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«Les internautes marocains sont plus critiques vis-à-vis des informations qu'ils reçoivent»
Publié dans Les ECO le 31 - 08 - 2012


Marouane Harmach, alias «@Sniper»,
Consultant et directeur associé du cabinet www.consultor.ma spécialisé dans la communication digitale et les nouveaux médias.
Les Echos quotidien : Vous êtes une des personnalités les plus «suivies» de la twittoma (communauté des utilisateurs marocains de Twitter), comment en êtes-vous
arrivé là ?
Marouane Harmach : Il faut savoir qu'être suivi par un grand nombre de comptes ou «followers», sur les médias sociaux en général et sur Twitter en particulier, n'est pas un objectif en soi, et se focaliser sur cet objectif est l'un des pièges qu'il faut justement éviter. Je pense que pour avoir une large audience, il faut, primo, rester soi-même. Secundo, définir au préalable les objectifs de sa présence sur les médias sociaux, et rester constant et cohérent. Si vous êtes sur la Toile pour vous amuser, vous divertir, militer ou développer votre business, il faut se comporter en conséquence et ne pas changer en cours de route, et puis surtout, il faut respecter la dignité et l'intelligence de la communauté.
Selon vous, n'importe qui peut-il devenir un «leader d'opinion» sur la Toile ? Auquel cas quelles sont les caractéristiques d'un twittos très actif ?
À mon avis, un leader d'opinion sur les médias sociaux, c'est avant tout un acteur qui a un nombre significatif de followers ou amis sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, le contenu qu'il partage doit être largement diffusé et commenté par la communauté. Il est vrai également que devenir un «influenceur» selon le jargon des médias sociaux est en partie lié au charisme et à la personnalité de l'internaute, mais ceci est insuffisant. Il faut ajouter à cela la maîtrise des codes et des usages des médias sociaux qui ont leur propre langage et code de conduite. Un influenceur doit également s'investir en temps et en efforts pour gagner en visibilité et en reconnaissance par la communauté.
Aujourd'hui la Toile est un véritable vivier d'informations même pour les médias «classiques». Néanmoins, la question de la crédibilité fait défaut...
Il est vrai qu'Internet est devenu un média à part entière et un moyen d'information et de communication. Les médias «classiques» TV, radio et presse papier l'utilisent comme source d'information et le problème de fiabilité et de crédibilité se pose effectivement. Je pense que c'est normal et naturel pour un média relativement jeune comme Internet –notamment au Maroc-. En revanche, on remarque le début d'une certaine maturité de la part des internautes qui commencent à poser la question sur la source de l'information avant de la relayer. Les internautes marocains deviennent de plus en plus critiques vis-à-vis de ce qu'ils reçoivent comme informations.
Quel regard portez-vous sur l'évolution de la twittoma ?
Il est vrai que la communauté twittoma évolue de manière constante. Les études estiment actuellement le nombre de Marocains sur Twitter à près de 35.000, soit un taux de pénétration de 0,1% de la population globale. Le Maroc est également classé 11e pays arabe sur le site de microblogging, mais il faut souligner que ce média regroupe de nombreux blogueurs, journalistes, activistes, auteurs, étudiants ou geeks. Du coup, la principale caractéristique de cette communauté est sa capacité de mobilisation et d'influence. À ce titre, il est important de rappeler que de nombreuses affaires ont été médiatisées suite à un «buzz» initié par la twittoma. Cela a notamment été le cas de l'affaire Amina Filali, le procès du rappeur «l7a9ed» ou encore ce que la twittoma a désigné comme #anrtfail. Il était question en l'occurrence d'un coup de gueule des internautes pour une meilleure régulation par l'ANRT du secteur des télécommunications au Maroc. En matière de communication, Facebook reste le leader sur le marché, loin devant Twitter, Viadéo ou encore d'autres plateformes telles que Google+ ou LinkedIn.
Comment expliquez-vous ce manque d'intérêt pour ces autres réseaux ?
Il ne faut pas oublier que Twitter est relativement jeune par rapport à Facebook. Cela explique en partie le décalage entre le nombre d'utilisateurs sur Facebook qui est beaucoup plus important. On parle ainsi de 4,7 millions de comptes sur Facebook contre à peine 35.000 pour Twitter (au Maroc). Un autre élément explique également ce décalage. En fait, c'est lié à la simplicité d'utilisation de Facebook comparée à celle de Twitter. Ce dernier reste un outil assez élitiste et difficile à s'approprier, les usages et le jargon y sont un peu particulier. Il faut néanmoins noter que ce décalage du nombre d'utilisateurs est une tendance mondiale et non une particularité marocaine. En ce qui concerne Google +, à mon avis, cette tentative de la part de Google de concurrencer Facebook a jusqu'à maintenant lamentablement échoué malgré les efforts du géant Google. Pour ce qui est des autres médias sociaux comme Viadéo (500.000 utilisateurs au maroc) et Linkedin (50.000 d'après mes estimations), ce sont des réseaux sociaux professionnels adressés à des cibles particulières qui connaissent une évolution constante, sans toutefois ambitionner un jour de détrôner Facebook, qui reste le roi des médias sociaux et cible une population plus large. Sachez qu'il existe aussi d'autres outils plus élitistes qui s'adressent presque exclusivement à des détenteurs de smartphones. Je fais notamment référence à Instagram, un réseau de partage des photos ou encore Foursquare, un site de géolocalisation et de partage des endroits fréquentés avec ses amis. Ceux-là par contre évoluent de manière plus timide au niveau du Maroc.


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