La flambée des cours du cuivre et le manque d'infrastructures de recyclage pèsent sur l'activité des dinandiers. A Fès, ville qui comptait historiquement plus de cent unités dédiées à cette branche artisanale, les représentants de la filière réclament la création d'unités de transformation locales et l'accélération du transfert vers la zone d'activité Ain Nokbi pour assurer la pérennité du métier. Le secteur de l'artisanat à Fès traverse actuellement une zone de turbulence marquée par une hausse significative du coût des matières premières. L'Association marocaine du rayonnement des cuivres, présidée par Redouane Laaroussi, alerte les pouvoirs publics et l'opinion nationale sur la situation délicate des dinandiers. Les professionnels du secteur dénoncent une structure de prix qu'ils jugent déconnectée des réalités boursières internationales et pointent du doigt des dysfonctionnements internes menaçant la pérennité d'un savoir-faire historique. Un communiqué diffusé récemment par l'organisation professionnelle met en lumière plusieurs facteurs techniques et structurels expliquant le recul de l'activité. Un kilogramme de cuivre rouge à plus de 200 dirhams La première préoccupation soulevée par les représentants de la filière concerne l'évolution tarifaire du métal. Les données communiquées font état d'un prix du cuivre jaune, ou laiton, atteignant désormais 170 dirhams le kilogramme. Le cuivre rouge franchit, pour sa part, la barre symbolique des 200 dirhams le kilogramme. L'association qualifie l'augmentation d'injustifiée et l'attribue à des pratiques de stockage et de monopole exercées par certains grands commerçants. Ces derniers sont accusés d'appliquer des hausses sur des stocks constitués antérieurement sans corrélation directe avec les fluctuations minimes observées sur les marchés boursiers mondiaux. La répercussion sur les petits artisans est immédiate car ils se trouvent dans l'incapacité d'acquérir la matière nécessaire au maintien de leur production quotidienne. L'organisation professionnelle sollicite une intervention de l'Etat pour plafonner les prix et subventionner le cuivre destiné aux artisans. Déficit de compétitivité face aux importations à bas coût Le renchérissement des intrants impacte directement la position concurrentielle du produit artisanal marocain sur le marché national. Les professionnels notent une invasion des étals par des articles étrangers, notamment en provenance de Chine, de Turquie et d'Inde. Ces produits importés sont manufacturés à moindre coût et proposés à des tarifs inférieurs, ce qui détourne le consommateur des créations locales. Le témoignage des artisans met également en exergue un paradoxe industriel nuisible à l'économie nationale. Le Maroc continue d'exporter ses déchets de cuivre à bas prix tout en réimportant le produit fini ou la matière première à des coûts élevés. Les professionnels expriment aussi des réserves sur la politique douanière, qui applique des taxes sur les matières premières importées (35%) et sur les produits finis exportés (35%). Cette «double imposition» affecterait la compétitivité des artisans marocains sur les marchés internationaux selon les représentants de la filière. La protection du marché local et la révision de la fiscalité douanière constituent des revendications centrales pour endiguer la perte de parts de marché. Inexistence d'infrastructures de recyclage et urgence de la zone Ain Nokbi Le tissu productif local souffre par ailleurs d'un manque d'infrastructures de transformation. Fès ne dispose plus aujourd'hui d'ateliers de traitement des métaux alors que la ville comptait historiquement plus de cent unités dédiées à cette activité. L'absence d'usine nationale de recyclage contraint les artisans à dépendre des importations ou des circuits commerciaux locaux. L'organisation professionnelle souligne un paradoxe économique qui consiste que le Maroc exporte ses déchets de cuivre à des tarifs réduits pour réimporter le produit fini à des coûts plus élevés. Cette incohérence de la chaîne de valeur affecte l'ensemble de la filière. Pour y remédier, l'association réclame la construction d'une usine nationale de recyclage du cuivre pour réduire la dépendance aux importations et valoriser les déchets métalliques sur place. Le volet logistique et immobilier figure aussi parmi les priorités absolues. Les représentants des artisans exigent l'accélération du transfert des activités de production vers la zone d'activités d'Ain Nokbi. Le maintien des ateliers de production au cœur de la Médina est jugé inadapté aux exigences modernes et aux normes de sécurité. L'appel est lancé aux autorités locales pour remettre les clés aux bénéficiaires inscrits sur les listes définitives et permettre ainsi un travail dans des conditions conformes aux normes professionnelles. Blocage administratif du label qualité et ultimatum de deux mois La sauvegarde de l'identité du produit artisanal face à la mécanisation représente le dernier axe de revendication. L'utilisation croissante du laser pour le dessin «Zwaq» menace les techniques manuelles traditionnelles comme le «Tkhram». Un dossier relatif à la création d'un label de qualité pour les produits de décoration avait été finalisé pour certifier l'origine et le mode de fabrication des pièces. L'administration impose toutefois un délai supplémentaire pour fusionner ce label avec celui des fabricants d'ustensiles de cuisine. Les dinandiers rejettent l'assimilation des objets d'art aux ustensiles de cuisson et considèrent la décision comme un frein au développement du secteur. Face à l'ensemble de ces blocages, l'association annonce l'intention d'organiser un sit-in ouvert dans un délai de deux mois si aucune mesure concrète n'est prise par la tutelle, la Chambre d'artisanat et les autorités régionales. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO