L'influence de la récession économique qui frappe le marché européen, fournisseur à 80% de la destination Maroc commence à se manifester durablement mais la crise à elle seule, n'explique pas tout. Pour le ministre Lahcen Haddad, «il y a des facteurs endogènes et exogènes qui comportent des risques pour les secteurs et sur lesquels il va falloir travailler». Une donne dont les opérateurs semblent parfaitement conscients et attendent des signaux forts de la part du gouvernement pour relancer l'industrie touristique. Selon le directeur de l'Office national marocain du tourisme (ONMT), Hamid Addou, les résultats, «peu satisfaisants au regard du potentiel» enregistrés en 2011 sont dûs, en grande partie, à «des campagnes de communication et de promotion actives maintenues sur l'ensemble des marchés en 2011, tant sur le plan national que sur les marchés étrangers». Pour cette année, donc, il s'agira de multiplier les efforts afin de consolider les acquis et renforcer le positionnement de la destination Maroc. L'Office a, en ce sens, «prévu un plan d'actions ambitieux et innovant, basé sur de nouvelles pistes de communication avec l'avènement du digital, un levier majeur pour garantir une présence continue et diffuse». Toujours à l'agenda de 2012, des actions destinées à renforcer le programme de coopération avec les compagnies aériennes, l'augmentation des liaisons aériennes vers les destinations cibles et la conclusion de nouveaux partenariats commerciaux «pour désamorcer le risque lié à la conjoncture et garantir au Maroc une présence en fil rouge tout au long de l'année». «Le marché national occupera toujours une place prioritaire dans la stratégie de l'ONMT qui se basera sur les recommandations de l'étude relative à ce marché et à son activation», réaffirme Hamid Addou qui annonce la mise en place «d'une offre de produits complémentaires» pour renforcer le plan Biladi. Dans les faits, il s'agit de mettre en place des mesures pour satisfaire les attentes des touristes marocains. Marketing digital C'est surtout sur le volet marketing et communication que sera porté le plus grand intérêt. L'Office a, d'ailleurs, annoncé la mise en place d'une plateforme d'information et de réservation en ligne intégrée au portail www.visitmorocco.com, afin d'accompagner l'émergence d'une stratégie digitale novatrice. «Un ensemble d'outils (applications smartphone...) viendra également enrichir ce dispositif et permettra une différenciation certaine par rapport aux destinations concurrentes» ajoute Addou. «Une très forte mobilisation sera nécessaire pour que le Maroc consolide son positionnement sur les principaux marchés émetteurs», a souligné Kamal Bensouda le président de l'Observatoire du tourisme, faisant référence à «la profonde mutation dans les systèmes de distribution» constatée ces dernières années. D'ailleurs, selon le directeur de l'ONMT, «la montée en puissance d'Internet a eu un impact structurant sur la stratégie marketing de la destination Maroc». L'objectif est donc d'assurer une meilleure visibilité sur les principaux marchés fournisseurs de touristes et de renforcer la promotion sur les nouveaux marchés cibles. Le ministre Lahcen Haddad a d'ailleurs tenu à réaffirmer aux opérateurs, tout le soutien des pouvoirs publics pour appuyer le secteur qui est érigé en priorité nationale. «La politique gouvernementale de renforcement de notre compétitivité nationale fait une place de choix à ce secteur» a-t-il indiqué. Un message destiné à rassurer les opérateurs mais qui a du mal à passer. «Nous attendons d'abord de voir des actions concrètes par rapport aux engagements pris par le nouveau ministre et le gouvernement», confie un professionnel qui reconnaît, toutefois que la tâche ne sera pas aisée au vue de la donne actuelle. Pour le moment, les décisions prises pour résoudre certaines doléances récemment exprimées par les professionnels commencent à trouver un écho favorable au niveau des opérateurs. Il s'agit, entre autres, de la question de l'informel et de l'augmentation significative du budget de promotion. Opportunités Si important que soit l'impact de la crise sur le tourisme national et aussi sombres que soient les perspectives pour l'année 2012, le potentiel de croissance ne fait pourtant pas défaut. La preuve, les progrès encourageants enregistrés sur certains marchés. Le cas de la Turquie est plus illustratif puisqu'en dépit de la crise, le pays a connu une évolution, en termes d'arrivées, de l'ordre de 10%, alors que Chypre réalise 9% et les îles Canaries un bon de 19%. Selon les prévisions de l'organisation mondiale du tourisme (OMT), le marché mondial du tourisme atteindra 1,5 milliard de touristes à l'horizon 2020. Autant d'opportunités à saisir dans le cadre de la vision 2020. D'où la nécessité de «rester vigilant, d'être offensif et de se préparer à la reprise» que devra connaître le tourisme mondial, a recommandé Haddad. De toute façon, reconnaît le président de la FNT, «nous n'avons d'autres choix que d'y investir, d'améliorer notre qualité et notre produit» confirmant l'engagement des opérateurs à atteindre les objectifs de la stratégie sectorielle. «ce secteur fera vivre 1 million de familles en 2020 comme prévu» a déclaré avec une forte conviction Ali Ghannam, mettant mieux en relief les enjeux socioéconomiques dont est porteuse l'industrie touristique, une des locomotives de l'économie marocaine avec 8% de part dans le PIB national. Reste qu'il va falloir agir vite et savoir mieux coordonner les actions. Si la reprise est confirmée, il n y a pas que le Maroc qui aiguise l'appétit même si, selon, Abdelaziz Samim, directeur de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière, «il n y a aucune inquiétude de ce côté, la destination Maroc a déjà prouvé ses spécificités qui la distinguent des autres concurrents voisins». Un secteur en panne de régulation «Le marché marocain a aussi démontré ses capacités de résistance grâce aux fondamentaux forts du secteur», a souligné, sans trop convaincre, le ministre Haddad, ajoutant que le «tourisme marocain va poursuivre l'amélioration de sa croissance en 2012 qui sera pleine d'opportunités». Sauf que le secteur a besoin d'une véritable cure d'assainissement notamment en matière de gouvernance. Le problème, c'est surtout au niveau du constat fait sur certaines destinations comme Marrakech où les risques de «suroffre» prend de plus en plus de l'ampleur. Alors que la destination a enregistré un recul de 9%, les ouvertures d'unités hôtelières continuent dans leur lancée. Près de 10.000 lits s'ajouteront en 2012 aux 50.000 que compte déjà la ville. Sur les 12.500 lits additionnels enregistrés en 2011, 31% sont concentrés sur Marrakech et 30% à Agadir, Fès et Saadia. «Les investissements touristiques vont continuer sur cette lancée jusqu'en 2020» ont rassuré les autorités de tutelle. Pour certains opérateurs, la nécessité d'une véritable régulation s'impose pour le secteur qui souffre déjà d'autres maux comme le poids de l'informel de plus en plus croissant à Marrakech. Une commission interministérielle s'attèlera à combattre ce fléau avec la participation du département de l'Intérieur, a promis Haddad.