L'année 2025 aura été, sans conteste, un exercice charnière pour la Bourse de Casablanca. Au-delà de la hausse impressionnante de ses principaux indices, c'est une transformation profonde qui s'opère, portée par des introductions en bourse historiques, une participation accrue du public et une activité transactionnelle en plein essor. Le défi restera de maintenir cette dynamique de croissance tout en renforçant la stabilité, la transparence et l'attractivité de la place financière marocaine à l'échelle internationale. Dans un contexte international encore marqué par l'incertitude monétaire, la remontée de l'inflation dans plusieurs économies et des tensions géopolitiques persistantes, la Bourse de Casablanca a livré en 2025 une performance remarquable, non seulement en termes de chiffres, mais aussi sur le plan structurel. Cette année boursière restera dans les annales comme un tournant, marquant une plus grande affirmativité de la place financière marocaine dans le paysage économique national et régional. Un MASI en forte progression L'indice principal de la Bourse de Casablanca, le MASI (Moroccan All Shares Index), a terminé l'année 2025 autour de 18.846 points, affichant une progression annuelle de près de +27% par rapport à 2024. Cette hausse robuste s'appuie sur une série de jalons symboliques franchis tout au long de l'année, notamment le dépassement temporaire du cap des 20.000 points, une première notable qui a galvanisé les investisseurs locaux et internationaux. La dynamique haussière était, en effet, déjà visible dès le premier trimestre. Le MASI avait progressé de plus de 20% au 31 mars 2025, témoignant d'un début d'année particulièrement vigoureux, confirmant une dynamique haussière soutenue qui s'est prolongée sur les 247 séances de cotation de l'année. Et pour cause, l'année 2025 a été marquée par une succession de pics historiques pour l'indice MASI, traduisant un optimisme croissant des investisseurs et une tendance haussière bien ancrée. Au début de l'année, le MASI avait déjà entamé sa trajectoire ascendante en franchissant successivement les niveaux-clés des 17.000 puis des 18.000 points. En août 2025, le MASI a atteint un plus haut historique au-dessus de 20.000 points, un seuil symbolique qui n'avait plus été vu depuis plusieurs années et qui a souligné la vigueur de la tendance haussière. Plus tard dans l'année, en octobre, l'indice s'est hissé à plus de 18.927 points, illustrant une dynamique robuste malgré les corrections ponctuelles. D'autres données de marché font également état de niveaux proches de 19.634 points fin juillet, une performance qui, à ce moment de la saison estivale, témoignait de la résilience du marché action. C'est dire que 2025 a été une année d'intensification du mouvement haussier, portée par l'appétit des investisseurs pour les actions marocaines et une liquidité retrouvée. Capitalisation et volumes, la preuve d'un marché plus dense Au terme des 12 mois échus, la capitalisation boursière dépasse désormais largement la barre symbolique du billion de dirhams, avec une concentration notable autour des principales valeurs cotées. Parmi les dix premières capitalisations, on trouve Attijariwafa bank en tête, suivie de sociétés comme Itissalat Al-Maghrib, Managem, SODEP-Marsa Maroc et BCP. L'activité transactionnelle s'est également intensifiée tout au long de l'année, avec des séances où les volumes globaux ont atteint plusieurs milliards de dirhams. Un marché primaire revitalisé Mais, l'une des tendances les plus significatives de 2025 a été le retour en force du marché primaire. Trois introductions en bourse ont ainsi particulièrement marqué l'exercice. S'il faut le rappeler, il s'agissait de Vicenne, qui a levé près de 500 millions de dirhams lors de son IPO estivale, Cash Plus, fintech spécialisée dans les services de paiement, dont l'introduction a été sous souscrite jusqu'à 64 fois, établissant un record de participation pour une IPO à Casablanca, mais aussi SGTM (Société générale des travaux du Maroc), dont l'offre a suscité un engouement exceptionnel avant sa cotation en décembre. Ces opérations ont non seulement apporté de nouvelles liquidités au marché, mais ont aussi élargi le panel de secteurs représentés par des entreprises orientées vers la croissance et l'infrastructure. Des secteurs moteurs... et d'autres en difficulté Sur le front sectoriel, certains compartiments ont surperformé de manière spectaculaire en 2025. L'indice des Ingénieries et biens d'équipement industriels s'est imposé comme le grand gagnant de l'année, avec une envolée de 255,52 %, confirmant l'intérêt croissant des investisseurs pour les valeurs industrielles à forte dimension technique. Le secteur des mines a, lui aussi, enregistré une progression significative de 99,02%, porté par la bonne tenue des cours internationaux et par la performance opérationnelle de plusieurs opérateurs du secteur. L'industrie pharmaceutique a également signé une année exceptionnelle, avec une hausse de 94,33%, traduisant le renforcement de la place des laboratoires marocains dans la chaîne de valeur régionale. Dans