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Tétouan/Eau: Le rendement des réseaux, la grande bataille
Publié dans L'Economiste le 05 - 11 - 2018

9.000 fuites sont colmatées chaque an, ce qui a permis d'économiser 90 millions de m3 depuis l'entrée en service d'Amendis en 2002 (Ph. Amendis)
Pour Amendis, l'une des plus grandes problématiques est celle du rendement de ses réseaux, en particulier, celui de l'eau. Si en matière d'électricité, le contrôle du rendement est plus aisé, il l'est moins en ce qui concerne la distribution d'eau. Depuis 2002, la société en charge de la gestion déléguée de la distribution d'eau et d'électricité à Tanger et Tétouan a réussi à atteindre 80% de rendement, un gain de 28 points sur les 16 dernières années uniquement pour Tétouan.
Avant 2002, la ville gaspillait un litre d'eau sur deux dans le transport entre les producteurs et les clients. C'est donc aujourd'hui une économie de plus de 90 millions de m3 d'eau, soit l'équivalent de trois à quatre années de consommation. Mieux encore, alors que les ventes ont bondi de 51% sur la même période, passant de 18 à 27 millions de m3, les achats ont eux stagné, selon François de Rochambeau, directeur général de Veolia Maroc.
L'un des secrets de cet exploit est la mise en place d'un dispositif efficace de recherche et de réparation des fuites. Le réseau est divisé en 132 secteurs dotés chacun d'un compteur indépendant géré à distance. Le relevé nocturne de ces compteurs, quand la consommation est à son plus bas niveau, permet d'alerter sur les fuites et restreindre le périmètre des recherches indique Mohamed Tellal, directeur eau et assainissement d'Amendis Tétouan.
Des équipes spécialisées se mettent alors en marche avec des équipements acoustiques se basant sur le principe du sonar et qui permettent par un procédé similaire à l'écholocalisation de localiser les fuites et de les réparer. Les équipes d'Amendis ont à colmater près de 9.000 fuites par an, un rythme en croissance avec le développement du réseau qui a obligé à sous-traiter une partie de l'activité.
En parallèle, le renouvellement du réseau a lui aussi aidé dans l'augmentation du niveau de rendement. Sur les 15 dernières années, près d'une centaine de kilomètres de canalisations ont été remplacés et 23.240 branchements refaits.
Est-il possible d'aller au-delà? «L'un des enjeux est de maintenir le niveau du rendement même si l'objectif final est d'atteindre la barre des 85%» renchérit De Rochambeau, qui rappelle qu'il s'agit du niveau retenu dans le contrat de gestion déléguée.
Une tâche difficile et coûteuse, mais la digitalisation et l'utilisation des nouvelles technologies, en plus du recours à des canalisations plus résistantes avec moins de tendances aux fuites pourraient aider en effet. Au-delà du gain en termes financiers et de la déperdition de ressources précieuses qu'est la richesse hydrique, l'augmentation du rendement du réseau a permis à la ville de Tétouan de mieux encaisser le stress hydrique auquel elle a dû faire face en 2016. Une année que les habitants de la Colombe blanche ne seront pas prêts d'oublier avec une réduction des ressources hydriques de la ville de 30 % se traduisant par moins de 12 heures d'eau par jour.
De l'eau traitée pour arroser les espaces verts
Le plan d'arrosage des espaces verts lancé par les autorités de la ville de Tétouan a eu comme pièce maîtresse la station de traitement de Tamuda Bay, sise à quelques kilomètres de Fnideq, sur la côte tétouanaise. Cette station assure depuis 2011 le traitement primaire, secondaire et tertiaire (filtrage et désinfection) des eaux avant leur réutilisation. Une grande partie de ces eaux est utilisée pour l'arrosage des espaces verts de la région de Tétouan, Mdiq et Fnideq. La station est dimensionnée pour traiter jusqu'à 31.000 m3 par jour. En hiver, elle atteint les 9.000 m3, alors qu'en été avec l'augmentation de la consommation, elle dépasse les 15.000 m3 quotidiens.
La station travaille sur la mise en place d'une solution de génération d'énergie via les résidus en boue. Ce dispositif permettra à l'unité de réduire de 30% sa consommation en énergie. A noter que les principaux bénéficiaires actuels sont les communes de Tétouan et Mdiq qui peuvent de la sorte arroser leurs espaces verts avec de l'eau à très bon marché. Le dispositif sera élargi pour Tanger et la station de traitement de Boukhalef. Il est prévu que la facture en eau pour l'arrosage des espaces verts de cette métropole soit divisée par cinq.
De notre correspondant permanent, Ali ABJIOU


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