Face à un héritage de données éclatées et de compétences morcelées, le Groupement des Collectivités Territoriales Souss Massa Distribution engage un travail de fond sans précédent. Il s'agit de recenser, uniformiser et analyser l'ensemble des informations relatives à la desserte en eau potable, en électricité et en assainissement liquide à travers les six provinces de la région. Au-delà du simple état des lieux, l'objectif est de bâtir un outil numérique pérenne qui transformera en profondeur la manière dont les services publics sont planifiés et évalués. La région Souss-Massa s'étend sur plus de 53.000 kilomètres carrés, du littoral atlantique aux confins présahariens de la province de Tata. Cette immensité géographique abrite une diversité de territoires, de cultures et de modes de vie. Mais elle recèle aussi une complexité administrative longtemps restée dans l'ombre, celle d'une gestion éclatée des services essentiels. Avant la mise en place du nouveau modèle régional, l'eau potable, l'électricité et l'assainissement relevaient d'une multitude d'opérateurs – associations locales, communes, services déconcentrés de l'Etat – chacun tenant ses propres registres, ses propres compteurs, ses propres relevés d'incidents. L'information, précieuse pour l'action publique, s'est ainsi trouvée fragmentée, dispersée, parfois contradictoire. Impossible, dans ces conditions, d'avoir une vision claire des besoins réels, des zones les plus défavorisées ou des infrastructures vieillissantes. C'est pour sortir de cet angle mort que le Groupement des Collectivités Territoriales Souss Massa Distribution a décidé de conduire une opération stratégique. Pendant plusieurs mois, des équipes pluridisciplinaires parcourront l'ensemble des préfectures et provinces de la région – Agadir Ida Outanane, InezganeAït Melloul, Taroudant, Tiznit, Tata et Chtouka Aït Baha – pour recenser, douar après douar, sous-douar après sous-douar, l'état réel de la desserte. Il ne s'agit pas seulement de compter des branchements ou de localiser des réservoirs. L'ambition est plus large. Elle consiste à comprendre comment l'eau arrive jusqu'aux habitants, par quels circuits, avec quelle régularité, et quelles difficultés ils rencontrent au quotidien. Une démarche minutieuse Pour l'eau potable, l'enquête distinguera les modes de gestion effectifs, qu'ils relèvent d'associations d'usagers, de communes ou du délégataire régional. Elle identifiera la nature des ressources mobilisées (forages, barrages, conduites d'adduction) et le type de desserte proposé (branchement individuel, borne fontaine collective ou approvisionnement par citerne). Mais elle s'attachera aussi à documenter l'état du patrimoine existant ( réservoirs, stations de pompage, réseaux) et surtout les anomalies signalées par la population, qu'il s'agisse de ruptures d'approvisionnement, de pression insuffisante ou de qualité dégradée. Autant d'indicateurs qui, mis bout à bout, dessineront une cartographie fine des fragilités du territoire. Pour l'électricité, la démarche sera similaire. Au-delà du simple taux d'électrification, il s'agira de comprendre comment les foyers sont effectivement alimentés, c'est-à-dire par le réseau classique, par des groupes électrogènes souvent coûteux et polluants ou par des panneaux photovoltaïques qui témoignent d'une certaine autonomie énergétique. Les infrastructures existantes seront répertoriées, tout comme les coupures et dysfonctionnements qui émaillent le quotidien de nombreux habitants. L'assainissement liquide, enfin, constitue un volet tout aussi stratégique. Fosses individuelles ou collectives, raccordement à un réseau séparatif ou unitaire, pratiques de réutilisation des eaux usées à des fins agricoles... Les données collectées permettront de mesurer l'avancement de ce service souvent moins visible mais crucial pour la salubrité publique et la préservation des ressources en eau. Le digital pour une gestion proactive Mais l'originalité de la démarche ne réside pas seulement dans l'exhaustivité du recensement. Elle tient aussi, et peut-être surtout, dans l'outil qui sera déployé pour le mener à bien. Dès la première phase du projet, un applicatif numérique sur mesure sera développé. Une version mobile permettra aux enquêteurs de saisir les informations en temps réel, sur le terrain, avec une précision et une rapidité inaccessibles aux méthodes papiers. Ces données remonteront vers une plateforme centrale, hébergée sur les serveurs du Groupement, où elles seront agrégées, visualisées et analysées. Les gestionnaires publics pourront ainsi, d'un simple clic, consulter l'état de la desserte dans une commune donnée, comparer les situations entre provinces, suivre l'évolution dans le temps. Surtout, ils disposeront d'un outil d'aide à la décision pour identifier les priorités d'investissement, arbitrer entre les urgences, planifier les interventions avec une vision globale. Cette base de données, dont le code source sera intégralement remis au maître d'ouvrage à l'issue du projet, n'est pas conçue comme un exercice ponctuel. Elle est pensée pour être vivante, évolutive, capable d'accueillir les mises à jour futures et de s'adapter aux besoins changeants du territoire. Elle incarne le passage d'une gestion fragmentée et réactive à une gestion intégrée et proactive des services essentiels. Pour les centaines de milliers d'habitants de la région Souss-Massa, cette démarche porte une promesse concrète. Celle que les décisions ne seront plus prises dans le flou, que les zones les plus isolées cesseront d'être invisibles aux yeux des planificateurs, que les investissements publics seront enfin calibrés à l'aune des besoins réels. À terme, c'est l'efficacité même du service public qui se trouvera renforcée, au bénéfice de tous les territoires, des plus urbains aux plus reculés.