le même temps, plusieurs secteurs ont connu des performances plus mitigées, voire négatives. Le secteur du transport a accusé un repli de 17,5%, en lien notamment avec un contexte d'exploitation moins favorable. La chimie a reculé de 14,23 %, tandis que les sociétés de placement immobilier ont enregistré une baisse de 10,11 %, traduisant les effets d'un environnement plus contraignant pour les activités liées aux actifs immobiliers cotés et aux revenus locatifs. Valeurs vedettes et variations individuelles Plusieurs titres se sont distingués par leurs performances individuelles, reflétant l'hétérogénéité des comportements boursiers au sein de la cote. Stroc Industrie a réalisé la plus forte progression de l'année, avec une hausse spectaculaire de 482,64% pour atteindre 245 dirhams. Elle est suivie de Stokvis Nord Afrique, dont le titre a grimpé de 474,22% à 94 dirhams, et de Fenie Brossette, qui a enregistré une progression de 258,43% à 381,55 dirhams. S2M a, pour sa part, évolué de 148,94% pour s'établir à 585 dirhams, tandis que Sonasid a signé une hausse de 126,34% à 2.227 dirhams. À l'opposé, certaines valeurs ont terminé l'exercice en territoire négatif. SNEP a reculé de 19,33% pour s'établir à 480 dirhams, tandis que CTM a cédé 17,5% à 905 dirhams. Mutandis a enregistré une baisse de 17,76% à 250 dirhams, alors qu'Aradei Capital a vu son titre reculer de 12,49% à 420 dirhams. M2M Group a également terminé l'année en baisse de 12,12% à 464,90 dirhams. Cette diversité de trajectoires boursières rappelle que la performance globale du marché masque des réalités différenciées selon les secteurs et les stratégies d'entreprise. Signes de maturité et perspectives Au-delà des chiffres, la période 2024 2025 peut être considérée comme une phase de consolidation et de maturité du marché marocain des capitaux. L'amélioration de la liquidité, la diversification des titres cotés et l'élargissement de la base d'investisseurs sont des indicateurs encourageants. Cependant, certains observateurs mettent en garde contre une possible surchauffe du marché, notamment en raison de valorisations qui pourraient sembler déconnectées de la réalité économique de certaines entreprises cotées ou du PIB national. À l'aube de 2026, plusieurs facteurs seront donc à surveiller, à commencer par l'évolution des conditions monétaires internationales, la capacité du marché à attirer des investisseurs étrangers, et la poursuite des efforts pour diversifier l'offre de produits financiers (y compris via le développement de produits dérivés et de services innovants). Dans une déclaration accordée dans notre édition du 31 décembre, à Les Inspirations ECO, l'expert financier Farid Mezouar soulignait que «l'année 2025 est un excellent cru pour la Bourse de Casablanca». Selon le directeur exécutif de FLM Markets, cette performance «s'explique par un triple effet : la détente monétaire engagée au Maroc, le rebond des résultats des entreprises cotées et une prime de risque perçue en baisse par les investisseurs, aussi bien locaux qu'étrangers». Il met cependant en garde contre un excès d'euphorie. «Certains secteurs ont bénéficié d'un effet d'entraînement parfois déconnecté des fondamentaux. Il faudra veiller à un rééquilibrage progressif et à une régulation efficiente du marché secondaire», ajoute-t-il. MASI : 1,30% de progression en décembre 2025 La Bourse de Casablanca a clôturé le mois de décembre 2025 sur une note positive, son indice principal, le MASI, gagnant 1,30% à 18.846,35 points (pts). Le MASI 20, indice regroupant les 20 valeurs les plus liquides, a reculé de 2,06% à 1.485,65 pts et le MASI ESG, indice des entreprises ayant la meilleure notation ESG publié par Moody's ESG Solutions, a cédé 0,56% à 1.251,53 pts. Pour sa part, le MASI Mid and Small Cap, qui mesure la performance des petites et moyennes entreprises cotées à la Bourse de Casablanca, a progressé de 2,43% à 1.841,48 pts. Côté secteurs, les plus forts replis ont été enregistrés par les indices «Santé» (-12,85%), «Ingénieries et biens d'équipement Industriels» (-11,03%) et «Immobilier» (-7,52%). À l'inverse, les secteurs «Services financiers et autres financières» (+23,71%), «Bâtiment et matériaux de construction» (+10,70%) et «Sociétés de portefeuilles – holdings» (+7,61%) ont réalisé les meilleures performances. Les échanges ont atteint 29,86 milliards de dirhams (MMDH) sur la période, dont 16,09 MMDH réalisés sur le marché central et 7,45 MMDH sur le marché de blocs. Ils ont été dominés par les transactions sur SGTM avec une part de 29,22%, SODEP-Marsa Maroc (7,70%) et Attijariwafa bank (7,46%). La capitalisation boursière a, quant à elle, atteint plus de 1.040,70 MMDH. Aux valeurs individuelles, les plus fortes hausses ont été affichées par SGTM (+117,86% à 915 DH), SMI (+49,47% à 4.100 DH), Cash Plus (+53,50% à 307 DH), Lesieur Cristal (+24,14% à 360 DH) et BMCI (+21,15% à 630 DH). Les plus fortes baisses ont été accusées par Involys (-22,52% à 182 DH), Stokvis Nord Afrique (-18,26% à 94 DH), Salafin (-14,24% à 530 DH), Vicenne (-13,98% à 449,90 DH) et Akdital (-12,59% à 1.180 DH).