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Fin de l'Acte 1
Publié dans Les ECO le 22 - 01 - 2018

Le procès de Casablanca des détenus du Hirak a clôturé sa première partie réservée à la forme. Les Inspirations ECO revient sur les moments forts de ce début du procès.
Nous sommes le vendredi 19 janvier, il est 21h00, la Cour d'appel de Casablanca a fermé ses portes. Seul un procès continue à se dérouler même après la fin de la semaine de travail, c'est le procès du Hirak. À la salle n°7, se tiennent les travaux de la Chambre criminelle, où comparaissant les 54 détenus de ce procès. Me Aghnaj est le dernier représentant de la défense à donner la réplique au représentant du ministère public au sujet des remarques sur la forme. À cette 20e audience, l'ensemble des parties de ce procès avait hâte de clore cette partie. Une première étape qui s'est révélée, comme attendue, laborieuse et éreintante.
Douleur et enlisement
Le 12 septembre démarrait ce procès, où plutôt la première version de ce marathon. Au départ, cette affaire se composait de deux dossiers distincts, le groupe d'Ahamjik, composé de 21 accusés et le groupe de Zefzafi, qui compte 32 accusés. Après plusieurs séances, le juge Ali Torchi décide finalement de rassembler les deux dossiers à la demande du parquet général et de la défense. Mais ce procès n'était pas prêt pour commencer encore. Les poursuites à l'encontre du journaliste Hamid El Mahdaoui, en lien avec ce dossier, feront que ce dernier sera également intégré à ce procès. Le groupe de Casablanca est enfin constitué. Le dossier est-il enfin prêt ? «Pas si vite», réplique la défense. Ces avocats avaient contesté avec véhémence l'enregistrement vidéo des audiences, «sans l'autorisation préalable des détenus». Le juge Torchi tranche finalement sur ce point et autorise les caméras de la SNRT. Cette première partie a été marquée par l'hospitalisation de plusieurs accusés suite à la dégradation de leur état de santé à cause des grèves de la faim qu'ils avaient entamés.
Défense et fracas
Ils sont au nombre 1.000 avocats à défendre les accusés du mouvement protestataire d'Al Hoceima. Le nombre de présents parmi les avocats de la défense s'est réduit au fil des audiences. Ils étaient une vingtaine à la dernière audience. Deux avocats tonitruants manquaient à l'appel, Me Isaac Charia et Mohamed Ziane. Ils se sont retirés dès novembre de la défense, à la demande écrite des accusés. Ce retrait fait suite à la déclaration sur le supposé «complotisme d'Ilyass El Omari contre le roi et l'Etat», lançait par Me Charia. Une affirmation hasardeuse qui conduira le procureur général à ouvrir une enquête. La relation entre le juge et la défense demeure tendue, comme le confirme le retrait des avocats le 29 décembre dernier.
Jeunesse et endurance
Hakim El Ouardi, substitut du procureur, s'illustrera par la précision de ces remarques sur la forme, le caractère offensif de ces propos et une endurance à toute épreuve. El Ouardi a consacré trois audiences à répondre aux remarques sur la forme, présentées par la défense, soit 33 heures d'audience. Le représentant du ministère public a rassemblé l'ensemble de ces plaidoiries dans un recueil de 200 pages, qu'il a remis à la défense.
Pertes et profits
L'Etat s'est constitué partie civile dans ce dossier. «C'est une première dans l'histoire de la justice au Maroc», rappelle un avocat de la défense. L'Etat déjà représenté par le ministère public est aujourd'hui représenté comme «victime» à travers les avocats de l'Intérieur (Me Rachidi et Tabih) et la DGSN (Me Karrout). Ce trio s'est illustré par des plaidoiries fleuves, exposant les motifs de la constitution de leur client (l'Etat) comme partie civile. «Plus de 900 éléments de la force de l'ordre ont été blessés lors des manifestations», affirme Me Karrout. Les dommages subis s'élèveraient à 20 MDH, à titre de dédommagement des fonctionnaires de ces administrations.
Accusés et «victorieux»
Ils sont les acteurs rendus «invisibles» dans ce dossier. Le box des accusés a été peint en blanc pour isoler les accusés. À chaque fin d'audience, ils scandent leurs slogans, le point levé, tout en s'adressant à leurs familles éreintées par des déplacements hebdomadaires Al Hoceima-Casablanca. Remuants et se permettant de provoquer le juge, ils s'offrent lors de ce procès une tribune pour exprimer leurs opinions, au risque de se faire expulser de la salle d'audience manu militari. Zefzafi et El Mahadoui ont excellé dans cet exercice.
Chiffre clés
20
audiences
54
personnes poursuivies
1 dirham
symbolique exigé par l'Etat
PV, torture, écoutes téléphoniques...
Le juge Torchi devrait statuer cette semaine sur les remarques de forme présentées par la défense et la partie civile. La défense tente d'invalider les PV car, selon elle, «ils auraient étaient signés sous la torture». Les écoutes téléphoniques lancées dès décembre 2016 «n'ont pas respecté la procédure judiciaire». Si une première demande a été déposée et validée en ce sens pour une durée de 4 mois, la défense conteste l'absence de renouvellement de cette demande pour une nouvelle période. La défense a également demandé d'appeler à la barre un nombre de témoins, comme le DG de l'ANRT, le PDG de Maroc Télécom, l'historiographe du royaume et le wali et le président de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Des demandes qui seront étudiées par la cour.


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