L'implantation à Nouaceur d'une usine de production de trains d'atterrissage par le groupe français Safran marque une nouvelle étape dans la transformation de l'industrie aéronautique marocaine. Avec un investissement dépassant 280 millions d'euros au sein de la plateforme industrielle de Midparc, au cœur du pôle aéronautique de Nouaceur, le projet illustre l'évolution du Royaume vers des segments à plus forte valeur technologique. Pour Khaled Hamadé, président de l'Institut International d'Etudes Géopolitiques (IIEG), cette unité constitue bien plus qu'un simple investissement industriel. « Nous sommes face à un tournant stratégique. La production de systèmes de trains d'atterrissage ne relève pas de l'assemblage classique, mais d'un segment à très forte valeur ajoutée, qui exige un haut niveau d'ingénierie, de précision et de certification internationale », explique-t-il. Un saut qualitatif pour l'écosystème industriel Considérée comme l'un des plus grands centres de fabrication de systèmes d'atterrissage au monde, la nouvelle usine devrait générer 500 emplois hautement qualifiés. Elle contribuera également à renforcer les compétences nationales en usinage de précision, métallurgie avancée et maintenance aéronautique. L'alimentation du site à 100 % en énergie décarbonée s'inscrit, selon M. Hamadé, dans « l'alignement de la stratégie industrielle nationale avec les exigences de compétitivité durable et de transition énergétique ». Le projet combine ainsi montée en gamme technologique et impératif environnemental. Au-delà de la dimension industrielle, l'IIEG y voit une illustration concrète des nouvelles dynamiques géoéconomiques mondiales. Face aux tensions géopolitiques et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, les puissances occidentales cherchent à sécuriser leurs productions stratégiques auprès de partenaires jugés fiables : c'est la logique du « friendshoring ». « Le Maroc, par sa stabilité politique, sa proximité avec l'Europe et la qualité de son capital humain, incarne parfaitement cette base arrière industrielle stratégique », souligne Khaled Hamadé. Dans cette perspective, l'implantation de capacités de production de trains d'atterrissage et de moteurs de nouvelle génération aux portes de l'Europe participe à une stratégie de résilience. « Safran ne délocalise pas, il construit une résilience distribuée au service de l'industrie aéronautique occidentale », analyse-t-il. Vers une souveraineté industrielle renforcée À moyen terme, ce type d'investissement pourrait renforcer l'attractivité du Royaume auprès d'autres équipementiers mondiaux et consolider sa place dans les filières industrielles stratégiques. Pour l'expert, le Maroc franchit une étape supplémentaire dans son ambition de devenir une plateforme aéronautique de référence à l'échelle internationale. En intégrant des maillons critiques de la chaîne de valeur mondiale, le Royaume ne se contente plus d'accueillir des activités d'assemblage : il s'inscrit désormais au cœur des technologies de pointe. Une évolution qui traduit une ambition plus large : transformer l'intégration industrielle en levier de souveraineté et d'influence économique.