La région prépare un programme de 22 milliards de dirhams sur dix ans pour contrer les effondrements récurrents. Le partenariat avec les ministères concernés cible la «ceinture noire» et opère une distinction technique entre la restauration du tissu historique et l'éradication des constructions périphériques anarchiques, identifiées comme foyers de risques majeurs. La multiplication des effondrements d'immeubles à Fès ne relève plus du fait divers isolé mais d'une crise structurelle profonde qui impose une refonte totale de la gestion urbaine. La capitale spirituelle subit de plein fouet les conséquences d'une urbanisation désordonnée où chaque saison pluviale ravive le spectre des drames humains. Face à la récurrence de ces incidents tragiques, la région collabore actuellement avec les ministères concernés pour finaliser un programme d'envergure. Le plan mobilise une enveloppe budgétaire de 22 milliards de dirhams étalée sur dix ans. L'objectif consiste à sécuriser le tissu bâti en traitant les causes profondes de la précarité, qu'elle soit historique ou anarchique. La spirale des effondrements et l'urgence de 5.000 relogements La démolition récente de l'immeuble «Titanic», au quartier Sidi Boujida, symbolise la gravité de la situation. La répétition des écroulements dans l'agglomération révèle les failles des mécanismes de contrôle et la saturation des dispositifs de prévention classiques. Les précipitations agissent comme un révélateur impitoyable des fragilités structurelles et transforment des quartiers entiers en zones à risque imminent. La stratégie en cours de préparation ne se limite pas à des interventions ponctuelles mais vise une éradication systématique de l'habitat insalubre. Le programme prévoit la constitution d'un stock de sécurité d'au moins 5.000 logements. Ces unités serviront à accueillir en urgence les ménages évacués pour éviter que la précarité immobilière ne se solde par des pertes humaines supplémentaires. Une distinction vitale entre patrimoine dégradé et anarchie meurtrière L'analyse technique du bâti impose une distinction claire entre deux typologies de risques souvent confondues. La première concerne l'ancienne médina de Fès où des bâtiments historiques souffrent de vétusté et nécessitent des restaurations complexes régies par la loi 12-94. La seconde catégorie représente toutefois le danger le plus immédiat et le plus mortel. Il s'agit des constructions situées dans les nouveaux quartiers périphériques érigés de manière anarchique. Ces immeubles récents ne respectent aucune norme d'ingénierie et résultent souvent d'ajouts d'étages illégaux sur des fondations insuffisantes. Les experts pointent ces structures périphériques comme étant les principales responsables des décès récents dus aux effondrements. Le traitement de ces deux problématiques exige des approches différenciées alliant préservation pour la médina et démolition sécuritaire pour les extensions illicites de la ceinture noire. Un investissement de 22 MMDH pour combler le déficit structurel L'ampleur du financement requis témoigne de la dimension du chantier. Le montant de 22 MMDH dépasse largement les capacités financières des collectivités territoriales et nécessite l'intervention directe de l'Etat. L'engagement financier vise à couvrir les opérations de démolition, la reconstruction et surtout le relogement des populations affectées sur une décennie. La problématique financière constituait jusqu'alors un frein majeur à l'exécution des décisions d'évacuation. Le retard pris dans la mobilisation des fonds a souvent laissé des familles dans des immeubles menaçant ruine malgré l'existence d'arrêtés municipaux. Le nouveau programme ambitionne de synchroniser la disponibilité budgétaire avec les impératifs techniques pour briser l'inertie administrative observée par le passé. 49.000 recensements nationaux et 780 dossiers prioritaires Les données officielles mettent en lumière l'écart entre la délivrance des autorisations et la réalité des chantiers. L'Agence chargée de la rénovation urbaine a mené plus de 49.000 opérations de recensement au niveau national depuis 2022 et les expertises concluent à la nécessité de démolir près de 15.000 bâtiments. À Fès, la situation est critique avec des dossiers en souffrance liés au non-respect des plans initiaux. Des bénéficiaires de programmes de relogement antérieurs ont transformé illégalement des maisons R+2 en tours instables. Un programme complémentaire cible actuellement le relogement urgent de 780 familles occupant des sites à haut risque. La mise en place de commissions spéciales et d'un fonds dédié aux propriétaires défaillants doit permettre d'accélérer les procédures avant que les prochaines pluies ne provoquent de nouvelles tragédies. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO