La saison de l'avocat s'ouvre dans un climat encore fragile, marqué par des volumes en recul et une forte pression sur les prix. Après un début tendu, le marché se stabilise et les cours repartent à la hausse, soutenus par une demande locale active avant le Ramadan. Pourtant, la production nationale restera loin des niveaux de l'an dernier, avec 80.000 tonnes au mieux et un prix sur pied attendu à 25 DH/kg dès janvier 2026. La campagne marocaine de l'avocat avait démarré dans un contexte tendu. Les volumes étaient réduits, les prix bloqués, et les acheteurs européens exerçaient une pression inhabituelle sur les producteurs. Aujourd'hui, la situation s'améliorer peu à peu. Contacté par Les Inspirations ECO, Abdelkrim Allaoui, président de l'Association des producteurs de Gharb Avocado, nous explique que «le début de la saison était assez compliqué. Les acheteurs en Europe ont essayé de maintenir les prix à des niveaux inférieurs à ceux de la campagne précédente». Cette situation était aggravée par l'arrivée massive d'avocats en provenance d'Amérique latine, notamment du Pérou, nous révèle le président de l'association, ce qui a saturé le marché européen. Cet afflux a fait baisser les prix et a paralysé les expéditions marocaines, déjà fragilisées par les mauvaises conditions climatiques du début de saison. Face à cette pression internationale, beaucoup de producteurs ont ralenti la récolte et attendu une évolution plus favorable. Cette prudence a également été alimentée par la circulation de rumeurs : selon Allaoui, certains intermédiaires marocains ont tenté de convaincre les producteurs que les prix resteraient bas, afin d'acheter leurs récoltes à des tarifs inférieurs. Le président de l'association dément fermement ces affirmations et rappelle que les fondamentaux du marché restaient solides. Heureusement, depuis deux semaines, la tendance s'est inversée. Le marché «revient à un niveau de prix plus normal», et le prix départ ferme a progressé de plus de 15%, a déclaré Allaoui à Fresh Plaza. Les producteurs ont repris la récolte à un rythme plus soutenu, encouragés par cette amélioration graduelle. La demande locale joue aussi un rôle : les commerçants marocains commencent déjà à constituer leurs stocks pour anticiper le mois sacré de Ramadan, qui tombe en pleine période de récolte, déclare aux Inspirations ECO Abdelkrim Allaoui. Cette demande interne soutient l'ensemble de la chaîne de valeur et contribue à restaurer l'équilibre entre l'offre et les besoins du marché. Production attendue : 80.000 tonnes au plus, dont 90% pour l'export Même si les prix se redressent, la production nationale d'avocats ne devrait pas atteindre le niveau de la campagne précédente. Comme le rappelle Allaoui, la récolte totale devrait se situer entre 60.000 et 80.000 tonnes, loin des 110.000 tonnes enregistrées l'an dernier. Cette baisse importante s'explique d'abord par l'impact direct des conditions climatiques. Les fortes chaleurs, les périodes de stress hydrique et l'irrégularité des pluies ont affecté la floraison et réduit les rendements dans plusieurs bassins de production. Cette pression climatique s'ajoute à une situation structurelle fragile qui caractérise désormais la filière. À cela s'ajoute la concurrence féroce sur le marché européen. L'afflux péruvien, particulièrement massif cette année, a entraîné un blocage temporaire des expéditions marocaines. Les prix bas ont incité plusieurs producteurs à retarder la récolte, espérant une remontée progressive des cours. Même si cette remontée se matérialise aujourd'hui, elle ne suffira pas à rehausser les volumes nationaux. Le déficit de production est trop important pour être absorbé au cours de cette même campagne. La filière devra donc composer avec des volumes d'exportation plus faibles. Pourtant, la demande en fruits marocains reste soutenue à l'international : environ 90% de la production nationale est destinée à l'export. Cette dépendance au marché extérieur impose une grande vigilance sur les normes, les délais et la qualité. Les producteurs devront optimiser leurs récoltes, améliorer la planification des exportations et consolider leur position face à la concurrence latino-américaine. Malgré tout, les signes d'amélioration des prix apportent une dose d'optimisme aux exploitants. La qualité et les calibres des fruits sont jugés bons cette année, ce qui devrait faciliter la commercialisation. Mais les volumes réduits resteront le principal frein au retour rapide à une pleine normalité. Export : les trois obstacles majeurs Au-delà des prix et du recul des volumes, la filière marocaine de l'avocat fait face à trois obstacles structurels majeurs qui freinent sa compétitivité. Le premier concerne l'absence de laboratoires de certification phytosanitaire reconnus à l'international. Aujourd'hui, les exportateurs marocains dépendent des analyses menées en Espagne, en France ou dans d'autres pays européens. «Nous devons envoyer nos échantillons et attendre leurs retours», déplore Abdelkrim Allaoui. Ces délais créent une perte de temps importante et peuvent retarder le processus d'exportation, ce qui fragilise la chaîne logistique. Deuxième difficulté : le faible nombre de produits phytosanitaires homologués pour l'avocat au Maroc. Sur 400 produits disponibles, seuls cinq sont autorisés pour la filière. Ce manque de diversité constitue un risque réel. «Si demain l'Espagne décide d'interdire l'un de ces produits, nous ne le saurons que six mois plus tard. Et nos produits seront refusés», craint Allaoui. Il appelle ainsi l'ONSSA à adopter une posture plus proactive, afin d'anticiper les évolutions réglementaires des marchés importateurs et d'éviter des refus coûteux. Troisième obstacle : l'accès complexe à certains marchés, notamment celui de la Grande-Bretagne. Pour Allaoui, l'Etat doit accompagner les exportateurs lors des premières démarches. «Cette étape est critique et ses démarches sont difficiles et longues. Une fois la première commande livrée, l'Etat peut se retirer», souligne-t-il. Sans cet appui initial, l'entrée sur ces marchés reste lente et incertaine. Avocat sur pied : le prix atteindra 25 DH/kg dès janvier Malgré ces défis, plusieurs perspectives positives se dessinent. Les prix de l'avocat sur pied (dans l'arbre) sont actuellement compris entre 21,50 et 22 DH/kg, et pourraient atteindre 25 DH/kg en janvier, prévoit Allaoui. La demande locale devrait également progresser avec l'arrivée de ramadan. D'ailleurs, les intermédiaires s'y préparent déjà en achetant dès maintenant les récoltes de certains producteurs, révèle Allaoui. La qualité des fruits est remarquable cette année, ce qui renforce l'attractivité du produit marocain. Mais pour sécuriser l'avenir de la filière, il faudra agir simultanément sur la réglementation, la certification, la diversification des produits homologués et l'appui institutionnel aux exportateurs. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO