La fermeture du détroit d'Ormuz a suffi, en quelques jours, à rappeler qu'un point de rupture géopolitique peut encore faire dérailler l'ensemble de l'économie mondiale, du pétrole aux céréales en passant par les métaux. La fermeture du détroit d'Ormuz ne se lit plus seulement comme un épisode géopolitique. Elle agit désormais comme un accélérateur brutal de tensions sur l'ensemble des marchés de matières premières. Dans sa dernière note Commodity Weekly, BKGR décrit un paysage mondial profondément déstabilisé, où la rupture logistique, la hausse des coûts énergétiques et les inquiétudes sur les approvisionnements redessinent, en quelques séances, la hiérarchie des actifs et les anticipations de marché. Le premier effet visible se joue sur les commodités agricoles. Selon BKGR, la fermeture d'Ormuz depuis trois jours a provoqué une crise sur les engrais, faisant bondir les prix des intrants et nourrissant un rallye sur les futures de grains. Le soja atteint 1.199,5 cents par boisseau, en hausse hebdomadaire de 4,30%, soutenu à la fois par la flambée des coûts de production et par une demande de couverture accrue. Le blé CBOT suit la même trajectoire à 611,3 cents par boisseau, en progression de 6,40%, tandis que le maïs grimpe à 448,9 cents, soit +3,61%, porté par les craintes sur les engrais azotés, dont près de 30% transitent par Ormuz. Autrement dit, le choc ne touche pas seulement le transport maritime. Il remonte déjà jusqu'au coût de production agricole mondial. L'énergie redevient le centre de gravité des marchés C'est toutefois sur l'énergie que le basculement est le plus spectaculaire. BKGR évoque une semaine d'extrême volatilité, dominée par l'escalade du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran, qui a paralysé le trafic dans le détroit d'Ormuz. À cela s'ajoute la suspension de plusieurs ports du Golfe, dont Jebel Ali à Dubaï, ce qui aggrave les perturbations logistiques régionales et mondiales. Dans ce contexte, le Brent bondit à 102,4 dollars le baril, soit +31,67% sur une semaine, tandis que le WTI s'envole à 101 dollars, avec une hausse de 41,76%. BKGR souligne même que les prix ont progressé de plus de 20% en une seule séance sous l'effet du risque géopolitique extrême. Le gaz naturel américain remonte lui aussi à 3,2 dollars par MMBtu, en hausse de 9,31%. À Rotterdam, l'essence s'échange autour de 81,9 dollars le baril, le diesel autour de 112,5 dollars, tandis que la marge de raffinage bondit de 71% à 18,9 dollars par baril. Cette poussée énergétique n'est pas un simple épisode spéculatif. Elle recompose les arbitrages d'investissement. Le rapport montre que les flux se déplacent massivement vers les actifs liés à l'énergie, reléguant pour un temps les valeurs refuges classiques au second plan. C'est ce qui explique le recul de l'or à 5.100,3 dollars l'once, en baisse de 4,18% sur la semaine, et celui de l'argent à 84,1 dollars, en repli de 5,80%. BKGR relie ce mouvement à deux facteurs combinés, le bond du dollar américain et la réallocation des capitaux vers les actifs énergétiques, devenus les premiers réceptacles de la prime de risque géopolitique. Les métaux réagissent en ordre dispersé Les métaux de base, eux, évoluent dans un marché fragmenté. Le cuivre recule à 5,7 dollars la livre, en baisse de 2,66%, pénalisé par la vigueur du dollar et par une volatilité sectorielle élevée. Le plomb cède 1,58% à 1.934,3 dollars la tonne. À l'inverse, l'aluminium apparaît comme l'un des grands gagnants de la séquence, avec un bond de 6,62% à 3.406 dollars la tonne, reflet direct des craintes sur l'énergie nécessaire à sa production. Le nickel progresse plus modestement à 17.402 dollars la tonne, soit +1,14%, tandis que le cobalt reste stable à 56.290 dollars. Là encore, BKGR décrit un marché où la contrainte énergétique devient un facteur de prix aussi important que la demande industrielle elle-même. Au-delà de la photographie hebdomadaire, la compilation de prévisions internationales reproduite par BKGR suggère que le marché intègre désormais un régime de prix durablement plus élevé sur plusieurs segments. Le Brent est projeté à 107,1 dollars au premier trimestre 2026 puis à 118,2 dollars au quatrième trimestre. Le WTI suivrait une trajectoire comparable, de 106,3 à 118,7 dollars. Le blé passerait de 611,2 à 655 cents par boisseau sur l'année, tandis que le soja progresserait de 1.188,9 à 1.246,9 cents. Même l'or, malgré son repli hebdomadaire, resterait orienté à la hausse dans cette synthèse, de 5.142,4 dollars l'once au premier trimestre à 5.558,4 dollars au quatrième. En filigrane, la lecture de BKGR est claire. Le marché ne fait plus face à une simple tension passagère, mais à un choc systémique où logistique, énergie, agriculture et métaux se répondent. Le détroit d'Ormuz apparaît ainsi comme bien plus qu'un point de passage stratégique. Il redevient l'un des nœuds centraux de la formation des prix mondiaux.