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Textile : produire à proximité… jusqu'à quand ?
Publié dans Les ECO le 05 - 01 - 2026

Face à la montée en puissance des pure players chinois (Shein, Temu, AliExpress) sur le marché européen, le nearshoring, plébiscité par les industriels du textile, s'impose-t-il de moins en moins comme une option pour les donneurs d'ordre ?
Les jours du nearshoring sont-ils désormais comptés ? Né en pleine parenthèse Covid, ce régime de production, plébiscité par les industriels du textile, a été, rappelons-le, dicté par les tensions ayant frappé les chaînes d'approvisionnement.
Cette contrainte logistique incite les donneurs d'ordre (Inditex, H&M...) à déplacer une partie de leur activités vers des pays voisins, sans pour autant rapatrier leurs confections dans le périmètre, en l'occurence, européen. Une séquence confortée par la guerre en Ukraine qui entraine l'Europe dans une crise énergétique, accentue l'écart tarifaire avec les pays-usines du textile, et pousse les donneurs d'ordre à renoncer, du moins à court terme, à toute velléité d'autonomie.
Portée par une demande massive de vêtements d'entrée et milieu de gamme, l'industrie a privilégié, ces dernières années, une cadence plus relevée, adossée aux impératifs de réactivité et à la nécessité de réduire les stocks au strict nécessaire.
Cette réorganisation profite aux fournisseurs méditerranéens de proximité, notamment au Maroc, qui capte une part croissante des commandes européennes à la faveur de la «relocalisation de proximité» (nearshoring), régulièrement invoquée dans la rhétorique industrielle.
En 2024, les importations de l'Union européenne en textiles depuis le Royaume ont atteint 2,9 milliards d'euros, soit 11,6% des achats européens. La dynamique s'appuie sur quelques marchés pivots, l'Espagne en tête, qui absorbe 47,7% des exportations textiles. Elle repose aussi sur un tissu productif structuré, tourné vers l'export, capable de livrer vite et en petites séries. Le secteur, qui revendique 227.500 emplois en 2024 et 4,3 milliards de dollars d'exportations, pèse autour de 15% du PIB industriel du pays.
«Le Maroc mise sur sa proximité logistique avec l'Europe pour séduire des donneurs d'ordre en quête de réactivité. Mais cet atout ne fait plus la différence», redoute Redouane Lachgar, consultant en stratégie industrielle. Pour cet expert, le nearshoring serait mis en péril, fragilisé par la montée en puissance des pure players asiatiques.
Illusion stratégique
«Depuis plusieurs années, le nearshoring s'est imposé comme une évidence stratégique pour l'industrie de la mode. Proximité géographique, réduction des délais, baisse de l'empreinte carbone, résilience des chaînes d'approvisionnement, tout semblait plaider en faveur d'un recentrage vers l'Europe du Sud, la Méditerranée et le Maghreb», renchérit Lachgar.
Mais, cette lecture, prévient il, se heurte à l'évolution des importations américaines et européennes. «L'Asie ne recule pas en dépit des restrictions douanières imposées par l'administration américaine».
Les dernières données d'importations américaines d'habillement, sur la période allant de janvier à septembre 2025, semble en tout cas appuyer cette tendance. La Chine recule de 29,9%, un reflux qu'il juge trompeur tant il s'accompagnerait d'un repositionnement vers l'Europe, tandis que le Vietnam progresse de 13,7%, l'Inde de 12,8%, le Bangladesh de 18,6% et le Cambodge de 28,5%.
En revanche, les pays traditionnellement associés au nearshoring affichent des trajectoires plus préoccupantes. Le Maroc en retrait de 16%, la Turquie, elle, recule de 6,6%, quand la Tunisie avance de 8,2% et l'Egypte.
«La proximité géographique seule ne suffit plus. Car l'Asie parvient à compenser les droits de douane et la hausse des salaires par des gains massifs de productivité, une intégration technologique plus avancée et une maîtrise totale des volumes», explique Redouane Lachgar.
Une leçon et un avertissement, à ses yeux, pour le Royaume. «La souveraineté du secteur textile marocain ne se jouera plus sur le coût du produit, mais plutôt dans la maîtrise de la technologie. Les marques marocaines doivent passer du rôle d'exécutant industriel à celui d'acteur digital global, capable de vendre sa créativité, ses conceptions grâce aux algorithmes, aux plateformes».
Dépendance structurelle
Côté européen, les importations d'habillement en provenance d'Asie progressent de manière assez nette. Selon les statistiques d'Eurostat, la Chine gagne 7,2%, le Vietnam de 10,7%, l'Inde de 8,8 %, le Bangladesh de 9,5% et le Cambodge de 16,1%. Fortune diverses pour les pays du versant méditerranéen. Si le Maroc a tiré son épingle du jeu en enregistrant sur la même fenêtre une legère baisse de 0,2%, la Turquie recule de 11,2%, et Tunisie en retrait de 3,3%, tandis que l'Egypte se distingue encore avec une hausse de 18,8%.
«Malgré les discours sur les tentatives de relocalisation, la dépendance européenne vis-à-vis de l'Asie demeure structurelle», souligne cet expert.
La Chine redirigerait une partie de ses flux vers l'Europe pour amortir le ralentissement américain, ce qui accentue la pression concurrentielle sur les pôles méditerranéens de production. Dans une perspective plus large, ce jeu d'à-coups tarifaires illustre une dissonance fondamentale dans l'économie mondiale du textile. Au moment où les grandes puissances brandissent le protectionnisme comme une politique de renouveau industriel, la réalité des chaînes d'approvisionnement montre une forte inertie structurelle.
Aux Etats-Unis, malgré des hausses de droits de douane sans précédent qui portent le taux moyen appliqué sur les importations à près de 18–20%, l'importation de vêtements continue de croître (+1,7% à fin septembre 2025), tant la demande intérieure reste insensible aux tentatives de remobilisation de la production locale.
«La politique protectionniste décrétée cette année par Donald Trump ne semble pas efficace ; certes, le taux de progression des importations ralentit, mais il continue à être positif, car l'industrie américaine n'est pas compétitive pour satisfaire une demande massive de vêtements à bas coût», résume dans une récente publication Jean-François Limantour, figure reconnue du secteur textile-habillement à l'international.
Fort de ce constat, le protectionnisme n'affecte pas la géographie de la production, plus qu'il ne réoriente les arbitrages de sourcing, au prix d'une mise en concurrence extrême entre fournisseurs.
Redouane Lachgar
Consultant en stratégie industrielle
«La souveraineté du secteur textile marocain ne se jouera plus sur le coût du produit, mais plutôt dans la maîtrise de la technologie. Les marques marocaines doivent passer du rôle d'exécutant industriel à celui d'acteur digital global, capable de vendre sa créativité, ses conceptions grâce aux algorithmes, aux plateformes»
Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO


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