Comme c'est sûrement le cas pour la plupart d'entre vous, j'ai beaucoup de mal à me détacher de ce qui est arrivé à nos voisins et «frères» Tunisiens. D'ailleurs, je vous demande de m'excuser, car je viens de me rendre compte que j'en ai parlé comme s'ils avaient attrapé la peste ou le choléra, alors qu'en réalité, ils viennent, tout bonnement et tout grandement, de changer le cours de leur histoire. Comme la plupart d'entre vous, je m'y intéresse car, d'abord, ça s'est passé juste à côté, et puis, quoi que peuvent répéter certains, les similitudes avec notre pays sont flagrantes, et on ne pourrait s'empêcher de comparer et de s'interroger. Partout, les gens, chez eux, dans la rue, au café, pour ceux qui en ont le temps, au restaurant, pour ceux qui en ont les moyens, et au boulot, pour ceux qui en ont un, lisent attentivement les journaux, écoutent religieusement les radios, scrutent chaque image des télés, analysent chaque information, la décortiquent, la commentent, mais, tout ça, rien qu'entre eux, c'est-à dire entre simples citoyens, entre néophytes, quoi ! Alors, chacun y va de sa thèse et de son hypothèse, et je vous assure qu'il y en a, pour en avoir entendues, des vertes, bien sûr, mais aussi des bien mûres. Si quelques uns, plutôt rares, devins, farfelus ou possédant la science infuse, croient tout savoir et annoncent des chamboulements imminents ici et maintenant, la majorité aimerait tout simplement... comprendre. Or, dites-moi, qui pourrait, à votre avis, les éclairer, sinon nos fameuses élites lumineuses ? Mais, le problème, c'est que ces élites, qu'elles soient politiques, intellectuelles ou autres, sont entrées dans un mutisme inquiétant. Les rares voix que nous avons entendues ça et là ces derniers jours, se sont limitées à répéter bêtement ce qu'on a déjà entendu partout ailleurs : «Ça devait arriver un jour». Grande trouvaille! Franchement, je ne crois pas un seul instant que ces gens-là, d'habitude si éloquents et si hâbleurs, n'ont rien à dire d'autre sur ça que ça. Je suis plutôt persuadé qu'ils ont la trouille, car, quoi qu'ils prétendent, nous sommes encore le pays du non-dit. Ici, on ne dit rien tant qu'on ne nous a rien dit de dire. Sinon, expliquez-moi pourquoi un ex- grand parti de gauche a eu tout le mal du monde à se prononcer clairement sur ce que tout le monde appelle si joliment : «La révolution du jasmin», et a préféré lâchement reporter l'échéance à plus tard, le temps d'être mis au parfum. Alors qu'en d'autres circonstances, on les voit tous se relayer aux micros et aux caméras pour faire l'éloge ou pour dénoncer -c'est selon- aujourd'hui, ils se terrent dans un silence assourdissant. Pas de débat, ni en haut, ni en bas. En parallèle, on apprend que les «responsables» ont donné leurs instructions pour, par exemple, bien surveiller la valse des prix, les dealers de comprimés psychotropes et «la vente d'essence aux citoyens sans voiture» (!). C'est ce qu'on appelle, dans le jargon des administrations, «une campagne», laquelle est, toujours, épisodique et passagère. Vraiment, je crois qu'on n'a encore rien compris... Les appréciations du Professeur Ditou ➤Elève Yasmina Baddou : En attendant la baisse (hypothétique) des prix des médicaments, les malades se soignent avec des plantes. ➤Elève Aziz Akhannouch : Puisque vous êtes à Berlin pour défendre notre Plan Maroc Vert, essayez de les supplier de donner leur feu vert pour notre futur TGV. ➤Elève Hassan Aourid : Si jamais on vous confie l'Ircam, on sera sûr, enfin, que vous n'allez plus perdre votre latin.