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Les Maghrébins et les impasses du Machrek
Publié dans La Gazette du Maroc le 21 - 02 - 2005


Géopolitique
La tragique disparition de Rafic Hariri au Liban ravive les inquiétudes quant au devenir pacifique du Moyen-Orient vers la paix, la démocratie et le développement. Malgré les impasses persistantes, l'évolution qui se dessine ne condamne pas à la fatalité de vieux systèmes aujourd'hui à bout de souffle. Quelles leçons peuvent en tirer les Maghrébins au moment où un rapprochement est esquissé entre leurs Etats
L'attentat, qui par cette sombre journée du lundi 14 février, a coûté la vie à l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri et plongé à nouveau Beyrouth dans l'horreur a été aussi ressenti avec préoccupation au Maroc et dans tout le Maghreb. Au moment où se prépare le sommet arabe prévu le 22 mars prochain à Alger, cette terrible secousse qui ébranle le Liban illustre la fragilité et les incertitudes qui continuent de miner l'ensemble du Moyen-Orient.
Quelle attitude incombe-t-elle aux pays du Maghreb face à ce contexte ? Quelles leçons les Maghrébins, Etats et sociétés, se doivent-ils de tirer des errances et des impasses qui, depuis des décennies, n'ont cessé de miner le Machrek et de jeter leur ombre sur eux ?
Le destin de Rafic Hariri apparaît comme une incarnation des espoirs toujours trahis des peuples de cette région. Alors que le Liban était plongé dans une guerre civile implacable qui a duré quinze années de 1975 à 1989 et entraîné l'intervention de la Syrie et une occupation militaire par Israël, il avait été l'un des principaux artisans de l'accord de Taef qui mit fin à ce conflit. Self made man atypique, né dans une famille de pauvres ouvriers agricoles de la région de Saïda au sud du pays, Hariri avait fait une carrière fulgurante après son exil en Arabie Saoudite, à l'âge de 23 ans. Là il s'était investi dans le secteur de la construction où il se distingua par la réalisation en un temps record d'un hôtel international à Taef, objet d'une commande du futur roi Fahd, juste à la veille d'un sommet arabe qui devait s'y tenir. Le peu de formation politique qu'il avait eu avant son exil remonte à sa brève fréquentation du mouvement de Georges Habache qui allait devenir le FPLP. C'est sa réussite dans les affaires et son sens inné de la conciliation qui allaient lui permettre de jouer un rôle majeur de rapprochement entre les factions libanaises en guerre avec la bénédiction des Saoudiens.
Une fois la paix revenue, Rafic Hariri s'est employé en tant que premier ministre à jeter les bases d'une évolution pacifique, notamment en lançant de grands travaux de reconstruction à Beyrouth et en stimulant le mouvement des affaires. La Fondation qu'il avait créée durant la guerre lui avait permis, en finançant toutes les parties en lice, d'apparaître comme un rassembleur et un garant d'équilibre. La générosité de Hariri était proverbiale puisque cette fondation avait aussi aidé des milliers de réfugiés libanais et fourni des bourses d'études à un grand nombre d'étudiants de condition modeste.
Cependant, cette volonté de paix et de reconstruction d'un Liban prospère et uni n'a pas suffi à l'épargner. Dès que la terrible nouvelle du carnage où il périt fut connue, la Syrie du régime baasiste et le pouvoir en place à Beyrouth ont été accusés par l'opposition, toutes composantes réunies, d'être à l'origine de ce forfait. Malgré les dénégations du pouvoir libanais et de Damas, une vague de fond semble se soulever contre la tutelle syrienne et exiger le départ des 14.000 soldats que celle-ci maintient encore au Liban.
Le drame libanais
La revendication d'une application des accords de Taef prévoyant le retrait des troupes de Damas deux années après leur signature, mais "à la demande de l'Etat libanais", est à présent formulée et exigée dans un "mouvement d'intifada pour l'indépendance".
