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Enseignement: Ce que la loi-cadre changera
Publié dans L'Economiste le 06 - 09 - 2018

Pour l'heure, il n'existe aucune précision concernant les ménages «aisés» éligibles, ni le montant des frais d'inscription à payer. La question de la participation financière des familles promet de susciter de vifs débats au Parlement (Ph. Bziouat)
Quels que soient les efforts du ministère pour réussir la rentrée scolaire de ce mercredi, ils ne sont rien par rapport à ce qui attend le ministre de l'Education nationale au Parlement. Le projet de loi-cadre relatif à l'enseignement sera prochainement soumis à l'examen de la Chambre des représentants. Des débats vifs sur la contribution financière des familles pour l'enseignement public marqueront sans doute la rentrée parlementaire et ne manqueront pas de diviser la majorité.
Dans le texte, ce sont les «familles aisées» qui passeront à la caisse, et cela, sous forme de droits d'inscription annuels. Ce dispositif devra démarrer par l'enseignement supérieur dans une première étape, avant sa généralisation au collège et au lycée. Sauf que personne ne connaît encore le niveau de revenu de ces «familles aisées», les montants à payer et la destination des sommes encaissées… autant de points qui demeurent en suspens.
Si le projet de loi veut régler ces questions via un texte réglementaire, le secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, Khalid Samadi, met les pieds dans le plat. Selon lui, tout cela sera clarifié par une étude. Pour l'heure, le plus important est de faire adopter le projet par le Parlement, le reste suivra. Voilà une matière première que les députés, particulièrement ceux de l'opposition, ne manqueront pas d'exploiter pour s'attaquer au gouvernement. Idem pour les parlementaires de la Chambre des conseillers, y compris les syndicalistes, qui s'apprêtent à malmener le ministre de l'Education nationale.
Ils l'épingleront sur cette approche qui consiste à préparer un projet de société, en introduisant pour la première fois la participation financière des ménages dans l'enseignement public, mais sans en maîtriser ni les modalités, ni les montants attendus. En tout cas, en dehors de la contribution financière (cf. https://leconomiste.com/archive), les principales nouveautés sont les suivantes:
- Une place de choix aux langues: La priorité est accordée aux langues d'enseignement pour renforcer l'identité nationale, tout en donnant la possibilité à l'élève de s'ouvrir sur son environnement, et de garantir son intégration économique et sociale. L'un des principes vise à permettre à l'élève de maîtriser les 2 langues officielles (arabe et amazigh), en plus des langues étrangères, surtout dans les spécialités scientifiques et techniques. Reste que l'arabe sera érigé comme la langue principale d'enseignement, tout en développant l'amazigh à l'école.
- Un plurilinguisme progressif: Le projet de loi-cadre table sur la mise en place de la multiplicité linguistique de façon progressive et équilibrée. Le but est de permettre au bachelier de maîtriser l'arabe, de communiquer en amazigh et de disposer de deux langues étrangères au moins. Les élèves doivent apprendre les langues étrangères à un âge précoce pour une meilleure maîtrise durant leur cursus scolaire. Cela doit intervenir dans un délai de 6 ans après l'entrée en vigueur de cette loi.
- La méthode d'enseignement de l'arabe sera révisée: L'application de cette architecture linguistique du préscolaire au supérieur se fera selon des textes réglementaires. Pour accompagner ce chantier, le ministère est tenu de réviser en profondeur les méthodes et les programmes d'enseignement de l'arabe et de renouveler les approches pédagogiques et les outils didactiques. Idem pour les langues étrangères.
- L'anglais fera son entrée dans la formation professionnelle: Le projet prévoit l'introduction de l'anglais dans les spécialités et les branches de la formation professionnelle, à côté des langues accréditées.
- Révision des systèmes d'évaluation: Le ministère de l'Education nationale dispose d'un délai de 3 ans pour engager un changement global du système d'évaluation et des examens. En outre, il faudra adapter ces systèmes, particulièrement le régime des examens et de contrôle continu, aux différentes méthodes d'enseignement. Dans cet élan, il faudra prendre en compte les élèves en situation de handicap et ceux des centres de détention. Ce dispositif sera complété par la mise en place d'un cadre national prévoyant des critères de classification des diplômes et l'homologation des acquis professionnels, élaboré par une instance nationale indépendante.
- Une commission permanente dans le pipe: Le projet prévoit la mise en place d'une commission permanente, chargée de renouveler régulièrement les programmes et les contenus des formations. La composition de cette structure sera fixée par un texte réglementaire. Il est prévu qu'elle s'entoure de groupes de travail spécialisés. Avant leur mise en œuvre, les documents de référence retenus seront soumis pour avis au Conseil supérieur de l'enseignement, dans un délai maximum de 3 ans à partir du démarrage des activités de la commission. Celle-ci doit préparer des guides selon des principes arrêtés par la loi, et réviser les livres scolaires et les différents outils pédagogiques.
- Repenser la gestion du temps scolaire: Un autre principe porte sur la planification des besoins des élèves en prenant en compte les spécificités locales et régionales de leur environnement économique et social. La gestion du temps scolaire doit être repensée en harmonie avec cet environnement.
- La découverte précoce des potentiels des élèves: L'idée vise à diversifier et à harmoniser les approches pédagogiques dans les activités liées à l'apprentissage et à la formation. Le système doit miser sur la découverte précoce des élèves brillants en vue de les soutenir, comme il doit intégrer les activités culturelles, sportives et créatives dans les programmes.
Le suivi dépendra du chef du gouvernement
Une commission nationale de suivi de la réforme sera créée auprès du chef du gouvernement. Un texte réglementaire en fixera la composition, l'organisation et le fonctionnement. Elle sera chargée de fixer l'ensemble des mesures à prendre pour appliquer la loi-cadre et d'accompagner la préparation des projets de textes réglementaires. En outre, elle devra proposer toute disposition en vue d'assurer la convergence des politiques et des programmes sectoriels dans le domaine. Une étude de conformité de ces programmes avec les choix stratégiques de réforme figure, également, dans son cahier des charges.
Réinventer le système d'orientation
Le ministère dispose d'un délai de 6 ans pour procéder à la refonte profonde du système d'orientation scolaire, professionnelle et universitaire. L'idée est d'accompagner l'élève à fixer ses choix, et de lui fournir un soutien pédagogique permanent. Il s'agira de l'adoption d'un système d'orientation précoce vers des domaines où l'élève pourrait réaliser des avancées scolaires, professionnelles et universitaires conformes à ses penchants. Il faudra, également, procéder à la refonte des structures chargées de l'orientation, et les renforcer par des ressources humaines spécialisées. Ces actions devront être complétées par des mécanismes de coordination entre les différents secteurs d'enseignement et de formation professionnelle.


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