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«Il faut arrêter de parler à la place du public»: Mouhssine El Badaoui, Réalisateur
Publié dans Les ECO le 10 - 08 - 2011

Les Echos quotidien : Al Oula présente depuis le début du Ramadan votre série «Ahwal Annas» (La vie des gens). Comment s'est passée la collaboration avec cette chaîne ?
Mouhssine El Badaoui : Elle s'est très bien passée dans la mesure où nous avions la possibilité de choisir l'équipe technique qui allait travailler avec nous, ainsi que celle de la postproduction. L'équipe artistique composée notamment d'acteurs issus du théâtre a également été parmi les points forts de ce travail. La réalisation de cette série a nécessité un grand effort de la part de toute l'équipe, d'autant plus que le budget alloué était minime.
Concrètement, êtes-vous satisfait du résultat ?
Je pense que la satisfaction est toujours alimentée par le feedback du public et de la presse. Je peux vous dire qu'aujourd'hui ce feedback est positif et nous encourage à aller de l'avant.
À travers cette série, nous présentons, avec toute modestie, un produit qui parle au public et qui est surtout différent de ce qu'on présente. Le temps des blagues qui ne font rire personne est bel et bien révolu. Je ne suis pas en train de généraliser, mais malheureusement la plupart des productions diffusées pendant le mois sacré ne sont pas à la hauteur.
Cette série vient mettre fin à une absence de 13 ans du théâtre El Badaoui de la télévision marocaine. Pourquoi tant d'années d'absence ?
La réponse est toute simple : les responsables de notre paysage audiovisuel, notamment ceux qui s'occupent de la production artistique, se sont mis depuis longtemps d'accord pour abrutir le public marocain en lui proposant des productions médiocres. Ces responsables lient, hélas, l'audience à la médiocrité et ne cessent de répéter que «le public veut cela». Il faut arrêter de parler à la place de ce public. On peut battre l'audience tout en présentant des séries, des sitcoms, des téléfilms ou des films de qualité. Je précise toutefois que le public a droit parfois à de belles surprises, mais elles sont malheureusement rares, très rares.
Quelle est la solution à votre avis ?
Il faut que ces réalisateurs qui font souffrir chaque année les téléspectateurs marocains remettent leurs cartes professionnelles au CCM et présentent des excuses au public. Je pense que pour exercer ce métier, il faut avoir du talent, une culture générale ainsi qu'une connaissance solide de tout ce qui se passe autour de nous. Devenir cinéaste au Maroc me semble tellement facile que tout le monde s'y met. Les critères adoptés par le CCM sont à mon avis la cause de cette situation. Vous savez, cet organisme a refusé de m'octroyer la carte professionnelle parce que justement, soi-disant, je ne réponds pas à ces critères, tout en sachant que je suis lauréat d'une grande école de réalisation en Belgique et que j'ai déjà réalisé un documentaire sur l'immigration clandestine diffusé sur Canal+.
Justement, quels sont vos projets ?
Après avoir visionné la série «Ahwal Anass», le directeur général de la SNRT ainsi que le responsable de la programmation m'ont promis de produire une deuxième partie pour le prochain Ramadan. Sinon, j'ai un projet de téléfilm pour Al Oula. Je prépare également mon deuxième documentaire qui sera produit par une société de production belge et complètement dédié au Maroc.


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