Le refus par le pouvoir libanais d'une enquête internationale demandée par la France avec l'appui des Européens et des USA souligne l'isolement croissant où se trouvent les dirigeants syriens et leurs alliés. Cependant, le doute persiste sur les commanditaires directs de l'attentat. Il semble assez probable que ce soit le fait d'une partie des services secrets qui ont toujours eu la haute main sur le Liban. Ceux-ci ont voulu briser toute velléité du président Al Assad en faveur d'un retrait de la Syrie devant la radicalisation d'une opposition libanaise confortée par l'adhésion de Rafic Hariri et sous la pression internationale grandissante formulée par la résolution 1559 du conseil de sécurité. Le pouvoir de Damas aurait ainsi été débordé par ses propres ultras. Le limogeage du chef des organes de renseignement semble le confirmer.
Quoi qu'il en soit, l'impasse libanaise est devenue intenable. Malgré le caractère vital pour la Syrie de son hégémonie sur ce pays, considéré par elle comme sa continuité naturelle dans "le grand Châm", une majorité s'est formée au Liban pour rejeter l'écrasante présence des services secrets syriens et le pompage des ressources économiques du pays.
Face au spectre à nouveau agité de la guerre civile, l'opposition revendique un sursaut pour l'instauration d'un régime indépendant et démocratique. L'union exprimée par l'ensemble des confessions lors des obsèques de Hariri serait ainsi prémonitoire pour une nouvelle configuration du Liban.
Par contre on ne peut exclure que cette évolution ne donne lieu à des réactions destabilisatrices de la part des milieux qui dans l'appareil du pouvoir syrien ne voudraient pas s'y résigner, ce qui engendrerait une crise ouverte à Damas.
Vu du Maghreb que peut-on retenir de la leçon libanaise ? Tout d'abord le fait que les prétentions à l'hégémonie entre pays arabes sont absolument injustifiables et vouées à l'échec. En second lieu, l'exploitation des différences d'ordre religieux ou régional ne peut plus servir à maintenir des pouvoirs autoritaires, sans légitimité et sans véritable projet de développement. Le spectre des divisions et de la guerre civile ne peut pas être indéfiniment ressorti car le désir de vie et de liberté des peuples ne saurait être toujours dévié et trompé.
Ainsi ces deux aspirations fondamentales à la liberté sans hégémonie ni tutelle et à la démocratie comme meilleurs garants de convivialité civilisée et tolérante entre les diverses composantes de chaque pays et comme meilleurs stimulants pour le développement économique et social ne peuvent plus étre méprisées et foulées au pied.
Le vieil immobilisme des systèmes actuellement à bout de souffle qui ont maintenu les pays dans un retard mortifère est actuellement mis à mal. Les vieux mythes qui ont servi à porter des régimes brutaux et inefficaces sont aujourd'hui en ruines.
Systèmes à bout de souffle
Que reste-t-il du "nationalisme arabe" qui connut ses heures de gloire avec Nasser jusqu'à la "Nakssa" de juin 1967 et qui s'est fourvoyé dans les dictatures baasistes en Irak et en Syrie? Malgré toutes les critiques que l'on peut formuler à l'encontre de l'invasion de l'Irak par l'Amérique de George W. Bush, le régime de Saddam Husseïn ne peut être disculpé de l'état d'arriération où il a laissé le pays. C'est paradoxalement sous l'occupation américaine que les premières élections tant soit peu authentiques ont pu y être organisées et dégager des résultats représentatifs.
La menace d'une nouvelle dérive dictatoriale sous un régime dominé par l'islamisme chiite à prétention théocratique n'est pas tout à fait écartée. A moins que les péripéties sanglantes qui se poursuivent encore, achevant la destruction du pays, ne soient que les derniers soubresauts d'une longue ère d'oppression et de blocage des potentialités de développement économique et humain du pays ?
La question du passage à l'ère de la démocratie et du progrès est partout proclamée, mais reste des plus problématiques. Elle est devenue prédominante dans le contexte d'une actualité où la lutte contre le terrorisme et ses sources est présentée comme prioritaire par la super-puissance américaine.
Ceci semble être la perpétuation d'une situation qui, depuis plus d'un siècle, fait dépendre le sort des peuples arabes de la pression extérieure, laquelle après avoir conforté les régimes autoritaires s'en prend aujourd'hui à eux.
Les semi-élections municipales qui viennent d'avoir lieu en Arabie Saoudite sont une version caricaturale de la mise au pas voulue par la super-puissance. Quelles sont les chances d'une évolution vers une culture démocratique dans ce pays ankylosé dans un conservatisme médiéval et où la seule opposition est celle du jihadisme qui se veut encore plus passéiste ?
