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Guerre fraîche
Publié dans La Gazette du Maroc le 13 - 12 - 2004

Mais guère clémente. Après le démantèle-ment de l'URSS, on considérait à travers le monde que la guerre froide était terminée, et comme guerre il y avait, celle-ci avait été gagnée par l'Amérique, qui n'avait plus, de ce fait, ni ennemi ni adversaire. Il s'est avéré que c'était aller un peu vite en besogne.
L'Amérique, à l'instar de l'entité sioniste, sera toujours en danger de paix. L'une pour faire tourner son industrie militaire, glaive de l'impérialisme, l'autre pour maintenir unies leurs populations. La guerre froide continue donc, d'apparence fraîche parce que l'ennemi communiste n'existe plus. Mais le siècle ne fait que commencer et il y a eu déjà tant de massacres en Palestine et en Irak. Cependant les puissances demeurent et, selon leur habileté, peuvent garder leurs aires d'influence.
L'ambition des uns et des autres est d'imposer la multipolarité aux Etats-Unis. En a-t-on les moyens ? L'Union européenne ne peut être opérationnelle que dans quelques décennies. Il y a, d'autre part, la Russie et la Chine. C'est l'exacte copie du Conseil de sécurité de l'ONU, si l'on considère que la France et le Royaume-Uni représentent l'Europe. Celle-ci, objectivement, travaille dans l'intérêt des USA. Chaque pays qui rejoint l'Europe consolide et élargit le marché européen. Par ailleurs, les nouveaux adhérents rejoignent l'OTAN pour se protéger de l'impérialisme historique de la Russie. Or, l'OTAN a un membre puissamment armé –sans malice- c'est l'Amérique.
C'est une situation bien étrange dans laquelle se trouve l'Europe. Chaque fois qu'elle s'élargit, elle fournit en réalité des clients à l'Amérique. Le cas le plus significatif est celui de la Pologne. Dès son adhésion à l'Europe et à l'OTAN, elle a approuvé l'initiative américaine en Irak en expédiant des troupes sur le terrain puis a acheté du matériel de guerre américain. Ce n'est pas élégant, mais on peut considérer que la vieille Europe est la maquerelle des Etats-Unis. Dans ces conditions, on ne voit pas comment le Vieux Continent peut construire une force unifiée et une politique étrangère unique.
En se dirigeant vers l'Est, du côté de l'Oural, on reste pantois devant la manière dont le président Poutine dirige son pays. On aurait imaginé qu'en tant que familier du renseignement, cela le pousserait à regarder hors de ses frontières pour voir ce qu'il s'y passe. C'est le contraire qui a été observé. Il est très occupé à raser de la carte la Tchétchénie et à consolider son pouvoir. Ce n'est pas faute d'avoir été alerté par des observateurs que l'OTAN allait camper aux portes du Kremlin. C'est fait.
Le président Poutine vient de prendre conscience de la réalité avec l'affaire de l'Ukraine qui révèle l'affrontement entre deux conceptions du pouvoir. La Russie considère que l'Ukraine doit faire partie de son aire d'influence, ce qui est rétrograde mais plausible. La lointaine Amérique veut démocratiser ce pays, c'est-à-dire l'américaniser. Cela est visible tant les manifestations font penser par leur impeccable orchestration à des shows de Broadway. Les amis de Poutine, craignant la défaite, envisagent la partition de l'Ukraine. Le cas échéant, Poutine, qui a digéré la Tchétchénie, serait capable d'intervenir militairement. Bientôt, il n'est pas impossible qu'on assiste à Moscou à des attentats attribués aux Ukrainiens manipulés par la CIA, selon le pouvoir.
Avec beaucoup de difficultés, les républiques musulmanes ex-soviétiques sont encore dans l'aire d'influence russe. On peut penser qu'elles subissent deux attractions contraires. Tiraillement entre l'Amérique et la Chine. Comme dans les autres pays émergents, il y a probablement un hiatus entre les dirigeants et leurs peuples. Ceux–ci se sentent sans doute plus proches des Chinois. Ces républiques découvrent certainement la puissance économique ascendante de la Chine, qui aura de plus en plus besoin d'énergie pour son industrie. On peut donc logiquement concevoir une lutte entre la Chine et l'Amérique pour le contrôle de ces régions pétrolifères. D'une certaine manière, et encore discrètement, la Chine joue le rôle d'un second pôle face aux Américains. Néanmoins, ceux-ci ont une méthode éprouvée pour épuiser leurs adversaires. C'est d'abord la course aux armements qui se fait au détriment du développement économique. Cela a poussé Poutine à déclarer que la Russie met au point une arme hypersophistiquée qu'aucune puissance ne pourra mettre au point. La Chine garde le silence car elle sait que l'Amérique joue aussi des conflits territoriaux, et qu'elle a sur les bras le Tibet et Taïwan.
Quant aux pays du tiers-monde, ils se livrent au plus offrant et ignorent qu'un souffle venu de New York les ferait s'écrouler. Chez nous, on devrait avoir constamment à l'esprit ce vieux proverbe marocain : "Celui-là est nu qui est vêtu des habits d'autrui".


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