La visite à Chtouka d'Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, scelle l'urgence d'une transition du modèle serricole actuel face aux changements climatiques. Ce parc, constitué de serres canariennes améliorées, a été ébranlé par des tempêtes inédites atteignant localement 110 km/h, survenues la semaine dernière. Ces phénomènes extrêmes qui s'inscrivent dans la continuité des records de températures enregistrés dans la région ont exercé une pression sur le marché de l'équipement agricole (réhabilitation des structures et couverture en plastique) en révélant une triple vulnérabilité – climatique, technique et assurantielle – menaçant le principal pôle maraîcher. Moins d'une semaine après la tempête de poussière inédite et les vents violents des 26 et 27 février, qui ont infligé des dégâts structurels massifs au «grand potager du Maroc» à Chtouka-Aït Baha, Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, s'est rendu sur le terrain pour constater l'ampleur du sinistre compromettant l'outil de production du principal pôle maraîcher du pays (près de 85% des exportations nationales du secteur des fruits et légumes). Si la visite des exploitations a permis d'évaluer de visu les dommages, les images aériennes de la zone ont révélé une dévastation bien plus vaste, montrant un paysage marqué par la destruction des couvertures des abris-serres. Ce déplacement intervient dans un contexte de crise climatique touchant plusieurs bassins agricoles, notamment le Gharb et le Loukkos, où les inondations ont sévèrement impacté les agrumes, les fruits rouges et l'élevage, zones que le ministre avait visitées juste avant son arrivée à Chtouka. Cette présence gouvernementale souligne l'urgence de stabiliser un pôle stratégique de plus de 15.000 hectares, indispensable à la sécurité alimentaire nationale et aux flux d'exportation surtout vers le marché de l'UE et la Grande Bretagne. 1.500 ha de cultures sous serres affectés Les évaluations préliminaires indiquent qu'environ 1.500 hectares de cultures sous serres ont été affectés. Les dommages concernent principalement les plastiques de couverture des serres et les filets de protection. Les pertes de production sont en cours d'évaluation, mais restent limitées, selon les constats effectués de terrain selon le ministère. Au-delà du déploiement de commissions techniques d'évaluation et de l'examen des doléances professionnelles – incluant la mobilisation d'aides financières directes et le rééchelonnement des dettes bancaires -, cette crise interroge la viabilité à long terme du modèle actuel des serres canariennes améliorées. Face à des vents atteignant localement 110 km/h, cet épisode climatique, couplé à une tempête poussiéreuse d'une intensité jamais enregistrée selon les professionnels, impose une réflexion de fond sur la résilience des infrastructures de production. Ce sinistre s'inscrit dans la continuité des phénomènes extrêmes enregistrés dans la région, marqués par des records absolus de température au cours des sept dernières années – notamment 49,5°C le 6 juillet 2020 et 50,2°C le 11 juillet 2023 – s'ajoutant à d'autres épisodes caniculaires et à un déficit pluviométrique inédit depuis sept ans. Outil de production : une triple problématique structurelle Il va sans dire que la modernisation structurelle du parc serricole s'impose, selon les experts, comme un levier indispensable pour sécuriser ce «poumon vert». Ce processus reste toutefois conditionné par un accompagnement financier et technique, capable de pallier la récurrence des chocs météorologiques et sanitaires, exacerbés dernièrement par la recrudescence des virus et des maladies fongiques. Cette situation à Chtouka met ainsi en exergue trois problématiques structurelles déterminantes pour l'avenir du secteur maraîcher face à sa vulnérabilité climatique. Premièrement, la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (vagues de chaleur et de froids, violentes tempêtes et rafales de vents) illustre l'impact direct du dérèglement climatique sur la stabilité des bassins de production. Deuxièmement, elle soulève l'épineuse question de la reconversion du parc actuel en structures plus résilientes, telles que des serres plus modernes ou des abris en verre, conçues pour résister à des vents violents et contrôler les paramètres climatiques. Une telle mutation technologique demeure toutefois tributaire d'un écosystème favorable et d'un soutien financier étatique déterminant pour accompagner les lourds investissements requis. Enfin, le faible recours aux mécanismes d'assurance pour les abris-serres actuels aggrave l'impact financier des sinistres lors de catastrophes. Les dispositifs de couverture peinent encore à protéger efficacement les actifs structurels, fragilisant la résilience des exploitations face aux chocs climatiques répétitifs et la multiplication des aléas. À l'avenir, la pérennité du «potager du Maroc» dépendra de sa capacité à sécuriser ses infrastructures