Cinq décrets, cinq sociétés anonymes dédiées à la gestion des équipements sportifs. Tanger, Casablanca, Fès, Marrakech et Agadir sont désormais dotées d'entités de droit privé au capital de 20 millions de dirhams chacune, associant l'Etat, les collectivités territoriales et la fédération de football. Objectif : professionnaliser la gestion des infrastructures à l'approche de la Coupe du monde 2030, et au-delà. C'est un signal fort envoyé aux acteurs du sport et aux investisseurs. Cinq sociétés anonymes régionales dédiées aux infrastructures sportives viennent de voir le jour. Officialisées par une série de décrets parus au Bulletin officiel n° 7486 du 26 février 2026, signés par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et contresignés par la ministre de l'Economie et des finances, Nadia Fettah, ces textes donnent naissance à TangerRegionSport SA, CasaRegionSport SA, FesRegionSport SA, MarrakechRegionSport SA et AgadirRegionSport SA. Conformément à l'article 2 de chaque décret, ces textes sont entrés en vigueur dès leur publication au Bulletin officiel. Les cinq sociétés sont donc juridiquement constituées et peuvent commencer leurs opérations. Reste à mettre en place les équipes de direction, à organiser la transition avec les modes de gestion antérieurs et à lancer les premiers chantiers de modernisation. Un capital de 20 millions, un actionnariat partagé Chacune de ces nouvelles structures adopte la forme de société anonyme, avec un capital social fixé à 20 millions de dirhams. La répartition des actions, identique pour les cinq sociétés, dessine un partenariat original entre l'Etat central, les collectivités territoriales, le monde universitaire sportif et les municipalités. L'Etat, représenté par le ministère de l'Economie et des finances, détient la majorité avec 10 millions de dirhams, soit 50% du capital. La région concernée – Tanger-Tétouan-Al Hoceïma pour Tanger, Casablanca-Settat pour Casablanca, Fès-Meknès pour Fès, Marrakech-Safi pour Marrakech, Souss-Massa pour Agadir – contribue à hauteur de 4,5 millions de dirhams, soit 22,5% du capital. La Fédération royale marocaine de football (FRMF) apporte 3,5 millions de dirhams, représentant 17,5% des parts. Enfin, la commune concernée participe avec 2 millions de dirhams, soit 10% du capital. Cette architecture actionnariale traduit la volonté d'associer étroitement l'ensemble des parties prenantes à la gestion des infrastructures sportives, dans un cadre de droit privé offrant souplesse et réactivité. Une réponse aux défis de la Coupe du monde 2030 Les exposés des motifs des cinq décrets, rédigés en termes rigoureusement identiques, révèlent la cohérence d'une stratégie nationale longuement mûrie. Le Maroc s'est engagé depuis plusieurs années dans une politique ambitieuse de développement du sport et de modernisation de ses infrastructures. L'objectif est de faire du sport «un moteur essentiel de la cohésion sociale, du rayonnement international et de la dynamique économique». Chaque région concernée dispose déjà d'un patrimoine sportif considérable, qu'il s'agisse d'équipements existants ou en cours de modernisation. Complexes sportifs, salles couvertes, stades de proximité, espaces polyvalents destinés aux disciplines émergentes constituent un maillage dense mais exigeant. Ces infrastructures, souvent réalisées grâce à d'importants investissements publics, nécessitent une gestion, une maintenance et une valorisation optimales pour garantir leur pérennité et maximiser leurs retombées socio-économiques et territoriales. L'échéance de 2030, avec l'organisation de la Coupe du monde, agit comme un puissant accélérateur. Les exigences de la FIFA en matière de qualité, de sécurité et de fonctionnalité des stades imposent un saut qualitatif dans la gestion des équipements. La création de ces sociétés répond à ce défi en dotant le pays de capacités et de technologies pointues dans la gestion, l'entretien et la valorisation des infrastructures sportives. Des missions élargies au service du sport et du territoire Le champ de compétences confié à ces nouvelles sociétés est volontairement large, à la mesure des ambitions affichées. Dans leur ressort territorial respectif, elles sont chargées de la gestion, de l'exploitation, de l'entretien et de la valorisation de l'ensemble des infrastructures sportives relevant de la région concernée, en particulier celles liées à l'organisation de la Coupe du monde 2030. Elles doivent également exécuter des programmes de mise à niveau et de modernisation conformément aux normes internationales de qualité, de sécurité et de développement durable. Un cahier des charges exigeant qui suppose une expertise technique de haut niveau et une capacité à mobiliser des financements adaptés. Au-delà de ces missions strictement sportives, les sociétés sont habilitées à développer des activités économiques complémentaires. Commercialisation des espaces publicitaires, vente de billets numériques, organisation d'événements sportifs, location d'espaces