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Sagem : industriel ou intermédiaire ?
Publié dans La Gazette du Maroc le 13 - 12 - 2004

Révélations sur la modernisation des mirages marocains
Depuis plusieurs mois, le fabricant de radiotéléphones, Sagem, cherche à se faire un nom dans le monde de l'industrie de défense, en décrochant le contrat de maîtrise d'œuvre pour la modernisation des avions de combat Mirage F1 des forces armées de l'air marocaines. Pourtant, l'offre de Sagem semble entachée de plusieurs incertitudes, au point d'être devenue une source d'inquiétude pour plusieurs hauts responsables français. Itinéraire d'une offre technique au parfum de scandale.
Le téléphoniste français compte paradoxalement dans son catalogue un produit militaire qui lui a permis en quelques années de devenir un interlocuteur privilégié des autorités françaises. Sagem fabrique en effet les centrales inertielles des missiles, avions et sous-marins français, qui lui ont permis de conquérir sur cette niche une position de monopole. Mais depuis son revers commercial, il y a 3 ans, pour n'avoir pas su anticiper la sursaturation du marché des téléphones cellulaires, Sagem a décidé de noyauter les marchés de défense. Depuis, les grands groupes de défense européens ont pu voir Sagem braconner de-ci de-là. Le but consistait à se recentrer sur ces marchés considérés par les analyses financières comme des valeurs sûres au lendemain du 11 septembre 2001. Pourtant en dehors des centrales inertielles, de capteurs à infrarouges, et de modèles d'avions sans pilote, le catalogue de l'électronicien français l'assimile plus à une PME qu'à un groupe industriel. D'ailleurs, Sagem ne fournit que moins de 4 % des équipements des Mirage français. Aussi cette société a cherché par une stratégie “attrape-tout” à s'imposer sur des contrats export d'une autre ampleur en devenant “systémier”. Mais dans les faits il s'agissait plutôt de se placer en intermédiaire, en s'appuyant sur des cohortes de sous-traitants, qui souvent étaient des plus exotiques : ne craignant pas le ridicule, l'entreprise française a même osé, il y a quelques mois, installer un dispositif de protection chinois le BM/KJ 8602B contre les radars israéliens sur les Mirage égyptiens, alors même que Pékin et Tel-Aviv ont signé un accord de coopération dans le domaine de la R & D militaire !
Le Maroc n'a malheureusement pas échappé aux appétits du français, malgré la faiblesse de ses solutions. Jusqu'à présent Sagem, contrairement à ses concurrents, ne proposait aucun calculateur proprement dit pour gérer le flux d'informations collectées et émises par les avions de chasse ; seules trois cartes électroniques insérées dans les slots libres de la centrale inertielle effectuaient les opérations, avec les limites que l'on peut imaginer (!). Le radar proposé, quant à lui, a longtemps été l'EL/M 2032 de la société de Tel-Aviv Elta qui équipe les avions israéliens. La peur du tollé a poussé Sagem à se repositionner sur un radar italien à bas coût, le Grifo, mais qui souffre selon les experts militaires que nous avons interrogés de performances limitées. En effet, la faiblesse de sa puissance de traitement le pousse à commettre de nombreuses erreurs en configuration de combat, sur le nombre, la distance et le positionnement des appareils adverses qu'il est censé détecter. Plus curieux, le dispositif de visualisation ainsi que le pod de désignation laser, le litening, destiné à guider les frappes au sol, sont aussi de fabrication israélienne. Quant à l'armement, s'il s'agit d'une première installation pour le missile air/air Mica sur le Mirage F1, le missile air/sol AASM est proposé en dépit du bon sens. L'AASM conçu par la société sud-africaine Kentron, elle aussi très liée à Israël, et vendu par Sagem semble lui aussi poser problème. Des pilotes de chasse français nous ont en effet affirmé que le fabricant même du Mirage, Dassault Aviation refusait de donner son accord pour l'installer de façon systématique sur ce type de plate-forme en raison de dysfonctionnements non résolus au moment du largage. Une fois lancé, ce missile aurait tendance à remonter vers l'avion, menaçant ainsi de provoquer l'autodestruction de ce dernier. Enfin, les ingénieurs militaires français de la Délégation générale de l'armement émettent de nombreux doutes sur le bon fonctionnement d'un avion doté d'équipements si hétéroclites au sein du même système. Jamais en effet un tel ensemble n'a été testé avec succès. Le soutien dont bénéficie Sagem auprès de certains hauts fonctionnaires parisiens, bien que son offre soit loin de favoriser l'emploi en France, sera-t-il suffisant pour lui permettre d'emporter ce marché ?
Là aussi la prudence semble de rigueur, car ce tableau ne serait pas complet si nous n'évoquions pas les nombreux problèmes rencontrés par les clients de Sagem. L'empressement avec lequel l'électronicien cherche à rassurer ses investisseurs l'amène à signer frénétiquement contrat sur contrat sans toujours se préoccuper de la qualité des prestations. Coup sur coup, le Canada et le Danemark ont cru bon d'immobiliser l'avion sans pilote Sperwer. Sur 6 drones les Canadiens ont subi 4 crashs ; quant aux Danois ils viennent de les interdire de vol pendant un an. Le Pakistan avait choisi Sagem pour moderniser ses Mirage III, mais les relations entre les deux partenaires se sont considérablement dégradées, lorsque le gouvernement pakistanais a pris conscience du fait que Sagem n'avait pas suffisamment de pièces détachées pour achever la modernisation de tous les avions. L'Egypte que nous évoquions précédemment, a signifié il y a quelques semaines aux autorités françaises, que le dispositif antiradar chinois fourni par Sagem ne fonctionnait pas et risquait de provoquer la destruction par Israël de tous les Mirage ainsi équipés. L'Espagne suspicieuse n'a d'ailleurs pas retenu Sagem pour la modernisation de ses Mirage F1.
Cette offre qu'il est difficile de qualifier de française, commence à inquiéter les militaires marocains sur les grandes incertitudes qu'elle suscite. Ces craintes sont encore plus légitimes lorsque l'on constate le systématisme et l'ampleur avec lesquels l'Algérie modernise et développe son aviation de combat. Mais surtout, on peut s'interroger sur la durée de vie d'une telle offre qui parvient contre vents et marées, et contre l'avis des militaires eux-mêmes à se maintenir, au point qu'il est aujourd'hui légitime de s'interroger sur les intérêts qui cherchent à imposer ce matériel non conforme aux besoins et de-là, à menacer la sécurité du Royaume.
Le seul point rassurant pour le Maroc demeure toutefois que Sagem pourrait bien être retenu prochainement par Alger sur les contrats de modernisation d'avions de chasse...


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