et à réformer son cadre de protection financière. Il s'agit d'un défi complexe exigeant une vision intégrée et une synergie forte entre les acteurs publics et les opérateurs privés. Une onde de choc sur l'équipement agricole De ce fait, la visite ministérielle marque avant tout le point de départ d'une réflexion nécessaire sur les mesures à prendre d'une crise qui dépasse la constatation de dégâts et la perte d'une partie de la récolte pour couvrir l'outil de la production intensive basé sur le système de serres, avec une prédominance de type canarien amélioré. Dans le détail, l'ampleur des destructions a engendré une onde de choc immédiate sur le marché de l'équipement agricole selon les associations professionnelles. Par conséquent, la nécessité de réhabiliter les structures pour sauver les cultures encore en place a provoqué une tension sur l'offre en matériaux de construction serricole, et plus particulièrement sur les films plastiques de couvertures des abris serres. Cette demande massive et simultanée de la part des producteurs-exportateurs surtout dans cette période de production a mécaniquement entraîné une inflation des prix, exacerbée par une pénurie relative des stocks disponibles. Parallèlement, le secteur fait face à une raréfaction de la main-d'œuvre spécialisée dans le montage et la réparation des structures métalliques et bois (serres canariennes). Cette pression sur les coûts de reconstruction, couplée à l'augmentation des tarifs des prestations techniques, a placé les agriculteurs dans une équation financière complexe où l'urgence de protéger les cultures et les plants contre les futures pluies de deux jours dans la région se heurte à une explosion des coûts de remise en état. Assurances : le non-recours limite la résilience Par ailleurs, la récurrence de ces phénomènes extrêmes soulève avec acuité la problématique de la couverture assurantielle dans le secteur horticole de la région de Souss-Massa, surtout pour les abris-serres. Actuellement, la question des assurances et les cultures sous abri révèle des disparités majeures dans la protection des actifs agricoles contre les aléas climatiques et techniques. Si le dispositif national de couverture des événements catastrophiques existe, les spécificités des contrats d'assurance agricole peinent parfois à couvrir l'intégralité des dommages structurels complexes ou les pertes indirectes liées aux tempêtes, ce qui limite la capacité de résilience des exploitations. Le débat actuel entre les organisations professionnelles et les autorités porte ainsi sur la nécessité d'adapter les produits d'assurance pour qu'ils intègrent mieux les réalités du parc serricole local, garantissant une indemnisation rapide et proportionnée aux investissements engagés par les producteurs. Le pôle maraîcher à l'épreuve d'un choc climatique inédit À l'opposé des intempéries pluvieuses ayant frappé le nord du pays, la province de Chtouka-Aït Baha a été balayée par une tempête de sable et de poussière d'une rare violence. Cet événement a fait suite à un bulletin d'alerte de vigilance orange de la Direction générale de la météorologie (DGM), prévoyant des rafales atteignant 80 à 100 km/h. Les 26 et 27 février 2026, ces vents ont infligé des dommages structurels majeurs au parc serricole du «grand potager du Maroc». Cette catastrophe a mis à rude épreuve la résilience de ce pôle stratégique, qui s'étend sur plus de 15.000 hectares de cultures sous abris, irriguées en grande partie, à partir de la station de dessalement et essentiels à l'équilibre du marché national et à l'exportation. Les mesures préconisées en faveur des sinistrés Après les doléances adressées par la Chambre agricole régionale au ministère après la constatation des dégâts, une série solutions ont été proposée à l'issue de la rencontre avec Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, à l'ORMVA Souss-Massa. Selon la Chambre régionale agricole, la réunion a insisté sur le recensement et l'inventaire de tous les agriculteurs touchés par la tempête de vent qu'a connue la région et le rééchelonnement des dettes des agriculteurs pour cette saison et la saison prochaine de la part du Crédit Agricole. Outre la généralisation de l'assurance agricole avec plus de sensibilisation, la mobilisation d'un prêt nommé «Oxygène Agri Vert» avec un taux d'intérêt réduit pour garantir la pérennité des investissements agricoles dans la région et l'allocation d'une aide symbolique aux petits et moyens agriculteurs pour l'acquisition du plastique agricole destiné aux serres (tunnels). Il s'agit aussi de l'accélération du rythme de versement des aides pour les tomates restant pour les semaines à venir et la reconfiguration de l'aide destinée à l'installation ou à la réinstallation des serres sous une nouvelle formule ainsi que l'accès des agriculteurs situés dans le périmètre irrigué aux eaux du barrage Youssef Ben Tachfine dans les plus brefs délais. Yassine Saber / Les Inspirations ECO