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Exclusif. Crise au Moyen-Orient. Khaled Hamadé : "Le Maroc comme arche de résilience stratégique"
Publié dans Les ECO le 18 - 03 - 2026

Président de l'Institut international d'études géopolitiques (IIEG)
La crise géopolitique de 2026 a agi comme un révélateur brutal. Face à la fermeture de facto du détroit d'Ormuz et à la flambée des prix de l'énergie, le monde prend conscience de la vulnérabilité de ses chaînes d'approvisionnement. Dans ce contexte de fragmentation, le Maroc émerge non plus seulement comme un carrefour géographique, mais comme une véritable plateforme de continuité pour les flux économiques mondiaux. Pour décrypter ce tournant stratégique, nous recevons Khaled Hamadé, président de l'Institut international d'études géopolitiques (IIEG), qui vient de publier une analyse intitulée «Le Maroc comme arche de résilience stratégique» et laquelle trace les perspectives de reconfiguration face à ce tournant stratégique.
Dans votre dernière analyse, vous établissez un lien puissant entre la crise du détroit d'Ormuz et l'émergence du Maroc comme solution de contournement. Au-delà des infrastructures portuaires massives comme Tanger Med ou Dakhla Atlantique, quels sont les facteurs immatériels qui solidifient cette position d'«arche de résilience» et qui sont si difficiles à reproduire pour un concurrent ?
La crise de 2026 a rappelé une vérité stratégique fondamentale : quand les routes maritimes deviennent instables, les hubs de stabilité deviennent des puissances. À l'Institut international d'études géopolitiques (IIEG), nous avons méthodiquement étudié et comparé plusieurs corridors alternatifs avant d'arriver à cette conclusion. Et ce qui ressort de nos travaux, c'est que les infrastructures physiques, aussi impressionnantes soient-elles, ne suffisent pas.
Ce qui distingue véritablement le Maroc, c'est l'articulation de ses ports avec des facteurs immatériels profondément enracinés. Le premier, c'est la stabilité institutionnelle. La vision de long terme portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI offre un horizon de certitude rarissime dans la région. C'est le socle absolu pour attirer des investissements à cycle long. Aucun concurrent ne peut décréter ou importer cette profondeur institutionnelle du jour au lendemain. Ensuite, il y a ce que j'appelle le capital humain transnational.
La diaspora marocaine, c'est plus de 12,9 milliards de dollars de transferts en 2024, mais c'est surtout un réseau d'influence, de compétences et de soft power qui connecte le Royaume aux centres de décision mondiaux. Enfin, la souplesse diplomatique. Le Maroc parle avec tout le monde : les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, la Russie. Il ne s'enferme dans aucune logique de bloc. C'est cette combinaison unique qui transforme une simple position géographique en une véritable «arche de résilience». C'est d'ailleurs pour modéliser ces actifs immatériels que notre Institut est aujourd'hui si souvent consulté par des cabinets spécialisés de premier plan.
Vous décrivez trois scénarios pour les mois à venir : conflit contenu, escalade régionale, ou stabilisation précaire. Personnellement, vers lequel penchez-vous, et quels sont les signaux faibles à surveiller ?
Notre méthodologie à l'IIEG nous impose la prudence, mais l'analyse des dynamiques actuelles me fait clairement pencher vers le troisième scénario : une stabilisation précaire. Pourquoi ? Parce qu'une escalade régionale totale serait un suicide économique collectif. Un blocage prolongé d'Ormuz propulserait le baril à 150 dollars. Les grandes puissances vont imposer un cessez-le-feu, mais la méfiance, elle, va rester. Et c'est là qu'il faut comprendre un mécanisme crucial : ce n'est pas seulement la menace physique des autorités iraniennes qui bloque les bateaux. C'est ce que nous appelons le «coût de la loyauté».
Aujourd'hui, s'engager dans le détroit d'Ormuz implique des primes d'assurance prohibitives et un risque réputationnel majeur. Les armateurs refusent de payer ce «coût de la loyauté» envers des routes devenues trop dangereuses. Ils cherchent des alternatives.
Pour anticiper la suite, il faut surveiller trois signaux faibles : l'accélération des investissements logistiques dans des hubs stables comme Casablanca, la constitution de stocks stratégiques massifs par les Etats, et la multiplication d'accords maritimes bilatéraux. C'est pour traquer ces signaux en temps réel que l'IIEG s'appuie sur sa colonne vertébrale : un Conseil scientifique et un Comité stratégique regroupant des experts d'une dizaine de nationalités.
Justement, en parlant d'alternatives, vous mentionnez l'Initiative Atlantique. Comment évaluez-vous la compétition entre le Maroc et d'autres hubs émergents sur la façade atlantique africaine, comme au Sénégal ou en Mauritanie ?
Je vais être très clair : il faut sortir de cette logique de compétition mortifère. La redirection des flux mondiaux vers l'Afrique doit se lire sous le prisme de la complémentarité stratégique. La façade atlantique africaine pourrait devenir dans les prochaines décennies ce que la Méditerranée fut pendant des siècles : un centre de gravité du commerce mondial.
