Entaché d'illégalité, le marché des paris en ligne, longtemps toléré par les autorités, tombe désormais sous le coup d'une ordonnance en référé. À Casablanca, le tribunal de commerce ordonne aux trois opérateurs télécoms nationaux de couper l'accès aux principaux bookmakers. 1xBet se trouve dans une situation pour le moins paradoxale. Sponsor officiel de la Coupe d'Afrique des Nations 2025, la plateforme de paris en ligne, qui s'affiche fièrement sur les panneaux le long de la ligne de touche, vient d'être déclarée indésirable par le pays hôte de la compétition. Et pour cause, le juge des référés du tribunal de commerce de Casablanca a rendu, lundi dernier, une ordonnance exigeant des trois opérateurs télécoms nationaux de bloquer l'accès aux sites de paris sportifs opérant sans autorisation, dont Unibet, 1xBet ou encore Winamax, ainsi qu'à leurs sous-domaines, sous astreinte. Entachées d'illégalité de longue date, ces plateformes tombent ainsi sous le coup d'une ordonnance en référé. Si leur statut illicite était déjà établi, la décision vient sceller la mise à l'arrêt de ces activités qui échappaient jusque là aux radars des autorités. Elle intervient dans le sillage d'une action engagée par la Marocaine des jeux et des sports (MDJS), opérateur public chargé des paris sportifs et des jeux de pronostics, qui aurait assigné en justice les grands bookmakers, à l'instar de 1XBET, pour exercice illégal. Pics de fréquentations La reine des compétitions africaines s'impose comme l'un des grands rendez-vous sportifs mondiaux, derrière la Coupe du monde et l'Euro. À ce stade du tournoi, l'événement devient aussi un terrain de jeu pour les parieurs, des habitués aux joueurs occasionnels. Au-delà du seul registre du divertissement, les données issues des outils d'analyse d'audience font apparaître des pics de fréquentation, étroitement corrélés aux affiches les plus attendues, signe d'un intérêt accru pour les matchs à fort enjeu, et ce, à mesure que le tournoi se rapproche de son carré d'or. Avec la Coupe d'Afrique des Nations, les paris en ligne connaissent un regain d'activité. Sous des bannières aux couleurs de la compétition, les cotes sont bien mise en évidence, à l'instar des deux affiches phares du dernier carré (Maroc-Nigeria et Sénégal-Egypte). En quelques clics, l'utilisateur accède à une multitude de marchés et de paris dits «dérivés», prolongeant la rencontre bien au-delà du terrain. Les plateformes les plus fréquentées sont accessibles sur mobile, via des applications dédiées ou par un accès direct aux sites, parfois déclinés en sous-domaines. Pour gagner en visibilité et élargir leur audience, ces acteurs s'appuient sur un écosystème de producteurs de contenus, notamment des youtubeurs et influenceurs spécialisés dans les pronostics et les débriefings d'après-match. «En faisant la promotion de ces sites et en leur servant de relais, certains influenceurs s'exposent de fait à des poursuites», avertit un avocat qui requiert l'anonymat. Enjeu de souveraineté ? Derrière la dimension juridique, se cache un enjeu éminemment économique. L'éventualité de pouvoir bloquer ces sites de paris en ligne et de jeux, basés à l'étranger, constitue pour l'Etat une dimension de souveraineté. Selon nos sources, une partie des mises transite désormais en cryptomonnaies. Cette pratique contribue à asseoir le caractère illicite de plusieurs plateformes internationales de paris en ligne, qui acceptent les actifs numériques comme moyen de dépôt ou de retrait. Les transactions s'opèrent généralement via des portefeuilles intégrés ou des services tiers assurant la conversion entre cryptomonnaies et devises traditionnelles. C'est le cas, notamment, sur des sites non régulés tels que 1xBet, Stake.com ou Cloudbet, qui ont ainsi développé des passerelles crypto afin de capter des utilisateurs désireux de contourner les circuits bancaires traditionnels. Or, au Maroc, les cryptomonnaies ne sont pas reconnues comme moyen de paiement légal. L'Office des changes ne cesse d'ailleurs de marteler, au cours de ses différentes sorties médiatiques, que les actifs numériques ne peuvent se substituer au dirham. Et si, en théorie, les sites de jeux en ligne se prêtent aisément à des opérations de blanchiment, en particulier lorsque les flux transitent par des actifs numériques, l'interdiction des plateformes illégales répond aussi à une logique de contrôle ayant pour finalité de mieux canaliser les circuits financiers opaques et de préserver l'intégrité du système économique. Vide juridique En l'état actuel, les jeux et paris en ligne ne disposent d'aucun régime de licence ou d'encadrement spécifique qui permettrait aux sites de paris sportif d'opérer légalement au Maroc. Cette absence de réglementation implique que toute activité de pari en ligne, sans agrément explicite, est interprétée comme relevant d'une illégalité pénale, en vertu du cadre général des jeux et du Code pénal. Ainsi, toute activité de jeu sans autorisation légale est passible de sanctions, conformément aux articles 282 à 285 du Code pénal. Cette lacune juridique est précisément ce qui sert de fondement aux actions engagées pour faire obstacle aux plateformes de paris sportifs. Toutefois, le secteur demeure structuré autour d'opérateurs publics, dont la Marocaine des jeux et des sports, opérateur public chargé des paris sportifs et des jeux de pronostics via un réseau de points de vente agréés. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO