La digitalisation du secteur halieutique franchit un cap décisif au Maroc. Avec 68 marchés de vente de poissons désormais connectés sur un total de 76, l'Etat consolide une réforme de fond visant à renforcer la transparence des transactions, la traçabilité des produits et la durabilité des ressources, tout en s'appuyant sur des outils numériques pour mieux réguler le marché national. La digitalisation n'est plus un chantier expérimental dans le secteur halieutique. Elle s'impose désormais comme un pilier structurant de la gouvernance des pêcheries et de l'organisation des marchés. En annonçant que 68 marchés de vente de poissons sur 76 sont aujourd'hui digitalisés, la secrétaire d'Etat chargée de la Pêche maritime, Zakia Driouich, a mis en lumière l'ampleur d'une transformation engagée depuis plus d'une décennie et désormais entrée dans une phase de maturité opérationnelle. Des marchés de première vente sous contrôle numérique Au cœur de cette mutation se trouvent les marchés de première vente, maillon clé de la chaîne de valeur halieutique. Le déploiement de systèmes numériques au sein de ces infrastructures vise un objectif central, consistant à garantir la transparence des transactions et la traçabilité des produits au bénéfice des acheteurs comme des autorités de régulation. La dématérialisation des opérations permet de mieux encadrer les volumes débarqués, les prix pratiqués et les flux de commercialisation, tout en réduisant les zones d'opacité historiquement associées à l'intermédiation. Cette logique de traçabilité dépasse largement l'espace des halles. Elle s'étend en amont, directement sur les zones de pêche, grâce au suivi satellitaire de l'ensemble des navires opérant dans les eaux marocaines. À cela s'ajoute l'utilisation de la technologie RFID, qui permet d'identifier les bateaux légalement autorisés et de renforcer la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. La digitalisation devient ainsi un outil de souveraineté halieutique, au service de la préservation des ressources. Une transformation systémique du secteur L'approche retenue par les pouvoirs publics se veut globale. Les outils numériques irriguent désormais la recherche scientifique, l'élaboration des plans d'aménagement, la gestion des moyens de production et le système de commercialisation des produits de la mer. Cette cohérence d'ensemble s'inscrit dans la continuité du plan Halieutis, lancé en 2009. Celui-ci a progressivement introduit la transition numérique comme levier de modernisation du secteur, notamment à travers la dématérialisation des procédures d'exportation et le traitement électronique des données. Au-delà de la performance administrative, cette évolution structurelle vise à mieux aligner exploitation économique et durabilité des pêcheries. La donnée devient un outil d'aide à la décision, permettant d'ajuster les politiques publiques aux réalités biologiques, économiques et climatiques. Prix du poisson : régulation, arbitrages et marché intérieur Interrogée sur la hausse des prix du poisson, Zakia Driouich a rappelé que ceux-ci restent soumis à la loi de l'offre et de la demande. Les niveaux observés demeurent, selon elle, relativement raisonnables au regard de contraintes bien identifiées : conditions climatiques, coûts des sorties en mer, exigences de la chaîne du froid et marges des intermédiaires. Dans ce contexte, l'Etat entend jouer un rôle d'arbitre. La décision d'interdire l'exportation de la sardine congelée à compter du 1er février s'inscrit dans cette logique de sécurisation du marché national, tout comme les initiatives spécifiques prévues durant le mois de Ramadan pour garantir l'approvisionnement en poisson congelé. Ces mesures traduisent une volonté de concilier ouverture à l'export et protection du pouvoir d'achat local. En filigrane, la digitalisation apparaît comme le socle d'une stratégie axée sur la durabilité des pêcheries. Préservation des ressources, renforcement des mécanismes de contrôle, modernisation des infrastructures de commercialisation et mise à niveau des marchés locaux forment un ensemble cohérent. À travers le numérique, le secteur halieutique marocain cherche moins à se réinventer qu'à se structurer durablement, en inscrivant la transparence et la régulation au cœur de son modèle économique.