Jamais nous n'avons été aussi riches, aussi connectés, aussi libres en apparence. Pourtant, dans les pays les plus développés de la planète, les jeunes générations n'ont jamais été aussi malheureuses. Le World Happiness Report 2026 pose une question dérangeante, que trop de discours publics préfèrent éviter : et si notre modèle de progrès avait un angle mort ? Aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, le bien-être des moins de 25 ans s'effondre, en particulier chez les filles. Des «baisses spectaculaires», écrivent les auteurs, dans des sociétés qui, pourtant, cumulent les superlatifs économiques. Pendant ce temps, dans d'autres régions du monde, la jeunesse est plus heureuse qu'il y a vingt ans. Un paradoxe saisissant. Bien sûr, les réseaux sociaux sont dans le box des accusés. À juste titre. Une utilisation intensive, le défilé passif d'images retouchées, la comparaison permanente, tout cela mine la santé mentale. Ni abstinents ni accros, ce sont les utilisateurs modérés qui s'en sortent le mieux. Preuve que ce n'est pas la technologie qu'il faut diaboliser, mais l'usage qu'on en fait et la capacité, collective et individuelle, à le réguler. En tout cas, ce que révèle la fracture générationnelle, c'est une crise plus profonde du lien social, de la confiance, de la capacité à se projeter dans l'avenir. Les jeunes des pays riches ne manquent pas de biens matériels. Ils manquent peut-être de ce qui fait tenir une société ensemble : des institutions auxquelles croire, des communautés solides, un horizon désirable. Le Maroc, lui, est classé 112e sur 147. Un score de 4,9 sur 10, qui le place dans la seconde moitié du tableau. Dans le monde arabe, huit pays font mieux. Ce n'est pas un bulletin de notes, c'est une photographie, mais elle interroge. Le bonheur d'une nation ne se mesure pas seulement à son PIB. Le soutien social, la perception de la corruption, l'espérance de vie en bonne santé, la liberté réelle de faire ses choix… tout cela entre en jeu. Autant de dimensions que les politiques publiques auraient tort de négliger. Le bien-être a des ressorts fragiles, qu'il faut cultiver chaque jour. Meriem Allam / Les Inspirations ECO