Arrik Delouya, président de l'APJM Les échos : Qu'est-ce qui vous motive pour organiser, au mois de mars à Marrakech, un colloque sur «La possibilité d'une coexistence pacifique judéo-musulmane à partir de l'exemple du Maroc» ? Arrik Delouya : Nous avons toujours pensé à ce thème et nous estimons que le moment est venu pour mettre en avant (comme nous l'avons toujours fait, NDA) cette coexistence pacifique entre juifs et musulmans. Je pense que certaines couches de la population marocaine sont aujourd'hui suffisamment matures pour reconnaître que la présence juive au Maroc a été positive et a laissé des traces. Que pensez-vous des relations entre juifs et musulmans au Maroc ? La présence juive au Maroc est deux fois millénaire et les juifs étaient là bien avant les conquêtes arabes. Mais aucun livre d'histoire ne relate ce fait. Aucune encyclopédie n'en parle. Seuls les plus de 50 ans au Maroc se rappellent avec affection et nostalgie le temps où juifs et musulmans vivaient ensemble, sans parler du Roi Mohammed V qui a demandé au gouvernement de Vichy, venu chercher les 300.000 juifs du Maroc, de rajouter 20 étoiles jaunes pour les membres du palais royal. Feu Mohammed V était un homme juste ! Pourquoi parlez-vous d'oubli de la culture juive dans certaines régions? Je fais allusion à tout l'Atlas qui comptait, dans les années 40, environ 200.000 juifs. Or, cette région n'en compte plus un seul de nos jours. En retournant à Goulmima en octobre dernier, j'ai revu des amis berbères qui avaient les larmes aux yeux en pensant à leurs anciens «frères» juifs vivant aujourd'hui en Israël. Ils leur manquaient tellement qu'ils avaient l'intention de lancer un avis de recherche sur une chaîne israélienne pour les retrouver. L'histoire de Goulmima et de ses ksour reste à écrire, et d'urgence, avant que toutes les mémoires ne se soient éteintes. Très peu de gens savent que des juifs ont vécu là, d'où l'oubli de cette culture juive. Oublier, c'est un peu renoncer à son passé. Pensez-vous que le conflit israélo-palestinien rend la tâche de votre association plus difficile ? Non, pas du tout, et ce conflit est un processus qui fatalement aboutira à un règlement, comme je l'espère, pour ces deux peuples aspirant à une autodétermination. Beaucoup d'Israéliens s'associent à notre action pour se rendre au Maroc et participer à nos colloques, par exemple. Tout récemment, j'ai créé une association sœur à Tel-Aviv avec plus de 400 Israéliens d'origine marocaine. Ces personnes aspirent comme nous tous à une paix véritable et définitive. Ils sont les porte-parole de 850.000 juifs d'origine marocaine vivant en Israël. Feu Hassan II parlait d'eux comme de ses ambassadeurs dans le monde. Association permanences du judaïsme marocain.