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Les banques ont gardé inchangés leurs taux des crédits malgré la baisse du taux directeur !
Publié dans La Vie éco le 23 - 05 - 2012

Selon les professionnels, la baisse du coût de refinancement ne peut pas encore se refléter sur les taux des crédits en raison du besoin grandissant des banques en liquidités. Les taux des prêts immobiliers démarrent toujours à 5.5%, ceux des crédits conso à 8%. Pour les entreprises, les crédits à l'équipement démarrent à 5.9% et les crédits de trésorerie 5.2%.
Les clients des banques s'impatientent. Depuis que Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur, le 27 mars dernier, de 25 points de base, pour le ramener à 3%, ils n'ont toujours pas vu les taux d'intérêt des crédits baisser. Un statu quo dont les banques ne font pas mystère. Contactés par La Vie éco, plusieurs directeurs au sein des principaux établissements de la place (Attijariwafa bank, Banque Populaire, BMCE Bank…) ont en effet confirmé que les taux ont été gardés inchangés pour les financements autant aux particuliers qu'aux professionnels en dépit de la baisse du taux directeur. Un prêt immobilier se négocie actuellement à partir de 5,5% quand les crédits conso démarrent à 8%. Les taux appliqués aux entreprises démarrent à 5,9% pour le financement de l'équipement et à 5,2% pour les crédits de trésorerie.
Les banques n'avaient pas hésité à augmenter leurs taux après le relèvement du taux directeur en 2008
Si l'on raisonne de manière simpliste, cela a de quoi étonner. Si le taux directeur qui correspond au coût officiel de l'argent au jour le jour baisse, cela veut dire que les banques se refinancent à moindre coût et elles ont de fait la possibilité d'abaisser le coût des crédits. C'est d'ailleurs ce raisonnement qui a motivé BAM à réviser son taux directeur, l'Institut d'émission souhaitant donner un coup de fouet aux crédits en contexte de repli de l'activité économique.
Le statu quo est d'autant plus étonnant qu'en mars 2008 les établissements de la place n'ont pas manqué de rehausser leur taux débiteur, notamment sur les crédits à la consommation, quasi immédiatement après la révision à la hausse du taux directeur passé à l'époque de 3,25% à 3,5%. Les banques ne seraient-elles promptes à s'aligner sur les révisions du taux directeur que quand cela les arrange ?
A en croire les banquiers, les choses ne seraient pas aussi simples et l'argumentaire développé pour justifier le maintien des taux de crédit a tendance à évoquer une raison en priorité : le manque persistant de liquidités. Ce manque ressort d'abord au niveau du marché interbancaire (sur lequel les banques se prêtent de l'argent entre elles). Le taux de ce compartiment a en effet reculé juste après l'annonce de la baisse du taux directeur, mais il a tôt fait de remonter vers les 3,25%, ancien niveau du taux directeur, signe que la liquidité se fait toujours rare. Mais à la limite le marché interbancaire n'est pas l'indicateur le plus parlant dans la mesure où il ne draine actuellement que 2 à 4 milliards de DH par jour.
Nettement plus utilisées par les banques pour se refinancer à court terme, les avances à 7 jours de BAM paraissent plus fiables pour apprécier la tendance en termes de pressions sur les liquidités.
Et il se trouve que ces avances atteignent actuellement 46 milliards de DH, le double du volume constaté par exemple en octobre dernier. C'est qu'en parallèle le besoin en liquidités des banques ne cesse de croître et il se chiffrait à fin avril à 55,3 milliards de DH, en aggravation de près de 19% par rapport au début de l'année essentiellement du fait de la baisse des avoirs extérieurs nets de BAM.
Dans ces conditions, les banquiers estiment que la baisse du coût de refinancement ne peut encore détendre les conditions d'octroi de crédits en raison de la demande toujours forte sur les liquidités. «Pour que l'on se risque à diminuer les taux de crédits, il faut que l'on ait la certitude que les taux de refinancement vont baisser durablement, ce qui n'est pas acquis actuellement», raisonne un banquier.
Mais d'autres professionnels ont des avis moins tranchés quant à la révision des taux de crédit. «En dépit du contexte actuel, les banques auraient dû au moins appliquer des conditions plus avantageuses aux clients présentant les meilleurs profils de risque», concède un directeur de réseau. Il semble en fait selon des sources concordantes que des conditions plus avantageuses aient effectivement été accordées ces dernières semaines mais aux seuls très grands groupes. La bataille pour conserver cette clientèle est actuellement féroce notamment en raison de la concurrence des moyens de financement alternatifs (dette privée, etc.).
Au vu du manque de volontarisme des banques pour réviser leurs taux des crédits, certains analystes leur prêtent l'intention de profiter de la baisse du coût de refinancement pour accroître leurs marges sur intérêt.
D'autres vont plus loin et anticipent que les banques devraient profiter de la baisse du taux directeur pour davantage rentabiliser leurs placements en bons du Trésor au lieu de participer comme le souhaite BAM à maintenir la dynamique des crédits à l'économie. En effet, la tentation pourrait être grande pour les établissements de la place d'utiliser les avances de liquidités pour acheter des bons du trésor à court terme et rembourser Bank Al-Maghrib en empochant au passage une marge d'au moins 25 points de base.
Notons à ce titre que l'encours placé par les banques auprès de l'Administration centrale, principalement sous forme de titres, a augmenté de février à mars de 3,6% et il progresse sur un an de 35%, à 118 milliards de DH.


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