La crise actuelle au Moyen-Orient et la hausse des cours mondiaux du pétrole qui en résulte rappelle à quel point des pays non producteurs de pétrole comme le Maroc doivent accélérer leur transition énergétique pour mieux se prémunir des impacts de telles tensions géopolitiques. Dans le Golfe, quelques dizaines de kilomètres d'eau suffisent à faire trembler l'économie mondiale. Le Détroit d'Ormuz, passage maritime étroit reliant le Golfe persique à l'océan Indien, concentre à lui seul une part décisive des flux énergétiques de la planète. Près d'un cinquième du pétrole mondial y transite chaque jour. Dès que les tensions s'y ravivent, les marchés pétroliers frémissent, les primes d'assurance maritime s'envolent et les économies importatrices retiennent leur souffle. Dans ce jeu de dominos énergétiques, le Maroc n'est pas un acteur direct du Golfe. Mais il en subit immédiatement les secousses. Car le royaume demeure structurellement dépendant des importations d'hydrocarbures pour alimenter son économie. Chaque flambée des prix du brut se répercute sur la facture énergétique nationale, alimente l'inflation et pèse sur les équilibres budgétaires. La crise actuelle agit ainsi comme un rappel brutal : dans un monde traversé par les rivalités géopolitiques, la sécurité énergétique devient un enjeu de souveraineté. Vulnérabilité Depuis la fermeture de la raffinerie de SAMIR en 2015, le Maroc dépend entièrement des importations pour son approvisionnement en produits pétroliers raffinés. Cette situation expose directement l'économie nationale aux fluctuations des marchés internationaux. Dans un contexte de tensions au Golfe persique, le moindre risque de perturbation du trafic dans le Détroit d'Ormuz peut provoquer une flambée immédiate des cours. Pour un pays importateur net d'énergie comme le Maroc, la facture peut rapidement se chiffrer en milliards de dirhams supplémentaires. Cette dépendance énergétique constitue d'autant plus un défi que la demande nationale ne cesse de croître. L'industrialisation accélérée du pays, la montée en puissance des zones industrielles du nord et la progression du parc automobile alimentent une consommation énergétique en forte hausse. Réponse stratégique Face à cette vulnérabilité, le Maroc a engagé depuis plus d'une décennie une transformation profonde de son modèle énergétique. Le royaume a lancé une stratégie ambitieuse visant à faire des énergies renouvelables un pilier de sa sécurité énergétique. Cette politique se traduit par le développement massif de projets solaires et éoliens à travers le territoire. Le complexe solaire de Noor Ouarzazate Solar Complex, l'un des plus vastes au monde, symbolise cette ambition. Les parcs éoliens du nord et du sud du pays contribuent également à transformer progressivement le paysage énergétique national. Aujourd'hui, près de la moitié de la capacité électrique installée du pays provient déjà de sources renouvelables. L'objectif est d'atteindre plus de 52 % à l'horizon 2030, un niveau particulièrement élevé pour une économie émergente. Mais la transition énergétique marocaine dépasse largement la seule question environnementale. Elle constitue aussi un levier de compétitivité industrielle. Diversité Dans un monde où l'électricité verte devient un facteur d'attractivité pour les investisseurs internationaux, disposer d'une énergie propre et stable peut faire la différence. Les grands groupes industriels, notamment dans l'automobile ou l'aéronautique, recherchent de plus en plus des sites de production alimentés par des énergies bas carbone. Dans ce contexte, le Maroc tente de transformer sa transition énergétique en avantage comparatif. Les plateformes industrielles du nord, notamment autour de Tanger Med, pourraient à terme bénéficier d'un accès privilégié à une électricité verte compétitive. La prochaine étape de cette stratégie pourrait se jouer autour d'une nouvelle molécule : l'hydrogène vert. Grâce à son potentiel solaire et éolien exceptionnel, le Maroc ambitionne de produire de l'hydrogène à partir d'électricité renouvelable pour alimenter l'industrie locale et, à terme, exporter vers l'Europe. Plusieurs partenariats internationaux sont déjà en discussion pour développer cette nouvelle filière énergétique. L'objectif est clair : positionner le royaume comme un futur hub énergétique reliant l'Afrique, l'Europe et le bassin méditerranéen. Stratégique La crise du Détroit d'Ormuz rappelle à quel point les routes énergétiques mondiales restent vulnérables aux tensions géopolitiques. Dans cet environnement incertain, les pays capables de produire leur propre énergie disposent d'un avantage stratégique décisif. Pour le Maroc, accélérer la transformation du mix énergétique n'est donc plus seulement une question climatique. C'est une condition de résilience économique. Car dans un monde où un détroit peut faire vaciller les marchés, l'indépendance énergétique devient l'une des nouvelles frontières de la souveraineté. Et la crise actuelle au Moyen-Orient est là pour le prouver. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO