Portées par l'explosion du tourisme, les placements en or et les transferts de la diaspora, les avoirs officiels de réserve ont doublé en dix ans. De 215 milliards de dirhams en 2015, ils ont atteint 432,3 milliards en 2025. En parallèle, le Trésor se frotte les mains : il a empoché 4 milliards de dirhams de dividendes versés par Bank Al-Maghrib fin octobre. C'est 1 milliard de plus que l'année dernière. Au dernier décompte effectué le 21 novembre 2025, les avoirs officiels de réserve gérés par la banque centrale s'élevaient à 432,3 milliards de dirhams, soit 46 milliards de dollars. Ce niveau correspond à 5 mois et 5 jours d'importations des biens et services. Au plus fort du Programme d'ajustement structurel (PAS) au début des années quatre-vingt, les réserves de change couvraient à peine 1 mois et 15 jours d'importations. Selon les prévisions, elles devraient se consolider pour atteindre 418 milliards de dirhams à la fin de cette année et 434,5 milliards en 2026. Ce qui représente 5 mois et demi d'importations des biens et services. Ce qu'il faut surtout retenir, c'est la trajectoire observée depuis 2015, le premier exercice où les réserves de change avaient franchi le seuil symbolique de 200 milliards de dirhams, 215 milliards plus exactement. En 2026, le trésor de guerre de Bank A-Maghrib aura été multiplié par deux en dix ans, propulsé par le dynamisme de locomotives du Royaume à l'exportation (phosphates et automobile), le développement spectaculaire du tourisme et l'explosion des fonds envoyés par la diaspora marocaine. Les ventes de l'automobile à l'export devraient rebondir de 20% en 2026 à 187,6 milliards de dirhams après un coup de mou cette année. Les recettes de voyages enregistreraient une croissance de 11,3% cette année et de 4,8% en 2026, à 131,2 milliards. Pour les transferts des MRE, ils s'accroîtraient de 4,8% en 2026 à 125,5 milliards. Prédominance des valeurs refuges Dans la nomenclature officielle, les avoirs officiels de réserves sont composés des avoirs en or monétaire et en DTS (droits de tirage spéciaux), des avoirs en devises convertibles et de la position de réserve du Royaume auprès du FMI. «Ce sont actifs extérieurs que les autorités monétaires contrôlent directement et dont elles peuvent disposer immédiatement pour répondre à des besoins de financement de la balance des paiements, pour intervenir sur les marchés des changes afin d'influer sur le taux de change, ainsi que pour d'autres besoins connexes», explique Bank Al-Maghrib. Alors que le cours de l'or vole de record en record, pour les autorités monétaires, il n'est pas question ni d'acheter un peu de métal jaune pour renforcer les avoirs officiels de réserve, et encore moins, de céder une partie des 22,12 tonnes afin de faire rentrer un peu de cash. L'an dernier, le gouverneur de BAM justifiait la position de son institution à toute idée de profiter de l'envolée des cours du métal jaune : « Notre stock d'or représente 6% des réserves de change en valeur, soit à peu près la moyenne mondiale ; et nous sommes dans cette fourchette». Et de poursuivre : «Le problème est que l'or est une valeur refuge. Et en tant que tel, il ne vous rapporte pas de l'argent ». La bonne nouvelle pour Bank Al-Maghrib est que la flambée du cours de l'or a mécaniquement revalorisé le matelas des réserves de change. Selon les analystes des marchés, l'once d'or pourrait atteindre 3.545 dollars d'ici la fin de l'année, voire 3.900 en 2026, selon les scénarios de grandes sociétés de trading. Cette fièvre sur le métal jaune est entretenue par des emplettes de banques centrales de pays qui, pour des raisons géopolitiques, veulent se « dédollariser » en recomposant la structure de leurs réserves de change. Ce n'est pas le cas du Maroc dont les avoirs extérieurs reflètent la pondération de la cotation du dirham, 60% en euro et 40% en dollar. Ce sont les pays qui détiennent historiquement d'importantes réserves d'or qui animent actuellement le marché de l'or. Avec plus de 46,6 milliards de dollars de réserves de change, la priorité des autorités monétaires est d'assurer à tout instant, la couverture des besoins du pays, notamment le règlement des importations et le service de la dette extérieure. Les titres de placement ont la cote Une toute petite frange seulement des réserves de change est détenue en cash, essentiellement le dollar et l'euro, les deux principales devises qui composent le panier de cotation du dirham. Ces avoirs officiels de réserve sont constitués de placements en devises (dépôts et titres), des avoirs en or, des avoirs en DTS, des devises étrangères et de la position de réserve au FMI. Le plus gros du trésor de Bank Al-Maghrib est investi en titres de placement, en or et des obligations d'Etat notés au moins « BBB », et en dépôts à court terme. Ce portefeuille rapporte beaucoup d'argent, non seulement à Bank Al-Maghrib, mais surtout à son actionnaire unique, le Trésor dont les dividendes explosent cette année. A fin octobre 2025, la Banque centrale a versé 4,1 milliards de dirhams au budget de l'Etat. C'est 1 milliard de plus que le montant prévu dans la Loi de finances. Les principes qui président à la gestion des réserves de change Les réserves de change sont gérées selon quatre principes par ordre de priorité ; à savoir la sécurité, la liquidité, le rendement et la durabilité. Le principe de sécurité vise à réduire au maximum le risque de perte de capital, en maintenant un portefeuille diversifié et de très bonne qualité de crédit. Le principe de liquidité consiste à effectuer des placements dans des actifs pouvant être cédés rapidement avec un minimum de perte de valeur. Le principe de rendement vise à obtenir le meilleur rendement possible tout en respectant les objectifs de sécurité et de liquidité. Enfin, le principe de durabilité vise à privilégier les placements à caractère « durable et responsable » lorsque les trois premiers principes sont respectés. A cet effet, BAM définit annuellement une allocation stratégique, révisable si nécessaire, qui fixe la répartition des réserves en tranches, classes d'actifs et devises, et ce, dans le respect des principes de gestion précités. Cette allocation stratégique est examinée par le Comité monétaire et financier (CMF) avant d'être approuvée par le Conseil de Bank Al-Maghrib. Une fois par an, les autorités monétaires définissent une allocation stratégique, révisable éventuellement, qui fixe la répartition des réserves en tranches, classes d'actifs et devises. Cette allocation est, par la suite, approuvée par le Conseil de Bank Al-Maghrib. Ainsi, les réserves sont composées de deux tranches répondant à des objectifs spécifiques. La tranche « réserves de précaution », qui vise à satisfaire les besoins en devises sur un an, est composée de portefeuilles comptabilisés en valeur marché et investis sur un horizon court. La tranche « réserves excédentaires », qui vise à financer les besoins en devises à moyen et long terme, comprend des portefeuilles comptabilisés en valeur marché et d'autres comptabilisés en valeur historique, lesquels sont investis sur un horizon moyen à long terme. Abashi Shamamba / Les Inspirations ECO