pour des activités culturelles ou commerciales, exploitation de restaurants et de salles institutionnelles figurent parmi les leviers de valorisation économique des infrastructures. Enfin, une mission de promotion des sports les plus populaires, notamment le football de proximité, leur est confiée. Il s'agit de créer des passerelles avec les clubs locaux, les écoles, les associations sportives et la jeunesse des régions concernées, pour faire des infrastructures des lieux de vie et de pratique accessibles à tous. Un outil de financement moderne et flexible Les décrets soulignent avec insistance que la création de ces sociétés répond aux exigences d'efficacité, de transparence professionnelle et de traçabilité. Le choix du statut de société anonyme n'est pas anodin. Il offre un cadre juridique souple, permettant une gestion plus réactive que celle d'un établissement public ou d'une régie. Surtout, il ouvre la voie à des modes de financement innovants. À terme, ces entités pourront ouvrir leur capital à des investisseurs privés, émettre des obligations ou recourir à d'autres instruments financiers pour soutenir le développement des infrastructures sportives. Une capacité de mobilisation de ressources que ne permettrait pas une gestion purement administrative. La présence de l'Etat au capital, à hauteur de 50%, garantit néanmoins un contrôle public sur les orientations stratégiques, tandis que l'association des collectivités territoriales et de la FRMF assure un ancrage territorial et une expertise technique. Maillage territorial et gouvernance Le choix des cinq régions – Tanger, Casablanca, Fès, Marrakech et Agadir – répond à une logique à la fois sportive, économique et touristique. Ces territoires concentrent les principales infrastructures sportives du pays et sont appelés à jouer un rôle central dans l'organisation de la Coupe du monde 2030. Ils bénéficient par ailleurs d'une attractivité touristique et économique qui facilitera la valorisation commerciale des équipements. Mais au-delà de l'échéance 2030, ces sociétés ont vocation à pérenniser un modèle de gestion moderne et efficace. Elles s'inscrivent dans une logique de régionalisation avancée, confiant aux territoires la responsabilité de la gestion de leurs équipements stratégiques. Un pari sur la durée, qui pourrait, à terme, être étendu à d'autres régions ou à d'autres types d'infrastructures publiques. Soulignons, par ailleurs, qu'en adoptant le statut de société anonyme avec conseil d'administration, ces structures bénéficient d'une gouvernance modernisée, associant l'ensemble des parties prenantes. L'Etat conserve un rôle majeur via sa participation majoritaire, mais les collectivités territoriales et la FRMF sont étroitement associées aux décisions. Cette gouvernance partagée devrait faciliter la coordination entre les différents acteurs et garantir une gestion transparente et efficace des infrastructures. Les conflits de compétences ou les lourdeurs administratives, souvent pointés du doigt dans la gestion publique, pourront être évités grâce à un cadre de décision plus souple et plus réactif. Les défis d'une mutation attendue La création de ces sociétés ouvre une nouvelle ère pour la gestion des infrastructures sportives au Maroc. Plusieurs défis devront toutefois être relevés pour que le dispositif tienne ses promesses. Le premier est celui de la coordination entre les différentes parties prenantes. Associer l'Etat, les régions, la FRMF et les communes dans une même gouvernance est une gageure qui nécessitera des mécanismes de décision fluides et une culture du compromis. Le deuxième défi est celui de la professionnalisation des équipes. Ces sociétés devront recruter des compétences pointues en gestion d'équipements sportifs, en marketing, en billetterie, en maintenance technique. Un vivier de talents à constituer et à fidéliser. Le troisième défi est économique. Si l'objectif n'est pas la rentabilité à tout prix, ces structures devront générer des revenus suffisants pour couvrir leurs charges et financer une partie des investissements. La recherche d'un équilibre économique viable sera cruciale. Enfin, l'articulation avec les événements internationaux, et notamment la Coupe du monde 2030, imposera un rythme soutenu et une exigence de résultats à court terme. La pression sera forte pour livrer des infrastructures à la hauteur des attentes de la FIFA et des visiteurs. Au-delà des enjeux sportifs, ces créations traduisent une volonté plus large de moderniser la gestion des équipements publics. Le choix du statut de société anonyme, la recherche de partenariats public-privé, l'ouverture à des financements innovants sont autant de pistes qui pourraient être explorées dans d'autres secteurs. Les infrastructures culturelles, touristiques ou de loisirs pourraient, à terme, bénéficier de modèles de gestion similaires. Le sport marocain joue ici un rôle de laboratoire, testant des formules de gestion qui pourraient essaimer dans d'autres domaines de l'action publique.