La commune de Laâyoune lance un appel d'offres international pour la réalisation de son Plan de mobilité urbaine durable (PMUD). Face à une croissance démographique soutenue, un étalement urbain rapide et une dépendance croissante à la voiture particulière, la capitale des provinces du Sud veut se doter d'une stratégie cohérente pour les quinze prochaines années. L'étude, d'une durée de quinze mois, a pour objectif de concilier développement économique, qualité de vie, protection de l'environnement et inclusion sociale. Laâyoune change de visage. La ville, qui comptait près de 220.000 habitants en 2014, voit sa population croître à un rythme de 1,78% par an, et les projections l'amènent à dépasser les 273.000 habitants en 2027. Les ménages se sont multipliés, les extensions urbaines se sont étendues, et avec elles, les besoins de déplacement. Aujourd'hui, la voiture particulière règne en maître, les transports collectifs peinent à suivre, et les modes doux (marche, vélo) sont peu structurés. Conséquence : congestion croissante, pollution, insécurité routière, et une accessibilité inégale aux services et aux emplois. Pour répondre à ces défis, la commune de Laâyoune, avec le soutien de la wilaya et de nombreux partenaires institutionnels, a décidé d'élaborer un Plan de mobilité urbaine durable (PMUD). Un document stratégique ambitieux, qui se veut le fruit d'une collaboration entre collectivités, services déconcentrés de l'Etat, opérateurs de transport et société civile. Un diagnostic approfondi pour comprendre les déplacements La première étape consistera à collecter des données et à réaliser des enquêtes de terrain. Un volet essentiel, car sans connaissance précise des flux, des pratiques et des besoins, aucune politique de mobilité ne peut être efficace. Sera ainsi menée une Enquête ménages déplacements (EMD) auprès d'un échantillon représentatif de la population, afin de connaître les motifs de déplacement, les modes utilisés, les distances parcourues, etc. Les flux de véhicules aux principaux carrefours seront comptés, de même que sera analysée l'offre de stationnement et la fréquentation des bus et des taxis étudiée. Notons que l'aire d'étude ne se limite pas à la commune de Laâyoune. Elle inclut également les communes limitrophes de Foum El Oued et d'El Marsa, ainsi que, à un niveau plus stratégique, les provinces voisines (Es-Smara, Tarfaya, Boujdour). Le PMUD devra en effet tenir compte des déplacements régionaux, notamment des travailleurs qui viennent chaque jour des zones périphériques. Un observatoire de la mobilité sera conçu dès cette phase, avec un système d'information géographique (SIG) pour centraliser et suivre les données dans le temps. Il est également prévu de calculer l'indicateur 11.2.1 des Objectifs de développement durable (ODD), relatif à la proportion de la population située à moins de 500 mètres d'un arrêt de transport collectif à service régulier. Un indicateur clé pour mesurer l'accessibilité et orienter les actions. Un diagnostic multidimensionnel pour identifier les blocages La seconde étape portera sur l'analyse approfondie du territoire et la formalisation des objectifs. Pour cela, il est prévu de croiser les données collectées pour dresser un état des lieux complet de la mobilité à Laâyoune. Plusieurs thématiques seront passées au crible : le développement urbain (localisation des logements, des emplois, des équipements), les infrastructures routières (état du réseau, hiérarchisation, signalisation, sécurité), les réseaux de transport collectif (bus, taxis, transport informel), les modes actifs (piétons, cycles), l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, et l'impact environnemental (pollution, émissions de gaz à effet de serre). Une attention particulière sera portée à la sécurité routière. La ville, comme beaucoup d'agglomérations marocaines, connaît une accidentologie préoccupante. Le PMUD devra proposer des solutions pour prévenir les accidents, en particulier pour les usagers vulnérables (piétons, cyclistes, enfants, personnes âgées). Au terme de ce diagnostic, des objectifs qualitatifs et quantitatifs pour le PMUD seront établis. Par exemple : réduire la part de la voiture individuelle, augmenter l'usage des transports collectifs, améliorer l'accessibilité des quartiers périphériques, diminuer les émissions de CO2, etc. Un outil de modélisation pour tester les scénarios d'avenir La troisième étape, elle, consistera à développer un outil de simulation multimodale des déplacements. Cet outil, basé sur un logiciel de modélisation (type PTV Visum, Cube, ou équivalent), permettra de projeter la demande de transport à court, moyen et long terme (jusqu'à quinze ans). Il intégrera les données démographiques, économiques, d'urbanisme, et d'offre de transport. Grâce à ce modèle, les décideurs pourront tester différents scénarios tels que la construction d'une nouvelle gare routière, création d'une ligne de transport en commun en site propre, mise en place de péages urbains, aménagement de voies cyclables, etc. Trois scénarios pour trancher collectivement Le quatrième volet sera consacrée, pour sa part, à l'élaboration de trois scénarios contrastés de mobilité. Le premier, dit «au fil de l'eau», prolonge les tendances actuelles sans changement majeur. Le second, modéré, propose des actions pour infléchir les tendances négatives. Le troisième, volontariste, vise à atteindre l'ensemble des objectifs fixés (report modal, réduction de la congestion, amélioration environnementale). Chaque scénario sera évalué selon une grille multicritères incluant les aspects budgétaires, environnementaux, sociaux, de sécurité, d'efficacité énergétique, etc. Une large concertation sera menée avec les parties prenantes (élus, techniciens, associations, opérateurs de transport). Le comité de pilotage, présidé par le gouverneur de la province, choisira le scénario retenu. Un plan d'action opérationnel, des plans de circulation et de stationnement La dernière étape traduira le scénario retenu en un véritable plan d'action. Il sera question de définir un programme d'investissement prioritaire (PIP) pour le court terme (1 à 2 ans), avec des fiches actions détaillées intégrant le descriptif, le coût, les responsables, les délais. La programmation pour le moyen terme (5 ans) et le long terme (15 ans) sera aussi établie. Dès lors, deux documents opérationnels seront produits : un plan de circulation et un plan de gestion du stationnement. Le plan de circulation redéfinira la hiérarchie du réseau routier (voies rapides, axes de distribution, voies locales), organisera les sens de circulation, les carrefours, les itinéraires poids lourds, et intégrera les modes actifs (trames piétonnes et cyclables). Le plan de stationnement fixera les périmètres de stationnement réglementé, les tarifs, les durées maximales, et proposera la création de parcs relais. Enfin, un observatoire permanent de la mobilité sera mis en place, avec un tableau de bord d'indicateurs (dont l'ODD 11.2.1), et définira les modalités de suivi et d'évaluation du PMUD.