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Guelmim-Oued Noun: L'Absurdistan du sud
Publié dans Les ECO le 17 - 08 - 2017

Depuis plusieurs mois, la Région Guelmim-Oued Noun est l'otage d'un bras de fer opposant la majorité incarnée par le président Abderrahim Ben Bouaida (RNI) et le charismatique chef de l'opposition Abdelouahab Belfqih (USFP). Résultat, tous les projets structurants de la région sont à l'arrêt au risque de provoquer la colère de la population aux conséquences imprévisibles.
C'est l'une des régions où se joue l'une des pièces de théâtre où se mêlent intrigues politiques, coups bas, alliances tribales et opportunisme. Sur le papier, la Région Guelmim-Oued Noun, composée des provinces de Guelmim, d'Assa-Zag, de Tan-Tan et de Sidi-Ifni et s'étendant sur une surface de 58.200 km2 avec une façade maritime, dispose d'un immense potentiel économique riche et varié. Mais la réalité est tout autre puisque les programmes de développement de la région sont portés par une frange de politiciens que tout oppose sauf l'obstination à ne pas faire de la place à son adversaire quitte à saborder les projets de développement que la région attend depuis des années.
Promesse royale
Novembre 2015. À l'occasion du 40e anniversaire de la Marche Verte, le roi Mohammed VI préside à Laâyoune une cérémonie de lancement du nouveau modèle de développement des provinces du Sud, avec une vision de développement intégrée. En février 2016, le président de la région, Abderrahim Ben Bouaida, (RNI), présente devant le roi un plan de développement intégré avec un investissement de l'ordre de 11,93 MMDH, dont 5,5 MMDH alloués par l'Etat. Ce contrat-programme qui s'entend de 2016 à 2021 sera paraphé par plusieurs départements ministériels. Ben Bouaida, ne disposant que d'une majorité de 20 sièges, sur un total de 39, découvre alors qu'il lui sera difficile de respecter les engagements pris devant le roi en raison de l'opposition acharnée de son adversaire, Abdelouahab Belfqih (USFP), qui ne peut compte que sur 19 membres du Conseil régional. «Tout oppose les deux hommes. Ben Bouaida vient du milieu universitaire et ne dispose pas d'un capital expérience dans la gestion des affaires locales. Son adversaire, Belfqih est un élu communal depuis 2003 et maîtrise les rouages de la région. Mais le dénominateur commun entre les deux, consiste dans le fait qu'ils ont des liens étroits avec le makhzen. Les Bouaida sont une famille puissante proche du makhzen alors que Belfqih s'en est approché en apprenant tout sur le tas», analyse un membre d'une association locale.
Bouaida/Belfqih, le clash
À peine installé dans son siège de président de la région, l'universitaire Ben Bouaida découvre à ses dépens la réalité des manœuvres politiques qui caractérisent les travaux du Conseil régional. L'ouverture des hostilités entre Ben Bouaida et Belfqih débute fin 2016 et va porter sur la construction d'un hôpital régional destiné à devenir un futur CHU. Un accord sera signé entre la région et le ministère de la Santé pour l'acquisition d'un terrain qui va abriter le projet. Mais un différent va apparaître rapidement à propos du choix du foncier. «Guelmim est une région où le foncier pose plusieurs problèmes d'ordre juridique. Après la construction de l'université Hassan 1er, la justice a condamné le ministère à payer 18 MDH aux vrais propriétaires du terrain. C'est pour cette raison que nous avons choisi un terrain dont le titre de propriété ne fait l'objet d'aucun litige pour y construire un hôpital», explique Mohamed Ouberka, le premier vice-président de la région. Alors que l'opposition va refuser le choix du terrain, le ministre de la Santé, El Haussaine Louardi, fait une volte-face et décide de s'occuper directement de l'achat du terrain, avant de se résigner il y a quelques jours pour renvoyer le choix du terrain au Conseil régional. «La construction du futur hôpital provincial piétine encore, de même que la réhabilitation de plusieurs hôpitaux régionaux», constate Ouberka.
L'autre grand projet qui a perdu en visibilité consiste en la construction d'un barrage au niveau de la commune de Fask située sur la nationale 12 reliant Guelmim à Assa pour un budget de 1,5 MMDH. Un projet financé par un fonds souverain qatari, mais pas encore validé par le Conseil régional en raison de l'opposition, c'est sans compter sur le niet de l'opposition menée par Belfqih.
