Inflation contenue, croissance soutenue, crédit en expansion… Jusque-là, les conditions macroéconomiques plaidaient en faveur d'une nouvelle baisse des taux. Mais la guerre au Moyen-Orient ravive le spectre d'un choc pétrolier pour les économies importatrices nettes d'énergie, à l'image du Maroc. À en croire les analystes, Bank Al-Maghrib devrait opter, le 17 mars, pour le statu quo. Le Conseil de Bank Al-Maghrib se réunit demain dans un contexte où la politique monétaire du Royaume se trouve prise en étau entre un ralentissement marqué de l'inflation et un environnement international assombri par le conflit au Moyen-Orient. Sans surprise, le consensus des analystes et des investisseurs institutionnels converge vers un maintien du taux directeur à 2,25%, ce qui constituerait le quatrième statu quo consécutif de la Banque centrale. Selon un sondage réalisé par BMCE Capital Global Research auprès d'investisseurs institutionnels, les anticipations convergent quasi unanimement vers un maintien du taux directeur lors de cette réunion. La totalité des participants anticipe un maintien du taux directeur lors de cette réunion. Plus révélateur encore, 86% d'entre eux n'envisagent aucune baisse supplémentaire sur l'ensemble de l'année 2026, seule une minorité tablant sur un unique assouplissement d'ici la fin de l'exercice. L'ensemble des sondés juge, par ailleurs, la politique monétaire actuelle parfaitement adaptée au cycle en cours. Cette convergence des anticipations peut sembler paradoxale au regard de la dynamique des prix. L'indice des prix à la consommation a reculé de 0,8% en glissement annuel en janvier 2026, basculant en territoire négatif sous l'effet conjugué d'un repli marqué des prix alimentaires et d'une stabilisation de l'inflation sous-jacente. D'un strict point de vue de la stabilité des prix, la fenêtre d'un assouplissement monétaire paraît ouverte. Bank Al-Maghrib elle-même projette une inflation contenue à 1,3% sur l'ensemble de 2026, un niveau largement compatible avec un desserrement des conditions monétaires. Les fondamentaux macroéconomiques plaident également, en apparence, pour un geste accommodant. La croissance s'est établie à environ 5% en 2025 et devrait se maintenir autour de 4,5% en 2026 selon les projections de la Banque centrale, portée à la fois par la reprise agricole — sous l'hypothèse d'une campagne céréalière de 50 millions de quintaux — et par la vigueur des activités non agricoles, dont la progression atteindrait 4,8%. Les projets d'infrastructures liés à la Coupe du monde 2030 alimentent un cycle d'investissement soutenu. Côté crédit, l'encours bancaire global a progressé de 8,4% en glissement annuel à fin janvier, atteignant 1.228,6 milliards de dirhams, tandis que le taux débiteur moyen poursuit sa décrue à 4,82% au quatrième trimestre 2025. Les finances publiques, enfin, restent sur une trajectoire de consolidation, avec un déficit budgétaire projeté à 3,4% du PIB pour 2026. Menace durable Pourtant, c'est précisément la dégradation du contexte international qui bloque, dans l'esprit du marché, toute velléité d'assouplissement. Le déclenchement fin février d'un conflit ouvert entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran vient manifestement altérer l'équation monétaire. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite une part considérable du commerce énergétique mondial, est devenu un foyer de risque majeur. Pour un pays importateur net d'énergie comme le Maroc, la menace d'un renchérissement durable des hydrocarbures constitue un canal de transmission directe vers l'inflation domestique, via les coûts énergétiques dans un premier temps, auxquels viendront s'additionner les coûts logistiques et les prix des intrants importés. «Les conditions macro sont certes propices à une baisse, mais au vu de la situation internationale et des risques de reprise de l'inflation importée, il paraît plus raisonnable de maintenir inchangé le taux directeur», résume un professionnel du marché. Incertitude Les analystes de BMCE Capital Global Research ont modélisé deux scénarios d'impact. Dans l'hypothèse d'une escalade contenue — frappes ciblées, pas de blocage durable d'Ormuz, Brent au-dessus de 85 dollars —, la croissance perdrait environ 0,4 point et l'inflation remonterait vers 2%. En cas de conflit prolongé, l'impact serait autrement plus sévère : jusqu'à un point de croissance en moins, une inflation propulsée entre 3% et 4%, et un creusement sensible des déficits budgétaire et courant. C'est dans ce contexte d'incertitude que se joue la crédibilité de Bank Al-Maghrib. La Banque centrale a conduit depuis 2024 un cycle de baisse qui a ramené le taux directeur de 3% à 2,25%. Ce mouvement, synchronisé avec la détente inflationniste, a été accompagné par les grandes banques centrales de référence — la BCE comme la Fed ayant elles-mêmes procédé à des assouplissements avant de marquer une pause ces dernières semaines. Pour l'autorité monétaire, préserver sa marge de manœuvre devient une nécessité. Baisser le taux directeur dans un contexte de prix pétroliers aussi volatils reviendrait à se priver d'un instrument de réponse en cas de choc inflationniste importé. La prudence consiste donc à conserver des marges de moeuvre dans un environnement en proie à toutes les incertitudes. Le scénario central demeure celui d'un maintien du taux directeur à 2,25% le 17 mars, Bank Al-Maghrib préférant temporiser tant que l'environnement international reste incertain, une hypothèse déjà largement intégrée par le marché. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO