D'abord, je vous rassure – ou je vous déçois – je ne suis pas parti à Benguérir. En effet, je n'ai pas assisté au très prestigieux et très couru Awtar, le Festival pas comme les autres. Petite précision de taille qui risque de surprendre certains et de couper le sifflet à d'autres : j'ai bel et bien été invité, et en bonne et due forme, par les organisateurs. Je ne vous cache pas que j'ai été à la fois très étonné et très flatté par cette invitation. J'ai même cru à un moment qu'il s'agissait d'une erreur de l'expéditeur. Eh bien, non : c'était bien mon nom. Ceci étant précisé, et avant qu'on interprète hâtivement cette «non-présence» comme une position politico-idéologique de ma part, je vais m'empresser de vous donner la clarification officielle du principal concerné, en l'occurrence votre humble serviteur et néanmoins turbulent chroniqueur : je n'y suis pas allé, non pas parce que je ne le voulais pas, mais parce que je ne le pouvais pas. C'est tout bête, mais c'est comme ça. Maintenant, même si aucune loi ni disposition de mon contrat ne m'oblige à vous donner à chaque fois les raisons de mes acceptations ou de mes refus des invitations que je reçois, je vais quand même le faire pour lever toute ambiguïté passée ou à venir. Contrairement aux apparences qui sont parfois mais pas toujours trompeuses, je fais mon cinéma, certes, mais je ne suis pas un acteur politique, et j'espère que je ne le serai jamais. Je ne fais partie d'aucun parti, fût-il le plus progressiste, le plus authentique, le plus moderniste, ou même le plus tout ça à la fois. Je n'ai rien contre tous les gens qui sont là-dedans, mais moi, je me revendique comme un irréductible irresponsable, et en disant ça, je prends toutes mes responsabilités. Après avoir volontairement, il y a longtemps, roulé pour certains, j'ai pris la décision irréversible de ne plus jamais être enrôlé dans quelque officine que ce soit, fut-elle la plus... officielle. D'ailleurs, tout ce qui est «officiel» n'est pas mon truc. En tout cas, vous pouvez le dire à qui de droit et même à ceux qui font la loi : je suis «inembrigadable». À travers ce mot imprononçable, je voudrais juste dire que je suis libre comme le vent et incontrôlable comme la tempête. Et c'est fort de cette métaphore que, dès la réception de mon invitation, j'ai décidé de me diriger illico presto là où je savais que tout le monde serait là. Ils étaient là, tous, tous beaux, tous costumés, toutes belles et toutes parfumées : ministres, grands patrons, cantatrices, chanteurs, comédiennes, acteurs, et tous les opportunistes et tous les suiveurs, bref, tout le beau monde était là, sauf une seule personne, celle que tout ce joli monde était venu voir. Effectivement, des circonstances personnelles ont fait que je n'ai pas pu me déplacer à la capitale de la viande hachée et des côtelettes, devenue depuis peu, le nouveau coin des m'as-tu-vu et des paillettes. Qu'est-ce que j'ai râlé ! Car, voyez-vous, justement, je voulais voir la gueule qu'allaient faire tous ceux et toutes celles qui avaient bravé la chaleur, le vent et la poussière juste pour avoir le privilège de se faire voir . Vraiment, j'ai perdu une belle occasion de rigoler. Vivement l'année prochaine !