Leçons pour le Maghreb
La question de la transformation démocratique des sociétés du Moyen-Orient n'est pas des plus aisées. Elle implique une rupture des opinions publiques avec les mythes liés aux régimes autoritaires et avec les conservatismes sociaux et culturels, ce dernier aspect restant aléatoire.
Ces sociétés ne se trouvent pas à un même degré de maturation des conditions internes permettant la mutation nécessaire.
Deux pays peuvent, à brève échéance, être à l'avant-garde de cette lente et douloureuse évolution. Il s'agit du Liban si tant est que la crise actuelle trouve une issue favorable et sans graves soubresauts. Il s'agit aussi de la Palestine si le processus de paix devait reprendre sans retomber dans les mêmes ornières. L'instauration d'un Etat indépendant et démocratique en Palestine lèvera l'immense hypothèque constituée par la perpétuation du conflit avec Israël. On sait que celui-ci a entretenu un blocage de toutes les perspectives de progrès dans les pays arabes. En se libérant, la Palestine libérera aussi l'horizon des peuples arabes qui pourront ainsi surmonter l'état d'esprit d'éternelles victimes vouées au ressentiment et aux compensations mythiques.
L'instauration d'un Liban et d'une Palestine orientées vers la démocratie et le progrès moderne modifiera, dans une large mesure, les vieux repères et les vieux jeux de balancier entre les régimes autocratiques de la région.
Au moment où ce contexte constitue la toile de fond du prochain sommet arabe à Alger dont on ne sait s'il pourra colmater les fissures de plus en plus profondes du vieux système arabe, les Maghrébins ne peuvent éluder les interrogations qui leur sont propres face aux impasses et crises du Machrek.
La réactivation des contacts entre le Maroc et l'Algérie et l'appel à la réunion d'un sommet de l'UMA seront-ils porteurs d'un déblocage à l'échelle maghrébine ? Tout dépendra de la capacité du pouvoir algérien à aller vers une solution équilibrée sur le Sahara qui respecte la souveraineté du Maroc tout en conférant à cette région une large autonomie. Sans évolution sur cette question, rien ne peut être réellement modifié.
En surmontant les faux problèmes les pays du Maghreb peuvent être mieux à même de faire face aux problèmes réels auxquels leurs sociétés sont confrontées. La transition démocratique au Maroc a tout à gagner dans un Maghreb qui veut enfin croire en lui-même et qui, avec réalisme et patience, sans démagogie ni faux-fuyants, entreprend de créer un marché commun et de faciliter la circulation des personnes et des biens.
L'Algérie qui a encore du mal à panser les plaies de la décennie de violences pourra aussi davantage se démocratiser et corriger ses fractures sociales et régionales.
La Tunisie pourrait de même combler son retard en matière de démocratie afin de consolider ses acquis économiques et sociaux et conjurer les risques de confrontations violentes. Si une dynamique peut s'imposer, la Libye et la Mauritanie aussi en seront, à plus ou moins brève échéance.
Après le Maroc qui s'est engagé à reconnaître et surmonter les violations graves des droits humains, effectuant, avec l'instance équité et réconciliation, une expérience unique dans tout le monde arbo-musulman, l'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika a opté pour une politique de réconciliation nationale. Signe symbolique : la date du 19 juin (commémorant le coup d'Etat de Boumediene en 1965 contre Ben Bella) ne sera plus célébrée.
Le premier président de la république algérienne s'est même vu investi par Bouteflika d'une mission en faveur de l'extension de cette réconciliation, y compris en direction des voisins marocains.
Sans verser dans un optimisme excessif, on a là des éléments qui peuvent servir de base à une volonté de sortir de l'impasse.
Il faut bien sûr compter avec les rapports de force à l'intérieur de chaque pays et de chaque régime qui peuvent favoriser ou entraver une telle possibilité. En tout état de cause, la leçon du Machrek vaut aussi pour le Maghreb : l'hégémonie entre Etats est illusoire et pour les peuples seule une perspective démocratique de progrès peut offrir un avenir viable.
Sera-t-elle entendue ?


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