Le 8 janvier prochain, le wali de Bank Al-Maghrib rencontrera le Groupement professionnel des banques du Maroc afin de faire le point sur les dépassements de lignes de crédit et les taux appliqués par les établissements bancaires. Un sujet technique ? Pas seulement, au regard des enjeux économiques profonds et des tensions croissantes entre la Banque centrale, les banques commerciales et, en bout de chaîne, les entreprises et les ménages. Car il faut bien le dire, la politique monétaire nationale, aussi finement ajustée soit-elle, peine à atteindre ses cibles lorsque les banques filtrent ou retardent sa transmission. En théorie, la baisse du taux directeur de BAM devrait entraîner une diminution des taux d'intérêt débiteurs, facilitant ainsi l'accès au crédit. En pratique, cela ne se vérifie pas toujours, principalement en raison de la forte proportion de crédits à taux fixe, représentant 85% des encours, comme l'a rappelé Jouahri. Mais ce n'est pas tout. Lors des phases de hausse des taux, les banques appliquent rapidement les nouvelles conditions, invoquant une évaluation rigoureuse du risque. En revanche, en période de détente monétaire, la répercussion se fait attendre. Ce «décalage», observé ailleurs, devient au Maroc une faille récurrente, accentuée par le manque de flexibilité du système bancaire. Et cela a un coût, tant pour les entreprises, qui voient leurs marges comprimées par des conditions de crédit rigides que pour les ménages, dont le pouvoir d'achat est fragilisé par des dépassements de lignes tarifés à des taux jugés parfois excessifs. Cela a aussi un coût, au final, pour l'ensemble de l'économie nationale, qui ne profite pas pleinement de l'impulsion monétaire voulue par l'autorité centrale. C'est dire que la réunion annoncée constitue une opportunité pour réinterroger les pratiques bancaires dans leur rapport à l'intérêt général. La régulation, pour être efficace, doit aller au-delà des incitations générales et s'attaquer à la mécanique des marges, à la transparence tarifaire et à l'alignement des intérêts. Meriem Allam / Les Inspirations ECO