Anguille sous bitume
L'autre sujet qui va marquer définitivement la rupture entre les deux hommes consiste en la construction de la route expresse (215 km) qui traverse la région et qui va coûter 6,1 MMDH. Un projet stratégique puisqu'il fait partie de la route qui va relier Tiznit-Laâyoune-Dakhla, soit 1.115 km et dont les travaux vont débuter en 2018. C'est au niveau de la province de Guelmim que le problème va se poser. En mars 2017, Ben Bouaida valide le tracé établi par le ministère de l'Equipement et déclenche la colère de l'opposition. «La détermination du tracé ne fait pas partie des compétences de la région ; c'est une décision stratégique de l'Etat marocain en la personne du ministre de l'Equipement», déclare Ben Bouaida. Mais, l'opposition demande des détails du tracé retenu en arguant que la région participe au financement de cette route, elle est donc en droit d'en connaître les détails. Dans la réalité, c'est le tronçon reliant Bouizakarne à Guelmim en passant par Tagant qui longe la nationale 1 qui attise les convoitises, puisque le tracé de la route sera déterminant pour donner de la valeur au foncier si la nouvelle route expresse le traverse. «Le tracé proposé par ministère de l'Equipement s'éloigne de la nationale 1 et pensé en sorte que la route express puisse être convertie en autoroute dans le futur. Pour ce faire, elle doit contourner les points à forte densité de population», précise le 1er vice-président de la région, mais l'opposition fait la sourde oreille et rejette en bloc le projet.
Guerre de tranchées
Alors que la rupture est consommée entre la majorité et l'opposition, l'assemblé ordinaire du Conseil de la région, qui devait se tenir le 6 mars dernier, va connaître de graves incidents puisque le président Ben Bouaida sera accueilli par des jets de bouteilles et de tomates, ce qui va conduire à la suspension de cette session. Majorité et opposition vont s'accuser mutuellement de blocage par presse interposée. Dans une tentative pour calmer les esprits, l'ancien ministre de l'Intérieur, Mohamed Hassad, fait le déplacement à Guelmim pour y tenir une réunion consacrée à l'évaluation des étapes de mise en œuvre des différents projets inscrits dans le cadre du modèle de développement des provinces du Sud. Mais sa visite n'aura aucun effet sur la région. Par la suite la région va plonger dans un blocage qui va durer jusqu'au mois de juillet. D'un côté, Ben Bouaida qui soutient que les projets signés devant le roi n'ont pas été acceptés par le conseil et décide d'envoyer une lettre au cabinet royal pour se plaindre de l'opposition qui retarderait ces projets. De son côté, Belfqih réussit à débaucher quelques membres de la majorité et isole la majorité incarnée par Ben Bouaida.
Conseil bicéphale
Pour renforcer sa position face au président de la région, Belfqih réussit à obtenir le soutien de plusieurs présidents de communes. «Dans une région où les clivages politiques pèsent moins que les relations personnelles, voire tribales, Belfkih utilise les autorisations spéciales (ASS) accordées par le ministre de l'Intérieur pour en faire bénéficier des communes en manque de moyens grâce à un montant pouvant aller jusqu'à 7MDH pour obtenir leur soutien politique», indique un membre d'une association locale. En manœuvrant de la sorte, Belfqih finit par affaiblir le Conseil régional. Dans un contexte politique difficile caractérisé par des crises sociales comme celle qui a donné naissance au Hirak du Rif, le blocage politique de la Région Guelmim- Oued-Noun porte les germes du ras-le-bol de la population locale épuisée par des guerres intestines dont il ne comprend plus les tenants et les aboutissants. «Plusieurs projets sont bloqués et les futurs chantiers structurants qui vont donner un coup de fouet à l'emploi et aux investissements sont suspendus. La région manque cruellement d'hôpitaux et d'infrastructures tandis que les politiciens continuent à se chamailler», constate notre source. Mais que fait l'Etat face à ce spectacle qui risque de se transformer en poudrière ?
La quadrature du cercle
Selon plusieurs témoins contactés par Les Inspirations ECO, l'Etat semble choisir une neutralité par rapport à ce qui se passe sur place et l'attentisme prudent semble être le mot d'ordre. Pourtant, le nouveau wali, Mohamed Najem Abhai, a été nommé dans la région le 25 juin 2017. «En raison de la tension permanente qui caractérise la région, les walis qui se sont affectés dans la région sont occupés à jouer le rôle de pompiers et n'ont souvent pas le temps de développer la région», constate Ouberka. Après le discours du roi à l'occasion de la Fête du trône, où il a utilisé un ton offensif contre les partis politiques et l'administration qu'il a accusés nommément d'être responsables des problèmes de développement de certaines régions du royaume, l'inspection générale du ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête sur la base de plusieurs rapports émanant de différents départements ministériels. Mais aujourd'hui, personne n'est capable de prévoir l'issue de cette enquête. «Pour schématiser, Ben Bouaida et Belfqih sont les deux faces d'une même pièce. Si le premier peut se vanter d'avoir ses entrées au palais, le second semble intouchable et bénéficie d'une certaine protection. Le déblocage de la situation viendrait d'un accord entre des intervenants qui ne sont pas visibles sur la carte politique de la région», analyse une source locale qui a requis l'anonymat. En octobre prochain, le conseil tiendra une assemblée de la dernière chance pour valider les grands projets qui font l'objet du blocage. En attendant, la région, déjà très sensible politiquement, est en passe devenir une cocotte qui risque d'exploser à n'importe quel moment si aucune rupture avec les pratiques actuelles de la politique n'est opérée.


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