L'Initiative Atlantique portée par le Maroc n'est pas là pour étouffer le port de Dakar au Sénégal ou le projet de N'Diago en Mauritanie. Au contraire ! L'objectif est de structurer un corridor économique intégré. Tanger Med, Nador West Med et Dakhla Atlantique dessinent progressivement une nouvelle architecture logistique entre l'Europe, l'Afrique et l'Atlantique. Dakhla, par exemple, sera la porte de désenclavement pour les pays du Sahel. Ces hubs ne doivent pas se cannibaliser, ils doivent s'interconnecter.
À l'IIEG, nous plaidons avec force pour la création de véhicules d'investissement conjoints à l'échelle régionale. Le Maroc apporte sa force de frappe logistique, le Sénégal et la Mauritanie consolident leurs chaînes de valeur gazières ou halieutiques. C'est une vision de plateforme partagée.
Vous affirmez que l'autonomie stratégique dépend de la capacité à construire des continuités durables. Mais cette stratégie d'ouverture tous azimuts du Maroc (USA, Europe, Chine, Russie) ne comporte-t-elle pas un risque de nouvelles dépendances ?
C'est tout l'inverse ! Dans un monde fragmenté, la résilience ne repose plus sur la puissance brute, mais sur la capacité à diversifier les routes et les partenaires. Regardez ce qui s'est passé avec la Pax Americana dans le Golfe : s'adosser à une seule superpuissance crée une vulnérabilité mortelle quand cette puissance change de priorités. Le Maroc a fait le choix de multiplier ses points d'ancrage. Il est allié majeur hors-OTAN des Etats-Unis, partenaire avancé de l'Europe, tout en intégrant les routes de la soie chinoises.
Le risque de dépendance n'existerait que si le Maroc restait un simple comptoir de transit. Or, le Royaume exige des transferts de technologie, il co-investit, il intègre les chaînes de valeur mondiales, comme dans l'automobile ou l'aéronautique. L'autonomie stratégique, c'est précisément la capacité à n'être jamais captif d'un seul fournisseur ou d'un seul corridor. C'est cette architecture de résilience que notre Institut aide aujourd'hui à concevoir pour les Etats et les grands groupes.
Pour conclure, une question plus personnelle. Votre article se termine par une citation d'Ibn Khaldoun. En tant que penseur et président de l'Institut, comment vivez-vous cette période où vos analyses se trouvent, hélas, confortées par l'actualité ? Est-ce une satisfaction intellectuelle ou une inquiétude ?
C'est un sentiment profondément ambivalent. D'un côté, oui, il y a une validation intellectuelle pour les équipes de l'IIEG. Quand nous alertions sur la fragilité des corridors énergétiques bien avant cette crise, on nous trouvait parfois trop théoriques.
Aujourd'hui, les faits nous donnent raison, et c'est ce qui explique que notre expertise mondiale soit si sollicitée. Mais croyez-moi, cette satisfaction s'efface très vite face à l'inquiétude citoyenne. Ces crises ont des conséquences dramatiques sur l'inflation, sur les populations, sur les économies fragiles. On ne se réjouit jamais d'avoir eu raison sur une catastrophe. C'est pour cela que je cite Ibn Khaldoun : «L'histoire ne se répète pas mais elle enseigne».
Ce n'est pas du fatalisme, c'est un appel à l'action ! Mon rôle, et celui de l'IIEG, ce n'est pas d'être les prophètes du chaos. Nous sommes des architectes de solutions. Si nous analysons ces crises, c'est pour proposer des stratégies concrètes d'adaptation. Transformer l'inquiétude en projection stratégique, c'est tout le sens de notre engagement.
BIOGRAPHIE
Khaled Hamadé est le président de l'Institut international d'études géopolitiques (IIEG), un centre de réflexion dédié à l'analyse des transformations du système international et aux enjeux de sécurité économique et stratégique. Issu d'une lignée historique du Mont-Liban liée aux grandes figures de l'autorité spirituelle druze, il s'inscrit dans une tradition intellectuelle et politique profondément ancrée dans l'histoire du Levant. Son parcours, marqué par l'observation directe des crises et recompositions du Moyen-Orient, l'a conduit à développer une réflexion stratégique sur les dynamiques de stabilité régionale et les équilibres entre puissances.
À la tête de l'IIEG, il anime un réseau international d'experts, de chercheurs et de praticiens issus de plusieurs continents. Les travaux de l'Institut portent notamment sur les recompositions géopolitiques en Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient, ainsi que sur les nouvelles routes énergétiques et logistiques mondiales.
Ses analyses récentes mettent en lumière les mutations des corridors stratégiques et les conditions d'émergence de nouvelles plateformes de résilience économique. À travers ses travaux et ceux de l'Institut, Khaled Hamadé contribue à nourrir la réflexion stratégique internationale et à éclairer les décideurs publics et privés sur les grands équilibres géopolitiques contemporains.
Meriem Allam / Les Inspirations ECO


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