'une vente de voitures et de la récupération d'autres sommes d'argent pour partir une bonne fois pour toutes en Afghanistan. Pourtant si l'on en croit d'autres sources, il serait passé par l'Iran et aurait rejoint le Pakistan. Les perquisitions chez Amer Azizi Eléments de l'enquête retrouvés lors des perquisitions faites en 2001 dans le domicile madrilène de Amer Azizi : Une bande vidéo intitulée “Le Jihad Islamique au Daguestan” datée du 16 août 1999. Il s'agit d'un enregistrement sur lequel on voit évoluer Salaheddine et Abdelaziz Benyaïch, ainsi que Omar Deghaye en Tchétchénie. C'est la même cassette retrouvée dans la maison de Oussama Darra et de Youssef Galan Gonzales. Une bande vidéo intitulée “Le mouvement islamique en Occident”. Il s'agissait d'une interview de Oussama Ben Laden. Un livre en arabe intitulé : “ Le parti de la libération ”. Un livre en arabe sous le titre : “La campagne des Etats-Unis pour en finir avec l'Islam”. Un livre en arabe intitulé : “Notes d'appui aux Tchétchènes musulmans”. Une carte d'inaptitude physique au nom de Mohamed Gouirrah. Un passeport algérien au nom de Farid Boudedicha. Une carte du registre de l'ambassade d'Algérie à Madrid du dénommé Farid Boudedicha. Un passeport marocain au nom de Tarek Boukili. Une carte d'identité nationale au nom de Hussein Ismaël Haddou titulaire du n° 45.288.263. Un document du juge d'instruction n° 13 de Madrid daté du 20 août 1999 qui traite de poursuites contre Abdoul Bounasser et Mohamed Daddou accusés de délits de viols en Espagne. Un autre document du juge d'instruction n° 13 de Madrid daté du 26 août 1999 traitant de la même affaire et qui ratifie leur maintien en prison.