Après deux années marquées par de fortes tensions sur les marchés énergétiques, 2025 aura constitué un tournant pour les carburants au Maroc. Portée par la détente des cours pétroliers internationaux et une demande mondiale en repli, l'année s'achève sur une trajectoire durablement baissière des prix à la pompe. Dès le 1er janvier, une baisse sera opérée, ouvrant ainsi la voie à un début 2026 sous le signe de l'optimisme pour les consommateurs comme pour les finances publiques. La nouvelle année démarre sous de bons auspices pour les automobilistes. Elle s'ouvre, en effet, sur une baisse des prix du carburant, qui entrera en vigueur dès le 1er janvier 2026. Tout indique que ce mouvement pourrait être d'ampleur, au point de ramener les prix à la pompe sous le seuil symbolique des 10 dirhams le litre. Une évolution qui alimente l'optimisme des consommateurs et conforte l'idée d'un répit durable sur le front énergétique. Pour Mostafa Labrak, directeur général d'Energysium Consulting et expert en énergie, la dynamique actuelle devrait se prolonger à court terme. «Cette baisse va continuer. Actuellement, nous sommes en période hivernale et la demande sur le pétrole n'est pas très importante par rapport, par exemple, au gaz naturel. Théoriquement, cette tendance baissière devrait se maintenir au moins durant les deux prochains mois», estime-t-il. 2025, l'année de la détente Dans ce contexte, l'année 2025 aura offert au marché marocain des carburants un répit aussi rare que bienvenu, par rapport aux deux années précédentes. Après plusieurs exercices marqués par la volatilité et les tensions sur les marchés énergétiques, les douze derniers mois se distinguent par une trajectoire globalement baissière des cours pétroliers et, par ricochet, par une évolution plus modérée des prix à la pompe. Une respiration qui s'est progressivement installée dans le paysage économique, redonnant un peu de visibilité aux consommateurs comme aux décideurs. La facture énergétique s'est également allégée. Sur le plan international, 2025 s'est inscrite sous le signe d'une détente progressive des prix du pétrole. En début d'année, le baril évoluait encore autour de 80 dollars, prolongeant les niveaux élevés hérités des années précédentes. Au fil des mois, la tendance s'est clairement inversée. Les cours ont glissé vers la zone des 65 $, avant de franchir ponctuellement le seuil psychologique des 60 $. Cette trajectoire baissière, parfois entrecoupée de légers rebonds techniques, reflète une évolution structurelle du marché mondial de l'énergie et marque l'un des traits dominants de l'année. Les causes de ce repli sont désormais bien identifiées. La première réside dans le ralentissement sensible de la demande mondiale. «L'année 2025 n'a pas été un exercice particulièrement dynamique pour l'économie internationale, avec une croissance en deçà des anticipations, notamment en Chine», a rappelé Labrak. Longtemps moteur de la consommation mondiale d'énergie, l'économie chinoise affiche désormais un rythme plus modéré. La transition progressive de son modèle économique, conjuguée à une adoption massive des véhicules électriques, a réduit significativement sa demande en carburants fossiles. Cette évolution, structurelle plus que conjoncturelle, a pesé lourdement sur l'équilibre du marché pétrolier. En parallèle, l'offre est restée particulièrement abondante. Les Etats-Unis ont intensifié leurs capacités de production, encouragés notamment par un environnement politique favorable à l'exploitation des hydrocarbures. Les pays de l'OPEP ont également revu leurs quotas à la hausse, cherchant à préserver leurs parts de marché dans un contexte de concurrence accrue. L'Arabie saoudite, la Russie et d'autres grands producteurs se sont inscrits dans une stratégie de défense commerciale, d'autant plus nécessaire que l'OPEP ne représente plus qu'environ la moitié de la production mondiale. Contrairement à ce que certains scénarios redoutaient, les tensions géopolitiques persistantes, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, n'ont pas provoqué de perturbations majeures des routes d'approvisionnement, limitant ainsi toute prime de risque sur les marchés. La facture énergétique en baisse Pour le Maroc, cette configuration internationale s'est traduite par une année globalement positive. Le pays n'a pas connu de flambées spectaculaires des prix à la pompe. Bien au contraire, la tendance observée a été celle d'un recul graduel et continu tout au long de l'année. Le gasoil, qui se vendait autour de 13 DH/L en début d'exercice, se situe aujourd'hui aux alentours de 10,60 à 10,65 DH. Une baisse non négligeable, qui a offert un soulagement tangible aux ménages et aux entreprises, particulièrement dans un contexte de pressions inflationnistes mondiales. Cette détente des prix a également eu des effets macroéconomiques positifs. «La facture énergétique du Maroc devrait enregistrer une baisse estimée entre 10% et 15% par rapport à l'année précédente. Cette évolution a contribué à une plus grande stabilité budgétaire, d'autant que les prévisions initiales du budget tablaient sur un baril à 80 $. Le différentiel favorable dégagé a permis de soutenir l'effort de financement des grands chantiers d'infrastructures et de renforcer les programmes de protection sociale engagés par le Royaume», précise Mostafa Labrak. Sur le plan intérieur, l'année 2025 a également été marquée par un suivi renforcé du marché des hydrocarbures. Le Conseil de la concurrence a poursuivi ses investigations sur les marges des distributeurs, en particulier celles des neuf grands opérateurs présents sur le marché. Les rapports publiés montrent que, malgré certains retards dans la répercussion des baisses internationales sur les prix domestiques, aucune exagération structurelle des marges n'a été relevée. Pour l'expert, ce rôle de régulation et de surveillance a contribué à renforcer la transparence du secteur et à apaiser un débat qui avait longtemps alimenté la controverse publique. Les perspectives pour 2026 apparaissent, à ce stade, plutôt favorables. Selon Mostafa Labrak, les prix des carburants au Maroc devraient continuer d'être orientés à la baisse, notamment en ce début d'année. Toutefois, l'évolution future dépendra largement des décisions de l'OPEP, dont la prochaine réunion pourrait marquer un tournant si l'organisation décide de réduire sa production pour soutenir les prix. Mostafa Labrak Expert en énergie «Cette baisse va continuer. Actuellement, nous sommes en période hivernale et la demande sur le pétrole n'est pas très importante par rapport, par exemple, au gaz naturel. Théoriquement, cette tendance baissière devrait se maintenir au moins durant les deux prochains mois.» Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO