La plus ancienne et la plus authentique manifestation entièrement dédiée aux arts populaires au Maroc, à savoir le Festival national des arts populaires (FNAP), vient de souffler sa 46e bougie à Marrakech. Une longue durée d'existence, d'innovation et surtout de persévérance pour que cet art, véritable composante de l'identité culturelle marocaine, puisse résister, revivre et être mis en valeur, pour une meilleure transmission aux générations montantes. Offrir la chance à un public enthousiaste et assoiffé pour découvrir de multiples facettes de la culture, des traditions et du mode de vie marocains et, surtout, contribuer à la préservation d'un patrimoine national tout aussi riche que varié, sont les principales missions de ce Festival, dont le coup d'envoi a été donné mercredi, par l'organisation d'une superbe parade à laquelle ont pris part des troupes folkloriques ainsi que de jeunes talents. Dans une ambiance imprégnée de liesse collective, ce sont quelque 450 artistes qui ont choisi de défiler de la place de la liberté à Guelliz, via le Boulevard Mohammed V, avant de se retrouver au cœur de la place de Jamaâ El Fna, pour une série de spectacles. Tout au long de l'itinéraire emprunté par le cortège des artistes, un public nombreux et déterminé a renoué avec ses stars préférées et s'est amassé aux abords de la chaussée pour applaudir cette initiative hautement agrémentée par un mélange de chants et de rythmes, accompagnés de danses qui n'ont pas tardé à transformer toute la ville en véritable espace de joie, de détente et de fête, donnant ainsi à l'assistance un avant-goût des différents spectacles programmés tout au long du festival. Après la parade, les festivaliers ont changé de cap cette fois-ci, direction le mythique «Palais Badii» pour une soirée d'inauguration officielle de ce rendez-vous annuel placé, cette année, sous le signe «Un patrimoine séculaire en mutation». Ce thème, estiment les organisateurs, s'est imposé tout naturellement, puisque l'objectif est d'insister sur la vivacité des arts populaires et leur rayonnement sur le patrimoine culturel, tout en démontrant le mérite de ces artistes qui réussissent à perpétuer la tradition avec abnégation et réussite, expliquent les organisateurs. Un spectacle inaugural inédit Sous la beauté d'un ciel étoilé de la ville ocre en cette période estivale, aux senteurs des orangers et des fleurs du Palais Badii, et de la magie des sons et lumières, un public de différents âges a pu suivre avec émerveillement un spectacle tout aussi original que diversifié offert par les meilleures troupes folkloriques du royaume avec une véritable succession sur scène pour faire découvrir l'histoire souvent méconnue des musiques traditionnelles. Le spectacle n'est autre que l'histoire d'un jeune artiste de la génération actuelle qui, accompagné des membres de sa famille, est allé demander la main de sa bien-aimée, avant d'être surpris par le refus catégorique du père de cette dernière, au motif que le métier d'artiste demeure précaire. Dépité par ce refus, le jeune homme voudrait démontrer au père que s'il avait la capacité de faire évoluer quelques artistes qui ont fait la renommée du festival de Marrakech et par là-même celle du Maroc sur la scène internationale, il le ferait. Hélas, il est tout seul et renonce, mais avant de partir il prononcera, sans le savoir, un mot magique qui déclenchera le spectacle. Le triste candidat reviendra à chaque fois parler au père qui se trouve parmi le public et avant de le quitter, toujours sans le savoir, le mot magique sera prononcé comme dans un rêve. Des troupes venues de toutes les régions du Maroc évolueront avec maestria, qui en communion et de connivence avec le public, feront fléchir le père qui finira par accepter. Le jeune homme revient sur scène, découvre les artistes : il ne rêve plus. Il sera entouré de tous les participants qui le hissent sur leurs épaules, aussi haut qu'ils portent estime à leur art. Le jeune leur rendra hommage devant ce père finalement conciliant et qu'on ne verra à aucun moment, parce que ce n'était qu'un rêve : le rêve d'un artiste. FNAP 2011 : place à la nouveauté Pour rompre avec les éditions précédentes, la Fondation des Festivals de Marrakech a choisi une nouvelle équipe composée de bénévoles et de professionnels. L'objectif est de marquer le festival de nouveautés tout en conciliant comme il se doit l'héritage d'hier et l'approche de demain. La première nouveauté de cette édition est une programmation aussi riche que variée de manière à permettre de véritables moments de complicité avec le public tant marrakchi que marocain et de répondre à tous les goûts, même ceux les plus raffinés. Outre la parade d'artistes inaugurant cette édition, les organisateurs se sont montrés encore plus créatifs, en décidant la mise en place d'un «village», entièrement dédié à cette fête unique des arts populaires marocains et autour duquel s'articuleront toutes les autres animations. Selon Karim El Achak, l'idée est de «créer, en parallèle avec le mythique spectacle du Palais Badii, un village FNAP au cœur de la cité ocre. Ce village sera le témoin de la volonté d'améliorer la centralité et la visibilité du Festival, ainsi que la proximité du public avec les artistes». Les horaires d'ouverture du village permettront aux familles et aux enfants d'avoir dorénavant un espace de prédilection pour vivre leur patrimoine artistique populaire. Pour la première fois de son histoire, le FNAP propose une série d'ateliers pédagogiques ouverts essentiellement aux jeunes «Ateliers SOS Music», outre une exposition baptisée «Le stuc ou l'art en plâtre», ainsi qu'un atelier de calligraphie placé sous la direction de la Fondation Dar Bellarj. Volet spectacle, le village du Festival abritera une série de spectacles et de shows inédits offerts par des artistes et des groupes musicaux renommés tels que : «Rayssa Tachenouit», «Abderrahim Senhaji», «Oulad El Bouazzaoui», et «Jil Jilala», «Said Mousker», «Daoudia», «Hamid El Kasri» et «Stati», outre des formations musicales étrangères : «Rosiloa (Fidji), Tambours du Burundi, et les Gitans du Rajasthan (Inde). mustapha el ahmadi