Les fintech de paiement P2P au Maroc connaissent un fort potentiel malgré la domination du cash. Les m-wallets ont réalisé 19,7 millions de transactions en 2024, illustrant une adoption croissante. Selon Abdou Dassouli, expert IT et CEO d'Imtiaz Capital IT, la réussite repose sur l'usage quotidien, la simplicité et la confiance. Pour lui, le futur ne sera pas une simple application de paiement, mais une plateforme intégrant tous les services financiers du quotidien. Le paysage des paiements mobiles au Maroc continue de se transformer sous l'impulsion des fintechs, qui tirent parti de la digitalisation pour repenser les habitudes financières. Dans un marché où le cash reste profondément ancré, l'émergence de solutions numériques, en particulier de portefeuilles électroniques, traduit un mouvement de fond vers plus de commodité et de rapidité dans les transactions. Parmi ces nouvelles applications, Mynk se distingue par sa capacité à simplifier les paiements peer-to-peer (P2P) à travers une expérience type Whatsapp. L'application a d'ailleurs été reconnue «comme l'une des solutions de portefeuille peer-to-peer les plus populaires pour faciliter les paiements entre particuliers», indique la plateforme Theouut.com, dédiée aux startups des pays émergents. Ce type de transfert permet d'envoyer de l'argent directement d'un smartphone à un autre utilisateur, sans passer par les circuits bancaires classiques, et de manière quasi instantanée. Et justement, l'instantanéité, la simplicité et l'accessibilité constituent les trois piliers qui déterminent son adoption, conformément aux observations d'Abdou Dassouli. Dans un marché où la confiance reste dominée par les banques et opérateurs historiques, la réussite d'une fintech repose autant sur la technologie que sur la capacité à rassurer et fidéliser les utilisateurs. L'expérience utilisateur doit être fluide et sécurisée, tout en s'intégrant aux systèmes existants, des commerçants aux services bancaires, afin de créer un réseau actif d'usagers et maximiser l'utilité de la plateforme. Il faut dire que sur le plan macro, les indicateurs témoignent d'un écosystème qui évolue. Le secteur des m-wallets au Maroc connaît une croissance tangible mais encore inégale. En 2024, les transactions via portefeuilles électroniques ont atteint 19,7 millions, presque le double de l'année précédente, pour un montant total de 3,9 milliards de dirhams. Ces chiffres révèlent un intérêt réel pour le paiement mobile, porté notamment par le versement des aides sociales sur des comptes numériques et l'augmentation du nombre de solutions disponibles, désormais au nombre de 21 sur le marché. Les établissements de paiement dominent largement, concentrant 93% des opérations en nombre et 86% en valeur, tandis que les m-wallets adossés à des comptes bancaires restent minoritaires mais suivent des logiques d'usage différentes, privilégiant les transferts et les retraits. Rapidité, simplicité, accessibilité et disponibilité Cette évolution n'est pas seulement quantitative : elle traduit un changement générationnel et comportemental. Une nouvelle population d'utilisateurs, connectée et mobile, attend des services rapides, simples et accessibles à tout moment. L'adoption massive des portefeuilles électroniques dépend donc de la capacité des fintechs à transformer cet intérêt en usage régulier, en offrant confiance, réseau et intégration. La valeur ajoutée réside moins dans la technologie elle-même que dans son appropriation quotidienne. Pour les professionnels, l'enjeu est similaire : l'attractivité d'une application se mesure au gain concret de temps et de cash-flow qu'elle procure, et non à sa sophistication technique. Le marché marocain des fintechs de paiement est encore en structuration. Il s'articule entre acteurs historiques disposant d'un réseau physique solide mais limités dans l'expérience digitale, solutions bancaires et télécoms bénéficiant d'une base clientèle existante mais d'innovation progressive, et startups agiles, centrées sur l'expérience utilisateur. Les modèles les plus prometteurs ne seront pas seulement des applications de transfert : ils viseront à intégrer tous les services financiers du quotidien dans une seule interface accessible, intuitive et sécurisée. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO