Les géants mondiaux de l'automobile aimeraient tourner rapidement la page de 2025, synonyme de mésaventures, en raison des surtaxes de Trump et de la concurrence chinoise. Dans ce contexte, l'industrie automobile marocaine a-t-elle été épargnée ? Décryptage. Les temps sont durs pour l'industrie automobile mondiale comme en témoignent les différents résultats publiés par les grands constructeurs. Le 19 février, c'était au tour du groupe français Renault de faire état de résultats contrastés pour son exercice 2025 : d'une part, des bénéfices en baisse – sans y inclure celles de son partenaire Nissan – et, d'autre part, une perte abyssale de 10,9 milliards d'euros, si l'on y inclut l'impact de son partenaire japonais Nissan. Avant Renault, d'autres constructeurs, à l'image de Ford ou encore de Mercedes-Benz, avaient également annoncé des bénéfices divisés quasiment par deux, voire des pertes. En un mot, plusieurs géants de l'industrie automobile mondiale vont mal, impactés par les surtaxes américaines, mais aussi par une très forte concurrence des véhicules électriques en provenance de la Chine. Dans ce contexte, les regards se tournent, dans le Royaume, vers l'industrie automobile locale, véritable fer de lance des exportations nationales depuis bientôt une décennie. Et sur ce point, le constat qui se dégage, en attendant les chiffres de l'ensemble de l'année 2025, est que les vents contraires à l'international ont eu un impact sur la course effrénée de l'industrie automobile marocaine, ou plutôt sur les exportations nationales dans ce secteur. Tendance baissière En effet, sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations du secteur automobile ont atteint environ 112,2 MMDH, soit une baisse d'environ 2,7% par rapport à la même période de 2024. Cette contraction modérée illustre un recul dans la sortie des véhicules complets produits localement, tout en mettant en lumière une meilleure résistance de certaines sous-familles industrielles. Dans le détail, le segment de la construction automobile (assemblage et véhicules finis) a souffert d'un recul plus marqué, chutant de près de 15%, à environ 43,1 MMDH, reflet d'une demande mondiale moins soutenue pour certains modèles montés au Maroc. Cette baisse a été partiellement compensée par la progression d'activités annexes telles que le câblage automobile (croissance d'environ 5%) et les composants intérieurs (+7% environ), confirmant la montée en puissance des chaînes d'approvisionnement locale. Fragilité ? D'ailleurs, sur plusieurs mois de l'année, les exportations ont également connu des phases de ralentissement plus nettes : au premier trimestre, les ventes de véhicules ont reculé d'environ 7,8%, avec une perte estimée à plus de 3 MMDH par rapport à la même période en 2024. Ces chiffres traduisent une certaine fragilité face aux cycles économiques internationaux et à la concurrence accrue sur certains segments. Malgré ces signes de ralentissement, l'industrie automobile demeure le premier secteur d'exportation du Maroc, souvent devant des secteurs traditionnels comme les phosphates ou l'agroalimentaire. En 2024, le secteur avait déjà généré des exportations record avoisinant 157 MMDH, positionnant le Royaume comme un exportateur majeur sur la scène internationale. Cette performance structurelle s'appuie sur des implantations industrielles conséquentes, une intégration croissante des fournisseurs locaux et une diversification des segments exportés, allant du véhicule complet aux pièces techniques. D'ailleurs, l'on se rappelle de ces importantes annonces de Renault sur le renforcement de son dispositif de production au Maroc, en mettant notamment le cap sur l'électrique au cours des prochaines années. Les implantations se poursuivent malgré un contexte international difficile En 2025, l'industrie automobile marocaine a continué d'attirer des acteurs majeurs qui renforcent son rôle de plateforme industrielle incontournable. Les deux grands constructeurs historiques — Renault Group à Tanger et Stellantis à Kénitra — demeurent les piliers du secteur, avec des sites en pleine expansion : Stellantis planifie également d'augmenter significativement la capacité de production de son usine de Kénitra, notamment pour les véhicules électriques compacts. Autour de ces hubs, s'est constitué un vaste réseau d'équipementiers internationaux. Le chinois Lingyun Industrial a annoncé l'implantation de deux usines de pièces automobiles à Tanger, dédiées aux tuyaux et aux structures de carrosserie pour des marques mondiales. Dans le même esprit, Tianyouwei Electronics Morocco Co. s'est installé avec un investissement de plus de 65 millions d'euros pour produire des tableaux de bord électroniques et des systèmes embarqués pour véhicules intelligents. À Tanger, des fournisseurs comme Valeo, Aptiv, Yazaki, Denso et Leoni sont déjà actifs, tandis que des équipementiers européens tels que Saint-Gobain, ou des acteurs spécialisés, ouvrent des sites à Casablanca et Kénitra, élargissant l'écosystème industriel. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO